Les spasmes des muscles du tronc
A côté de ces contractures il faut placer un phénomène très voisin, c'est-à-dire les spasmes, les contractions brusques et involontaires tirs mêmes muscles, mais il m'est difficile de l< lier ici complètement car ils se compliquent presque toujours de Bpasmes du diaphragme et de spasmes des viscèi es qui demandent une étude spéciale.
Dans certains cas ces spasmes des muscles du tronc sont tout à fait analogu *s aux contractures que je viens de décrire et n'en diffèrent que par leur peu de durée. Ils déterminent dés attitudes semblables, flexion latérale du tronc, flexion en avant, mais ces attitudes se produisent momentanément comme par une secousse rapide et disparaissent ensuite pour réapparaître plus ou moins rapidement.
Observation XL — Voici un cas particulièrement simple de ce phénomène. Mey..., jeune fille de 17 ans, semble être atteinte, si Ton peut ainsi dire, d'une coxalgie intermittente. Peu d'antécédents nerveux : le père est très colère, rhumatisant, non alcoolique, la mère semble avoir toujours été normale. L'enfant était cependant chétive et surtout très émotive: elle avait fréquemment des colères violentes semblables à des crises. Àl'âgede 10 ans, elle fut effrayée par un incendie assez grave dans l'appartement de ses parents. Peu de jours après elle commença à pencher en avant comme la malade de l'observation III. Cette attitude ne resta pas perma-
ncnte et ne tarda pas à se transformer en une sorte de tic ou de spasme. A plusieurs reprises, une dizaine de fois par jour, Mey.se sent violemment tirée en avant et du côté droit. Sa jambe droite se raccourcit, dit-elle, et elle tomberait si elle ne se penchait pas ainsi. On constate à ce moment le durcissement des muscles droits de L'abdomen, du muscle oblique du coté droit et des muscles de la hanche, les cotes se rapprochent de l'épine iliaque et le bassin est dévié. Mais ce mouvement ne dure que quelques instants, les muscles se relâchent rapidement et tout rentre dans l'ordre.
Bien qu'il n'y ait pas de stigmates, l'évolution des phénomènes, la contracture persistante du début après l'incendie, l'analogie de ces faits avec les précédents me portent à rattacher ce spasme à l'hystérie et à en faire une forme atténuée et passagère des contractures que je viens de décrire.
Tous les spasmes des muscles du tronc ne sont pas aussi simples, ils nous montrent quelquefois des phénomènes fort différents des précédents. Voici en particulier deux observations assez bizarres que j'ai recueillies il y a déjà plusieurs années dans le service de Charcot.
Observation XTI. — Une femme de 28 ans, Dr..., souffre depuis quatre ans d'un tic qui consiste en un mouvement de la paroi abdominale. Son père, alcoolique, absinthique, est mort probablement dans le délirium. Sa mère quoique fort nerveuse n'eut pas d'accidents hystériques caractérisés. Dr... eut dans sa jeunesse de la chorée limitée au côté droit, quelques crises de nerfs et se maria de bonne heure à 16 ans. Elle eut d'abord deux grossesses normales, le premier enfant vit et reste bien portant, le second mourut peu de temps après la naissance. Ace moment Dr... commença une troisième grossesse, suppression des règles, gonflement des seins et du ventre, etc. Quatre mois après le début de cette nouvelle grossesse, elle sentit remuer l'enfant, et montra même au médecin les violents soubresauts de la paroi abdominale que déterminaient les mouvements de cet enfant. Le médecin appliqua la main et discerna parfaitement les coups de pied. A la fin du neuvième mois, le ventre très gros et agité de violentes secousses, elle se rendit dans un hôpital pour accoucher. A son grand étonnement le médecin refusa de l'accoucher et l'envoya à la Salpêtrière. Cette fausse grossesse se termina peu à peu sans incidents, le ventre s'affaissa, les règles reparurent, mais les mouvements de la paroi abdominale ne cessèrent point. Chose sin-
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Obsbbvation XIII. — Une femme de 3a ans, La., atteinte
depuis trois ans d'un tic de la respiration qui consi imiter
avec ses lèvres le hennissement du cheval et d'un tic bien plus étrange qui consiste dans un mouvement particulier '!<• la paroi
abdominale.
Le père qui était gravement alcoolique <'s( mort phtisique, les autres parents ne présentent pas de tares nerveuses. L enfance la jeunesse paraissent avoir été normales quoique l'enfant fût 1 émotive. Mariée de bonne heure, à 17 ans, elle n'eut jamais d'enfants, ce qui détermina beaucoup d'ennuis et de tristesses. Le premier incident notable se place vers 20 nus, La... s'aperçut qu'elle perdait ses cheveux, je n'ai pu relever aucun Bigne de syphilis et ne sais à quoi attribuer cette chute de cheveux qui lut, parait-il. assez grave. La., s'en inquiéta énormément, devint triste, ref de manger, et ne se rétablit que d'une manière incomplète, quand une dizaine de mois plus tard les cheveux repoussèrent. A 1 de 25 ans, à la suite de grandes fatigues et de mauvaises affaires commerciales, l'anorexie recommença. Elle se crut mourante, fit son testament, s'imposa à elle-même des remèdes bizarres, refusa toute alimentation raisonnable et tomba dans un profond dépérissement. A la suite dune hémorragie nasale, elle prétendit se sentir étouffée et gênée à l'estomac et commença à faire entendre continuellement de petits cris. A la suite de la visite d'un médecin qui l'avait vivement menacée, elle renonça à la diète qu'elle s'était imposée et tomba immédiatement, comme cela arrive souvent, dans l'excès opposé. La... se mit à manger énormément et à tout moment. Elle se plaignait de souffrir constamment dans
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l'estomac qui n'étail pas rassasié. Il y avait, disait-elle, quelque chose qui la serrait à l'estomac, une barre dure, et quelque chose qui la grattait, qui remuait en dedans. « C'est comme une bète, logée en dedans, qui remue, qui dévore tout ce que je mange, c'est d'ailleurs pour cela que la nourriture ne me profite pas. » Ce mouvement du ventre dont elle se plaignait était d'ailleurs visible et consistait en mouvements de resserrement et d'extension, en ondulations de la paroi abdominale. Son père mourut à ce moment, elle éprouva également des pertes d'argent, qui augmen-
Fig. 3q — Spasme des muscles abdominaux et du diaphragme chez La. A, état normal! B, aspect de l'abdomen au moment du spasme, l'abdomen se creuse, la peau fait un pi. très accentué à la limite inférieure des fausses côtes, l'ombilic est fortement remonté.
tèrent sa tristesse, son hypocondrie, et ces deux symptômes, les petits cris et le mouvement du ventre, s'aggravèrent énormément.
Les petits cris sont devenus plus bruyants, ils consistent en un soufïle brusque au travers des lèvres à demi serrées et imitent maintenant assez bien le hennissement du cheval. Tant que ces hennissements se font entendre assez régulièrement, 3 ou 4 fois par minute, le ventre reste calme. Si les hennissements s'arrêtent, c'est que l'autre tic se produit et que le ventre se met en branle.
Rien n'est plus curieux que ce mouvement du ventre que je ne peux mieux m'exprimer qu'en disant que la malade semble
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ventre ressort lentement de oette dépression, se gonfle el reprend s.i forme primitive. Ce manège s'opère régulièrement i<> h i a lois par minute. Si on appuie sur l'épigastre, il ci mais aus-
sitôt le hennissement reprend ; si on cesse la pression, le hennissement s'arrête et le mouvement du ventre recommence. Tout cela ne cesse définitivement que la nuit, pendant le sommeil profond. Une légère hypoesthésie siégeant surtout sur le thorax et les bras et non sur L'épigastre et l'abdomen dont l.i sensibilité cutanée est restée normale, un certain degré de rétrécissement du champ visuel, des mouvements subconscients faciles à déterminer, des tremblements, quelques petites attaques complètent cetabl< de spasme hystérique de l'abdomen.
Ces accidents, quand ils sont sérieux, sont d'ordinaire plus facilement diagnostiqués que les contractures précédentes: ils déterminent tics mouvements qui sont plus visibles et surtout mieux sentis et mieux décrits par les malades. Dans certains cas cependant il v aura lieu de les soupçonner et de les rechercher pour expliquer divers troubles viscéraux.