Allochirie complète
Cette distinction s'impose en effet parce que l'on constate chez d'autres malades et également chez celle-ci une autre altération de la localisation tactile. Quand on a répété quelque temps avec M... les expériences précédentes, quand on a vivement attiré son attention sur la localisation à droite ou à gauche, on constate un changement notable dans ses réponses, et ce changement est assez important pour me paraître le point de départ d'un nouvel état de sensibilité qui va persister pendant un temps plus ou moins long.
M. semble mieux comprendre la question : « De quel côté sentez-vous ? » Elle n'a plus son air embarrassé et hésitant et elle répond nettement... mais elle répond toujours faussement. De quelque manière qu'on l'interroge, elle désigne toujours le côté opposé a celui qui a été piqué, ou touché, elle tourne la tête à gauche, elle serre la main gauche si on la pince à droite, ou serre la main droite si on la pince à gauche, et cela continuellement, sans jamais faire d'erreur. Dans une première communication sur cette malade je remarquais déjà ces séries de réponses fausses qui survenaient à un certain moment. Je constate maintenant qu'elles présentent souvent une régularité complète et caractérisent un état différent du précédent. C'est là le phénomène que j'ai proposé de désigner par le nom d' allochirie cornplète, consistant dans l'erreur continuelle et régulière par opposition à l'allochirie simple qui n'est qu'un doute et une confusion des deux côtés du corps.
Cette erreur de localisation se produit chez M. . . sur toute l'étendue de la peau : elle n'est pas limitée aux membres inférieurs ou à un
I. Obersleiner (de Vienne), On allochiria. Brain, 1881, p. i53.
a. Pierre Janet, Stigmates mentaux des hystériques, 1893, p. C9.
Ail m. HIR1J • "\||| | n , ,,l , ,| n COrD OOmmi 'lui h |>l n|>n l «1rs .min i-||r
existe quel que oil l i ndi oi( de la tét< du ti on< ou
qui loit excité. Cette erreui n < limité* b um l-
,n ii ell( i I identique pour le i» oïd . le chau
L, piqûi c Elle o pi é icnt e de II même manière poui
oulaire : s> je remue sa m. un droite «11, seul l<- m ,ih-
muniqué dana n m. un gauche Mèm< i je prévien M d : que je n.iis pincer, le réflexion h I attention * mte n i
p< i Kent pas I erreur «I»1 s<- produire ; enfin le vue elle-nn me m prévient pas I illusion, comme !<■ montre l'expérien< e lui vante où tous ers détails ion1 réunis. Pendanl que M <>t me regarde faire, !«• frappe le tendon rotulien ■< droite, !<• réflexe se produit nettemenl <-t correctement ;• la jambe dro M... voit bien le coup <lu marteau ci le mouvement «l<- sa jambe droite, mais elle ne peut s empêcher de sentir ce coup et ce n vement dans l'autre jambe, ajoutons que ces phénomèni constatés chei elle depuis plus de dix ans, <-t qu'ils étaienl probablement antérieurs et 1 un jugera sans doute que c'est là un d'allochirie remarquable ci particulièrement intéressant pour L'étude.
Il serait intéressant de pouvoir déterminer les modifications «1. la sensibilité qui accompagnent ce nouvel état. Malheureusen • elles sont peu précises. Je constate seulement avec une certain» surprise que, malgré ces erreurs plus répétées et plu- régulier* la sensibilité a nettemenl augmenté. M... distingue mieuxenc les objets, elle localise avec plus de précision même sur des gions qui précédemment ne donnaient que des impressions confuses. Si on la pique à la poitrine ou au ventre, avec un cra\ qu'elle tient à la main elle marque fort bien sur le côté opposé le point symétrique. Enfin les temps de réaction sont notablcmeut diminués tout en étant encore extrêmement exagérés, ils ne sont plus que de deux et trois secondes. Dans toutes les observations, tandis que l'allochirie persiste, on note ce grand retard des temps de réaction1. Les mouvements sont cependant plus rapides et plus précis, mais avec une erreur très régulière sur le côté qui doit se mouvoir.
Les deux états précédents sont tout a fait naturels chez ce sujet,
i. F.-J. Bosc, De l'allochirie sensorielle. Beiue de médecine, io novembre 1892,
248 IN CAS l) ALLOCHIRIE
on les constate souvent sans aucune préparation; ces faits sont également fort anciens et mon frère, le Dr Jules Janet, qui avait connu cette personne il y a une dizaine d'années, les avait déjà remarqués comme une bizarrerie s;ms s'occuper de cette question. D'autres faits n'apparaissent pas spontanément mais seulement au cours du traitement. En effet, j'ai cherché à modifier cette allochirie, ne fùt-cc que pour la mieux comprendre et j'ai suggéré à M... de faire bien attention, de chercher à sentir le plus tôt possible, de bien remarquer à quel côté du corps elle penserait tout d'abord, etc. En même temps, par les précédés resthésiogéniques auxquels elle est habituée j'augmentais graduellement sa sensibilité tactile et musculaire.
J'obtiens ainsi rapidement un nouveau phénomène que l'on peut à la rigueur considérer comme un progrès. M... dont je tiens les deux mains, doit serrer avec la main qui sera pincée. A ce moment, quoique pincée d'un seul coté, elle serre avec les deux mains. Presque toujours le mouvement est plus fort et plus rapide du côté opposé. M... déclare qu'elle a eu à la fois la pensée nette des deux côtés du corps. Je ne crois pas le fait identique à l'allochirie simple que j'ai déjà étudiée. Dans celle-ci il y avait absence de localisation latérale, M... ne se représentait aucun côté du corps ; ici ily a notion de latéralité, seulement M... se représente simultanément deux images, celles des deux côtés. C'est une forme de synesthésie ou si l'on ose ainsi dire de syncltirie avec syncinésie.
Un nouveau degré de perfection de la localisation se manifeste un peu tard : après avoir serré des deux côtés à la fois, la malade semble réfléchir et abandonne le côté inexact pour ne plus continuer à serrer que du côté pincé réellement, elle arrive ainsi à travers un Ions* intermédiaire a la localisation correcte. Enfin quand en excitant, en dirigeant son attention on est parvenu à rétablir d'une façon absolument complète sa sensibilité tactile et musculaire M... serre immédiatement du côté où elle est pincée et rien que de ce côté, sans aucun retard de la réaction et sans aucune allochirie
En un mot la localisation latérale, à partir du moment où la sensibilité a réapparu, semble traverser les phases suivantes. La malade est pincée assez fortement à la main droite et elle a les yeux fermés : i° elle ne distingue aucun côté et localise uniquement sur une ligne verticale, c'est rallochirie simple ; 2° elle a l'idée nette qu'elle est pincée du côté gauche, c'est lallochirie complète \
Il M \| l\ I h l\ll Kl'lll I \ I ION M I U.I.OI llll'.ll
peu pri i i mémo temps Y idée des deu du corp
, , il, nchirii i elle a l'idéi d< dru le peuiée du oà luche 6it faible, peu p< ipi
« I < ■ niiii i In pluco h li pensée du côté droil qui u i n
, •H.- ,i immédiatement la peu ée du « iHé «I m»i i nui «• i pu « 1 1 1 « - celle I ii . « est In localu atio pi
/ Tentati\ es d'interprétation de l'aiioi hii ie impie,
Il eti bien difficile d entrer dnni I inti rpn Inlion de cei faits (|in commencent .1 peine h être débrouilu s cl dont I élu !•• serait à mon avis lorl importante pour la psychologie «l<- In wnalité
ct pour l,i théorie de la perception : je ne puis qu in liquer quelnues lu t \ es réflexions.
Les premiers auteurs qui ont décrit I allochine Obersteiner, Mummond, Weiss, ioqi, rapportent !«• fail à une lésion médullaire, u 11 saint d iint' obstruction dr la moelle amenant un chan< gemenl de direction dans la marche de la sensation, celle-ci allant d'un côté du corps au même côté du cerveau, d où il résulte que l'impression es1 rapportée au côté opposé du coi ps*. o II s'agil en effet d»1 malades présentant >< >i i la sclérose <\r> cordons posté rieurs du tabès, soit une destruction médullaire plus ou moins étendue après un écrasement de l;i colonne vertébrale. Les i principales observations sont réunies dans le travail <!«• M. Bos Il semble naturel de rapporter le trouble constaté ;i la lésion médullaire réelle, d'autant plus que dans un cas l'allochirie limitée aux membres inférieurs au-dessous do la lésion. M. B< avant constaté le phénomène chez un homme atteint d'hémorragie cérébrale, admet que l'interversion des courants nerveux peut se faire non seulement dans la moelle mais aussi dans l'encéphale « il faut admettre, dans ce cas de lésion cérébrale, que les sensations sont passées de l'hémisphère lésé dans L'hémisphère du côté opposé par le corps calleux3 ».
Il y a dans ces suppositions quelque chose d'évidemment juste, c est que la lésion médullaire ou cérébrale joue un certain rôle dans