‹ Névroses et idées fixesChapitre 43 sur 116 · Pierre Janet, L'automatisme psychologique, p · texte numérisé non relu

Pierre Janet, L'automatisme psychologique, p

240 I \ CAS D'ALLOGHIRIE

complète de l'hystérie1. » « Cet état do somnambulisme complet est tout simplement la vie normale, telle que ce sujet devrait la présenter continuellement s'il n'était pas malade. Mais il ne peut rester dans cet état, il se fatigue et s'endort ; d'une manière ou d'une autre il retombe dans un état d'anesthésie, de rétrécissement du champ de conscience qui constitue sa maladie. C'est ce rétrécissement de la conscience qui amène l'amnésie de l'état précédent, et c'est cet état de veille qui est anormal et qui transforme les moments d'intelligence ordinaire en somnambu-

lismes ce sont ces chutes, ces retours à l'état d'anesthésie

qui donnent aux périodes normales l'aspect de somnambulisme2. » Je donnais en môme temps un schéma de ces modifications de la sensibilité et de la mémoire chez cette malade M..., schéma qui sera étudié de nouveau plus tard dans le chapitre xn de cet ouvrage. Pour le moment je me borne à rappeler l'importance de cette méthode de la restauration des sensibilités, de Yiesthèsiogénie chez les hystériques, afin de pouvoir déterminer chez M... des états divers de sensibilité et étudier par ce moyen le singulier phénomène d'allochirie qu'elle présente, phénomène qui prend des formes diverses suivant que la sensibilité tactile est plus ou moins complète.

En effet, au début d'une semblable recherche j'ai éprouvé un embarras qui a contribué à obscurcir un peu ma première* communication sur ce sujet. Quand onexamine M... à divers moments, au cours de diverses séances, ou bien à divers moments d'une même séance, au début et à la fin, avant et après les somnambulisrnes provoqués, on constate toujours il est vrai des troubles de la localisation, mais on constate que ces troubles ne sont pas exactement les mêmes et qu'ils présentent en somme plusieurs degrés ou plusieurs formes. Ces diverses formes m'ont paru en rapport avec la profondeur de l'anesthésie ou avec les divers degrés de la restauration des sensations, et c'est en suivant cet ordre de développement delà sensibilité que je vais les exposer.

Dans un premier état très fréquent chez elle, comme je viens de le dire, celui que l'on observe le plus souvent à son arrivée, M... n'a absolument aucune sensibilité tactile, ni musculaire sur aucun

i. Automatisme psychologique, 1889, p. 343-344- 2. Accidents mentaux des hystériques, 1893, p. 2 25.

Dl I RII i i i

point du corpt I i t un type d anestln Lérique totale il

,, .,.1 . plut de on ibilité pou i la chaleur, le froid I ■ du i iuc

pour le tact . Is ''" libilité a di paru m i"iii i loi mii.| iftitei ncc< ible le contact de la conja mine plu i le i « llexe palpébi .il , n'u elui du phn

ux. \ i c moment , quelle nue 101I I excitai * * * i ■ . il n*\ d jau de sensation consciente, par conséquent il est impossible de parli i tir localisation.

Si .1 ce moment <»n examine lei mouvements on \'»ii qu ils présentent des caractères bien connus et que | si réuni le nom de syndrome de Lasèguc. I c sujet ne peut accomplir aucun mou vempnt conscient quand il .1 les yeux fermés «>u qu il est dan I obscurité, il ne remue Bes membres qu en l« ru ml ou I quelquefois en conservant le souvenir visuel de la >n mitiale. En dehors de ces cas et <l autres analogues, M... d i « 011serve que des mouvements subconscients, en particulier des attitudes cataleptiques très faciles h provoquer dans tous les memb et ii son Insu. Dans ces conditions, on ne peut déterminer des mouvements localisés avec précision, on m' peut par exemple lui demander de remuer le doigl touché <>u piqué puisqu'elle ne sent rien. On ne peut déterminer des mouvements que par la parole. Elle comprend ce qu on lui indique el exécute, comme <»u vient de Le voir, tous les mouvements demandés, à la condition qu'on la la libre île regarder, elle n est arrêtée que par les commandements localises à un côté, le droit ou le gauche.

11 est intéressant de remarquer que ces mots « droite el gauche a ont cependant un sens pour elle: M... sait parfaitement qu'elle a deux mains et deux pieds et que ces mots servent i» les distinguer l'un de l'autre. Elle sait encore que cette distinction est justifiée, car les deux mains ne sont pas aussi habiles l'une que l'autre ; Tune de ses mains sait coudre, écrire, faire le signe de la croix, l'autre ne le sait pas. Il faut remarquer d'ailleurs que cette main est bien la droite, que M... est droitière, et non ambidextre ni gauchère. Pourquoi donc alors hésite-t-elle et ne peutelle pas faire le mouvement demandé ? C'est, si je ne me trompe, que ces notions sont chez elle de pures idées abstraites et ne s'associent avec aucune sensation ou aucune image actuelle en rapport avec Tune des mains. Elle sait que la main appelée droite est celle qui peut faire le signe de la croix, c'est une pure connaissance qui n'est associée avec aucune sensation provenant

NÉVROSES ET IDÉES FIXES. I. l6

3142 UN CAS D'ALLOCHlItlK

actuellement de l'une des mains. Aussi ne peut-elle dire d'avance Inquelle de ses mains est capable de faire cet acte, il faut qu'elle essaye de vouloir cet acte en regardant la main quelle qu'elle soit qui se trouve devant ses yeux, celle-là est la seule qui remue ; l'autre en dehors du regard est, on le sait, paralysée. Si le mouvement lui paraît se faire bien, elle conclut que c'est là la main droite. Et pour conserver cette notion acquise il faut qu'elle ne quitte pas des yeux la main ainsi reconnue ; car si elle la quitte du regard, elle ne la reconnaît plus, ne peut garantir que c'est la même et l'expérience est à recommencer. Si, au contraire, la main en question a fonctionné d'une manière maladroite, M... en conclut que ce n'est pas la droite et ya à la découverte de l'autre, car elle ne sait pas où elle est ; elle sait seulement d'une manière théorique qu'il y en a une autre. On peut d'ailleurs l'embrouiller dans sa recherche en lui présentant la même main, sur laquelle elle expérimente consciencieusement ; enfin elle trouve l'autre main et ra reconnaît à son fonctionnement. En pratique tout ce travail est bien simplifié par certains signes surajoutés comme la bague à la main droite.

On voit bien que la connaissance théorique de la distinction des côtés ne suffit pas et qu'elle amène naturellement les hésitations de M... quand il n'y a absolument aucune sensation spéciale se produisant dans chaque main au moment des mouvements et permettant de les reconnaître. Cette conclusion me paraît si naturelle qu'il y aurait lieu de rechercher dans d'autres cas d'anesthésie hystérique tactile et musculaire des symptômes analogues à ceux de M... Si on ne les rencontre pas c'est que l'anesthésie est bien rarement aussi complète, aussi générale.

Dans un second état, quand le sujet se porte un peu mieux, la sensibilité semble revenir en partie. Il y aurait ici des études intéressantes à faire sur cette restauration graduelle de la sensibilité; mais elles sont bien délicates, car il suffit de la plus légère chose pour diriger l'attention du sujet vers telle ou telie sensation et la faire réapparaître avant les autres. Cependant, si je ne me trompe, les sensations commencent tout à fait indistinctes et vagues; le chaud, le froid, le pincement, le frôlement delà peau, un objet mis dans les mains, tout cela provoque seulement une sensation vague de quelque chose de gênant, sans que le sujet sache ce que c'est. Ce n'est pas une douleur proprement dite, c'est surtout une sensation indistincte ; la douleur à mon avis réap-

VI I <•< H 1 m j | Mil |

|..n ,ii b< "i oup plus lai 'I ipi I le r< toui d< lui i -

tactiles De même que la douleur disparaît lu prera lan Phi

poesl II- tic, <»n nous \ oj oui ii équemmenl I i

mi \ éf i\ ec une nnn i mcrnl lu dei

ralti «• dans l.i i i-si.un .u mu .1. i , En te

oertain qu il n \ a ■< ce i lent aucune lo< .ilis.iii<»n . I<

tachant absolument j >• ^ « • m on !<• pique, où on le tout l>« l« i ont I .i 1 1 » m 1 1 1 1 ii- ne s<- manifeste en aucune manièn

I es mouvementi ne m <>n i pas paru modifié* ■ I * i » -- < ett< période, il est impossible d<- déterminer !<• mouvement '!<■ la partie tout hée cai le sujet u .i aucune idée de cet te parti

Page 1