Allochirie simple
Dans un troisième état qui peut quelquefois survenii spontanément, mais que l'on constate 1<* plus souvent chez elle ;i la fin des Béances de somnambulisme provoqué, après un sommeil assez prolongé, étal qui peut ensuite se conservei pendant une semaine ou ilcux. la sensibilité «vsi beaucoup plus développée. M ... sent assez bien sur toutes les régions du corps, elle distingue l'une de l'autre la plupart des sensations, le chaud, 1»' froid, le pincement, la piqûre et peut avec quelque hésitation nommer un j > « * t i t objet placé dans la main. 11 est intéressant ^lc remarquer que ! kinesthésique a Fait également des progrès, elle se rend ass bien compte des positions ilonm membres et la disposi-
tion à la catalepsie partielle qui dépend de Tancsthésie kinesthésique. tend à disparaît]
Dans cet état, nous pouvons constater des faits précis relatifs à la localisation des sensations tactiles qui présente évidemment un remarquable progrès. On ne peut sans doute déterminer par des méthodes précises en millimètres la précision de la localisation chez une pareille personne dont la sensibilité est obtuse et dont les mouvements sont encore difficiles sans le secours des yeux et surtout absolument dénués de précision. Il faut nous borner à l'interroger. Or nous voyons que pour de grandes régions du tronc, pour le dos, le ventre et la poitrine la localisation n'existe guère. M... sait seulement qu'on l'a piquée sur le corps. Mais aux membres la localisation est plus précise, elle se fait par régions que M... se représente d'une manière assez vague, grâce
141 UN CAS CPALLOGHIRIE
a des images visuelles. « Vous me touchez, vous me piquez, à l'épaule, au poignet, au bras, au coude, au genou, à la cheville du pied, répond-elle d'une façon tout h fait correcte. » Il est difficile
de l'amener à préciser plus, en particulier on ne peut lui (aire distinguer les doigts les uns des autres, elle les confond presque toujours. Elle confond moins le pouce et le petit doigt qui ont des fonctions bien distinctes que le 3e et le 4e doigts qui sont plus identiques. Ce détail s'accorde avec une observation déjà faite par M. Victor Henri dans ses remarquables études sur la localisation des sensations tactiles1. Deux de ses sujets, quoique ayant une localisation infiniment plus précise que M..., se trompent également sur le doigt touché ; il semble qu'il y ait là une difficulté spéciale délocalisation. Quoiqu'il en soit, et c'est le seul point sur lequel j'insiste, M... possède à ce moment la faculté de discerner assez bien les diverses sensations et de les localiser assez nettement. Eh bien, à ce moment, malgré cette sensation et cette localisation, elle ne distingue absolument pas les deux côtés du corps. « Vous me piquez au poignet, dit-elle. — C'est vrai, mais quel poignet, le droit ou le gauche? — Je ne sais pas. » Quand j'insiste trop, elle répond au hasard et se trompe presque toujours. Il est difficile de lui faire bien décrire ce qu'elle éprouve, on n'ose trop interroger de peur de suggérer les réponses. 11 me semble cependant, qu'à ce moment le problème de la distinction des deux côtés du corps ne se présente pas à son esprit, elle ne pense à aucun côté, les sensations semblent se ranger uniquement en une série verticale sans distinction dans le sens latéral.
Nous allons retrouver dans les mouvements le même progrès et le même trouble que dans les sensations, elle remue bien les mains, les bras, les veux fermés, même quand on a dérangé leur position initiale ; elle ne présente plus ni paralysie ni catalepsie, ni tremblement d'aucune sorte, elfe a plus de force et de précision dans les mouvements. Seuls les mouvements des doigts isolés présentent le même trouble que nous avions noté dans leur sensibilité, elle remue le médius quand je lui demande de remuer l'index et le petit doigt au lieu du pouce, les autres mouvements des bras ou des jambes se font sans erreur. Mais ici encore nous retrouvons la même ignorance des deux côtés du corps. M..., cela
i. Victor Henri, Recherches sur la localisation des sensations tactile?. Année psychologique, 1896, 186.
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sique et avait les yeux ouverts. Bile ne distingue ses I «tii après expérience du mouvement, seulement I expi rience peul maintenant se faire par le sens kinesthésique qui l'avertit de I exécution plus <>u moins bonne comme faisait tout b I heure le
sens \ iMirl .
|);ins ces expérienocs I emploi des mots droite et gauche qui n'ont pour elle qu'un sens i<>ui théorique peut paraître mauvais et (examen doit être fait d une manière plus simple. .!<• conviens avec elle qu'elle fera simplement un mouvement en rapport avec l(% côté pincé sans chercher h distinguer si c <'st le droit ou !<• gauche ; elle doit tourner la tète du côté où elle se sentira pin< ou. comme je tiens sis deux mains, elle doit me Berrer avec la main «(ni est pincée. Dans ces conditions on constate d'abord un retard énorme de la réaction : le mouvemeul demandé ne se fait iara avant huit ou neul secondes après le pincement, a ce m-onienl M... lait un mouvement vague, elle remue la tète en avant, hausse les deux épaules et un4 cl 1 1 : « Je viens de sentir que vous m'avez pim à la paume de la main, je dois vous sérier la main, de quel côté Je ne sais pas, est-ce comme ceci ? est-ce comme cela ? » et elle essaye d'un côté puis de l'autre au hasard.
Cette expérience confirme les précédentes et montre que chez cette malade la sensation quoique localisée dans le sens vertical ne s'accompagne pas dune notion relative à l'un des côtés du corps. Le trouble du mouvement me parait simplement l'expression de cette absence de renseignements, de cette confusion des sensations. C'est bien ce que l'on doit appeler lie lallochirie si Ion se reporte à la définition du terme donné par le premier observateur du phénomène. « Quoique la sensibilité soit conservée, plus ou moins complètement, dit Obersteiner, le malade est dans le doute
i. Automatisme psychologique, 1SS9. p. 184.
24G UN CAS FALLOCHIRIE
ou bien même fait erreur au sujet du coté touche1. » Mais comme j'ai eu besoin sur cette malade même de distinguer deux formes du phénomène dont l'explication est fort différente, j'ai proposé dans une précédente étude sur ces troubles de la sensibilité de désigner les faits que nous venons d'observer par le terme à'allochirie simple'1, qui serait caractérisée par l'absence do distinction, la simple confusion des deux cotés du corps.