Les paralysies des muscles du tronc
Les paralvsies complètes des muscles du tronc sont beaucoup plus rares que les contractures et je n'en ai recueilli qu'une observation bien nette1 mais elle est très remarquable et elle nous pro-
i. Voir dans le deuxième volume de cet ouvrage une observation de paralvsie uuilatéralc des muscles du tronc, cas de ly, chap. sur les contractures.
pose quelques problèmes physiologiques fort curieux qu'il n'est pas facile de résoudre complètement.
Observation XIV. — Juliette, jeune fille de i/i nus ;i peine, est apportée à l'hôpital dans le service de M. Raymond, sur un brancard, car elle est absolument incapable non seulemenl <!<• marcher, mais même de se tenir assise, de remuer son corps le moins du monde. Elle a une obésité surprenante et semble une lourde masse
Fia. l\o. — Photographe de1 Juliette âgée de ik ans. Paralysie des muscles du tronc et obésité.
de graisse affalée sur un lit. La photographie faite par M. Londe nous représente assez bien l'aspect de la malade à son entrée et laisse comprendre combien il est difficile de la transporter (fig. l\o). Or les parents nous affirment qu'il y a six mois à peine cette enfant était maigre et svelte, qu'elle pouvait remuer et courir. Voici dans quelles circonstances s'est effectué ce changement. La famille présente des tares nerveuses, le père et le grand-père
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Juliette lui toujours une enfant maladive, pendant les premiers mois il semblait Impossible de la Paire dormir, plus tard elle ••ut des diarrhées graves el resta très faible. Cependant elle eut an développement intellectuel plutôt pi et apprenait très faci-
lement: elle était seule me ut très émotive et très colère. A I cinq ans, elle lut la victime d'un accident grave qui me semble bien être le point de dépari de tous les bouleversements nerveux survenus plus tard, lu jouant avec d'autres enfants elle tomba dans un puits de douze mètres de profondeur. Il fallut une demi heure pour la rechercher e1 on la trouva au fond cramponnée à l;i paroi, faisant des efforts désespérés pour s'accrocher aux pieri es. L'homme qui pratiqua ce sauvetage la tint d'abord par un bras, mais elle lui échappa et retomba dans L'eau, il parvint alors à la saisir par un pied el c'est par ce pied qu'il la tira pendant une partie de L'ascension.
L'enfanl lut ramenée dans un état de terreur facile à concevoir, mais surtout extraordinairemenl agitée : sans délirer précisément elle parlait continuellement, el ce bavardage plus ou moins incohérent dura trois jours. Pendant trois semaines elle resta i fort troublée; dès qu'elle s'endormait elle faisait de nouveau avec les pieds et les mains des mouvements comme pour s'accrocher et grimper, et elle poussait des cris de terreur, dépendant tout parut se rétablir, l'enfant resta seulement plus nerveuse, plus colère, mais cependant très intelligente et de beaucoup la première de son école.
A 7 ans, Juliette est atteinte de fièvre typhoïde: un grand délire dure pendant deux mois, elle se rétablit cependant encore et son intelligence ne parait pas touchée ; au contraire, on constate une excitation cérébrale et une mémoire extraordinaire. Sa facilité de travail intellectuel semble anormale et le médecin cherche à le restreindre et à diminuer les études.
A il ans, premier début des règles qui, à un grand intervalle, n'apparaissent que deux fois.
A 12 ans, voici une forte; atteinte d'influenza qui achève la désorganisation cérébrale et devient le point de départ des accidents nerveux. L'enfant est faible, mange peu, elle s'ennuie, remue tout le temps et prétend qu'elle étouffe. Des crises d'hystérie commencent et se répètent tous les jours pendant quatre mois. Ces crises convulsives sont assez graves et laissent souvent à leur suite pendant quelques heures de la cécité et du mutisme. Dans le cinquième mois les crises s'espacent, mais on voit se développer des mouvements choréiques, surtout dans le bras et la jambe droite, puis à la suite d'une légère émotion, l'annonce d'un incendie chez la grand'mère, des secousses dans le thorax et dans l'abdomen. Un peu plus tard l'enfant est faible, ne peut plus, dit-elle, soutenir sa tête qui retombe; elle refuse de manger et n'accepte qu'à boire. Elle se met bientôt à boire énormément, cinq litres d'eau par jour et commence à engraisser. En deux mois elle devient énorme et peu à peu cesse de pouvoir bouger de son lit, la paralysie se développe en même temps que l'obésité.
Cette obésité assez considérable, y4 kilogrammes pour une enfant de i4 ans qui est de petite taille n'est pas absolument générale ; comme on le voit un peu d'après la photographie, les bras et surtout les jambes sont restés assez minces et sans couche adipeuse, la figure est celle d'une enfant de cet âge sans grosseur exagérée. Au contraire, le thorax et l'abdomen sont difformes, les seins sont énormes et l'abdomen parait gonflé, quoiqu'il n'y ait point de météorisme, tellement la couche adipeuse est développée. La peau des seins, du ventre, de la partie supérieure des cuisses est couverte de vergetures comme chez une femme enceinte.
La paralysie a la même localisation que l'obésité. La face est absolument intacte, la malade ferme les yeux, ouvre la bouche, change sa physionomie sans difficulté, elle peut parler et manger très facilement. Les mouvements des bras sont normaux et la malade peut s'en servir de toute manière. Les mouvements des jambes sont plus altérés. Quand on tient la malade debout, ce qui n'est pas facile, on voit qu'elle ne sait plus marcher, elle fait des mouvements incohérents et les jambes s'embarrassent l'une dans l'autre. Mais les jambes ne sont pas paralysées, elles font, quand la malade est couchée, tous les mouvements que l'on demande et avec une certaine force. Il s'agit, en un mot, d'astasieabasie : c'est un point d'observalion que M. le Pr Raymond a déjà traité et sur lequel je n'insiste pas maintenant.
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Cette paralysie en rapport avec les attaques et les chorées précédentes, s'accompagne encore maintenant de stigmates hystériques. Il existe sur tout le corps une analgésie très marquée avec dissociation dite syringo-myélique, sur la main gauche, Juliette sent les contacts légers mais ne perçoit ni les piqûres, ni les brûlures. L'anesthésie proprement dite et complète a des limites variables, tantôt elle forme des plaques irrégulières siégeant surtout