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Conséquences de cette insomnie

Une étude intéressante sur l'insomnie a été faite récemment par MM. le Pr G. Patrick et le Dr Allen Gilbert1. Ils ont déterminé chez trois sujets de bonne volonté une insomnie artificielle en les maintenant éveillés pendant trois ou quatre jours et, pendant ces journées, ils ont méticuleusement noté toutes les modifications physiologiques et psychologiques accessibles à l'observation poulies comparer avec l'état normal soigneusement déterminé avant et après l'expérience. Ces auteurs ont ainsi étudié les modifications du poids, qui chez les trois sujets a augmenté sensiblement pendant l'insomnie pour décroître après le sommeil; ils ont noté

I. Studies from the psychological laboratory of the University of Iowa. On the Effccts of Loss of Slecp. by Prof. G. T. W. Patrick and D' J. Allen Gilbert. The psychological Reviewt septembre 1896, p. '»70.

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pendanl un temps aussi long; ensuite I étal normal, le terme de comparaison ne nous était |>.«s connu ; enfin beaucoup de i ie uces. à supposer, ce dont je ne suis pas toujours bien convaincu, qu'elles permettent de déterminer exactement l'état psychologique d'un homme normal sont peu applicables a «les malades non préparés ii ce genre de recherches et ne donnent chez eux que des résultats arbitraires. Il n'en est pas moins Intéressant de noter les modifications tic ce genre qui onl pu être constatées chez A et de chercher celles qui semblent être le résultai d<- l'insomnie.

Cette malade présente d'abord îles troubles de la sensibilité on constate une anesthésîe quelquefois complète pour la douleur, le toucher, la température aux deux mains et sur des îlots irrégulièrement dissémines sur les bras et sur le corps. Ces anesthésies sont très mobiles; elles se modifient souvent d'une manière spontanée et diminuent considérablement. Elles varient surtout dans leur intensité et dans leur siège suivant que l'on attire plus ou moins fortement l'attention sur telle ou telle région ; enfin elles laissent subsister dune manière fort nette des sensations subconscientes que la plupart des expériences connues peuvent mettre en évidence. L'état du sens musculaire varie également beaucoup, tantôt presque normal, tantôt diminué jusqu'à permettre le développement des attitudes cataleptiques.

Les sens du goût, de 1 odorat et de l'ouïe sont légèrement diminués : quant à la vue elle est extrêmement réduite : l'acuité \isuelle n'est pas augmentée comme dans les expériences précédentes;

elle est réduite à — pour l'œil droit et — pour l'œil gauche ; le io r 8 r °

champ visuel pour chacun des yeux est réduit au minimum ; il n'atteint pas io° ; la vision consciente n'existe, comme on le voit, que pour le point central.

Les mouvements ne présentent que peu de modifications ; je note de temps en temps une tendance aux attitudes cataleptiques et un certain degré de contracture qui se développe dans les j;imbes à la suite des attaques convulsives qui surviennent quelquefois, quoique assez rarement.

La mémoire présente de la manière la plus nette l'altération que j'ai décrite sous le nom d'amnésie continue1 ; elle est nette et précise pour tous les événements antérieurs à l'âge de 34 ans, c'est-à-dire jusqu'au début de la maladie actuelle ; elle est presque nulle pour les événements de ces deux dernières années. Zy... ne se souvient que des faits les plus saillants et elle semble oublier les faits au fur et à mesure de leur production. Il est vrai que le souvenir réapparaît de temps en temps d'une manière incomplète quand l'esprit est un peu plus actif.

En effet, le caractère le plus important de cette malade c'est la disparition presque complète et presque continuelle de toute activité cérébrale. Cette femme qui prétend ne dormir jamais a continuellement l'aspect d'une personne à demi endormie. La face est inerte et stupide, les yeux vagues, le corps sans énergie reste effondré sur une chaise ou sur un lit. Souvent la malade éprouve des sortes d'excitations au mouvement ; elle marche au hasard indéfiniment avec une allure titubante ; mais le plus souvent elle reste immobile sans remuer et sans parler. Il est absolument impossible depuis deux ans d'obtenir d'elle quelle essaye le moindre travail ou accepte la moindre occupation. Auparavant au contraire elle était très active et ne restait jamais inoccupée. Elle est devenue complètement indifférente à tout ce qui lui plaisait ou la préoccupait jadis. En dehors de quelques idées hypocondriaques, qui, comme on le verra, jouent un grand rôle dans sa pensée, rien ne peut la toucher ou rémotionner.

Cette inertie complète se manifeste également par absence totale d'attention. Elle ne comprend pas à la lecture deux lignes de suite ; ses yeux d'ailleurs vacillent et se remplissent de larmes dès qu'elle essaye de regarder fixement un objet ou de lire. C'est

i. Pierre Janet, Amnésie continue. Revue générale des sciences, 3o mars iS()3, j\ 169 el chapitre m de cet ouvrage-

la forme d asthénopi< qui m i I liei nu

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avec l'appareil de D 'Arsonval. Les signaux se suivent rapidement, à peu près 20 par minute, les temps sont comptés en centièmes de seconde. Pour 100 expériences : maximum 5l, minimum 3, moyenne 17,82, variation moyenne 3,55. Pour cent autres temps de réaction après des excitations visuelles, maximum 66, minimum, 5, moyenne 22,10, variation moyenne 4,09. D'ailleurs les figures 64 et 65, l'une donnant la courbe des réactions tactiles, l'autre la courbe des réactions visuelles résument ces recherches suivant l'une des méthodes qui a été adoptée dans le chapitre 11.

360 INSOMNIE l'Ait IDÉE FIXE SI BCONSCIENTE

Ces moyennes et ces courbes, surtout la seconde, sont un peu élevées ; mais elles ne sont pas celles que Ton aurait attendues <i priori chez un sujet aussi dénué d'attention e1 présentant en apparence une si forte asthénopie. Les variations moyennes et la régularité de la courbe Indiquent également peu de distractions.

C'est que chez ces malades, comme on Ta déjà vu, le mouvement de réaction se fait souvent d'une manière automatique et sa durée ne peut être, dans ces cas, considérée comme une mesure de l'attention consciente.

L'altération de la santé physique, quoique manifeste, ne semble pas en proportion de ces troubles psychologiques, au moins quand on s'en tient à l'observation clinique. La circulation du sang présente peu de troubles appréciables, le pouls reste en moyenne à 64, In température est toujours restée normale, des plaques rouges qui apparaissent de temps en temps sur la figure et sur le corps indiquent seulement quelques troubles vaso-moteurs. Les fonctions digestives semblent plus fortement troublées, non d'une manière très régulière, mais par périodes. La malade qui a conservé en grande partie le goût, la sensibilité du pharynx et de l'œsophage et qui ne semble pas, au moins autant que l'on peut le vérifier, avoir de graves anesthésies viscérales, mange en général assez peu, mais digère assez bien. Puis, pendant quelque temps, une semaine, par exemple, elle refuse de manger, ou bien présente des vomissements incoercibles. On note quelquefois des diarrhées, maisle plus souvent Zy. est fortement constipée. L'analyse des urines faite à plusieurs reprises par M. Yvon, que je remercie de son obligeance, nous montre tous les éléments très réduits, ce que j'ai déjà remarqué à propos de plusieurs des cas précédents.

Les réflexes sont normaux, mais il faut constater à de certainsmoments une inégalité pupillaire que j'ai retrouvée fréquemment dans les états de ce genre *. Le symptôme le plus important c'est que la malade se plaint perpétuellement de grands maux de tète qui, dit-elle, n'ont jamais cessé depuis deux ans, maux de tête qui siègent surtout dans la partie antérieure du crâne sans localisation bien précise.

I. Histoire d'une idée fixe. Iievue philosophique, février 189/i, p. i5o.

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