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L'idée fixe sous forme de rêve

Après avoir étudié les résultats de cette insomnie, il faut autant

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cile de déterminer le début du sommeil chez I.i malade qui prêtait volontiers et ne paraissait aucunement effrayée; mais après une minute de sommeil, elle se redressail brusquemenl ave< un sentiment de terreur.

Zy, reconnut alors ce qu'elle n'avait jamais pu m'expliques auparavant que les choses se passaient exactement de la même manière dans la nuit quand elle essayait de s'abandonner au sommeil normal. En réalité, surtout au début de la mili lie, elles en dormait un peu; mais au bout de quelques minutes de sommeil elle était réveillée en sursaut et éprouvail un grand sentiment de terreur. Le menu1 réveil se reproduisait après toute tentative pou: s'endormir, si bien que la pauvre femme avait fini par ne pins même essayer de s'endormir. C'est là une remarque qui modifie un peu notre description précédente. Ce n'est pas pi lent

une malade qui ne peut pas dormir, puisqu'elle s'endort en réalite quelques instants, mais c'est une malade qui ne peut continuer à dormir, car elle est immédiatement réveillée.

Qu'est-ce qui détermine donc ce réveil perpétuel? Si on interroge la malade sur ce qu'elle éprouve après ces sommeils interrompus brusquement, on n'obtient rien de bien précis. a J'ai dû faire un mauvais rêve, dit-elle, j'ai eu grand'peur, je ne sais pas pourquoi », et elle affirme, comme toujours, n'avoir aucune préoccupation et ne penser à rien de précis. C'est pendant le sommeil lui-même qu'il faut L'examiner pour constater le rêve, et, pour le faire, il faut réussir a prolonger un peu la durée du sommeil. On y

parvient en s'efiorçant de « rester en rapport » avec elle pendant la durée de ce sommeil, en lui tenanl la main, en lui parlant sans cesse, en exigeant des réponses par des légers mouvements des lèvres ou de la main. Si elle s'endort profondément, si elle cesse de vous écouler, de vous répondre par des serrements de la main, elle va se réveiller brusquement dans un instant. Si elle continue à vous écouter, on peut la rassurer constamment, la diriger dans ses rêves, et le sommeil peut être prolongé pendant des heures. Quand on interroge la malade pendant ce sommeil, on constate très facilement un rêve toujours le même dont on ne pouvait se rendre compte pendant la veille. Le sujet de ce rêve, c'est tout simplement la pensée et le spectacle de la mort de l'enfant: Zy. le voit mourir et assiste a son enterrement. Ce rêve ne dure guère, car la malade bouleversée, épouvantée, se réveille immédiatement. Au début de la maladie, ce rêve était invariablement le même ; depuis quelques mois il se modifie un peu ; ce n'est pas toujours son enfant que Zy. voit mourir, c'est son père ou son frère qui meurent devant elle, et dans sa pensée il s'agit toujours, paraît-il, dune fièvre typhoïde. On voit là cette modification lente des idées fixes subconscientes qui nous a paru souvent fort intéressante. Quoi qu'il en soit, ce n'est au fond que l'idée fixe primitive, celle de la mort de l'enfant, qui obsédait l'esprit d'une manière consciente pendant la convalescence de la fièvre typhoïde et qui avait semblé disparaître complètement. En réalité, la disparition n'avait été qu'apparente, comme cela arrive si souvent; l'idée fixe avait simplement changé de caractère psychologique. Elle était devenue subconsciente et ne se développait plus complètement que pendant les instants de sommeil. Ne peut-on pas dire que ce rêve toujours le même n'est ici qu'une forme nouvelle de l'idée fixe? Mais sous cette nouvelle forme, l'idée fixe avait déterminé un symptôme en apparence tout à fait nouveau, l'insomnie.

Il me semble facile en effet de démontrer que l'insomnie est bien en rapport avec le développement de cette idée fixe subconsciente. D'un côté, on constate que le réveil brusque survient toujours quelques instants après le début de ce rêve. Zy. repose bien tranquillement, le visage calme, la respiration régulière ; voici que sa figure se contracte, des larmes coulent de ses yeux, elle fait un mouvement des bras en avant comme pour écarter quelque chose. Je sais, par expérience, à quoi elle

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retombe dans l'immobilité complète avec la même respiration régulière qu'au début et la même indifférence aux brait rieurs. Dans quelques minutes, <>u quelquefois après nue demiheure seulement, les mêmes phénomènes vont se reproduire el seront arrêtés de la même manière. Si le réveil <lc\.iii se produire fatalement en vertu <1»' conditions physiologiques sans rapport avec 1rs pensées du sujet, pourrait-il être arrêté ainsi pai quelques mots? Si le réveil n'avait aucun rapport avec ce rêve terrifiant, aurait-il suffi d'arrêter et de modifier ce rêve poui prolonger le sommeil? Sans doute, ii \ a là un sommeil dé( tueux, facile à interrompre, en rapport avec l'épuisemenl cérébral du sujet : mais si défectueux qu'il soit, il continuerait, >i le cauchemar ne venait l'interrompre brusquement. Enfin cet épuisement même du cerveau qui a rendu le sommeil insuffisant, nest-il pas en rapport aet uellement avec l'insomnie prolongée et au début avec l'obsession qui, à ce moment, il ne faut pas l'oublier, a été parfaitement consciente et a mis Zy. dans un état de désespoir perpétuel. Le réveil et l'insomnie surviennent donc à la suite d'un rêve toujours le même qui représente l'idée fixe et l'émotion systématique sous une forme particulière; le réveil n'a pas lieu et 1 insomnie disparait si l'on parvient à supprimer ce rêve.

T. a relation de 1 idée fixe sous forme de rêve avec l'insomnie est également démontré par le mécanisme de la guérison partielle que nous avons pu obtenir. On peut, en surveillant la malade de la manière que je viens de décrire, obtenir à chaque séance une heure ou plus de sommeil calme. On peut également, par les divers procédés de suggestion, par la dissociation de l'idée fixe sur laquelle je n'ai pas à revenir, diminuer ce rêve, le faire presque dis-

paraître, et les nuits suivantes la malade dormira pendant plusieurs heures, sans avoir le réveil brusque ni le sentiment de terreur.

On dira sans doute que ce n'est pas là un sommeil normal. Dans l'état de nos connaissances ou plutôt de notre ignorance sur le sommeil on ne peut sur cette cpjestion qu'émettre des affirmations sans preuves. Sans doute, c'est un état dans lequel la malade reste quelque peu en relation avec moi et peut m'entendre. Il en est exactement de même dans bien des sommeils naturels, par exemple dans celui de la mère qui dort près de son enfant. Cet état peut assez facilement, si on excite l'activité cérébrale, se transformer en somnambulisme. On a montré bien souvent qu'il en est de même pour beaucoup de sommeils naturels surtout chez les personnes prédisposées au dédoublement de la personnalité, c'est-à-dire qui peuvent, sans se réveiller complètement, entrer dans un état d'activité cérébrale autre que celui de la veille. En réalité la malade repose de la manière la plus calme, avec une, respiration profonde et régulière, elle n'a aucune pensée, aucun rêve si on prend les précautions précédentes pour écarter un rêve particulier dès qu'il commence. Elle a pendant cet état une sensibilité très émoussée, au moins quand on ne l'excite pas en lui parlant, elle ne se réveille que difficilement et semble sortir d'un sommeil profond. Enfin elle est reposée comme à la suite d'un sommeil véritable. Il y a évidemment beaucoup de variétés dans le sommeil normal et l'état ainsi déterminé me paraît constituer l'une d'entre elles.

Il v a là cependant un fait curieux sur lequel je dois insister. Cette femme est incapable de dormir plus de deux ou trois minutes, si elle est abandonnée à elle-même et elle peut être maintenue endormie pendant des heures et probablement pendant des nuits entières si quelqu'un a la patience de s'occuper d'elle, de surveiller et de diriger son sommeil. On se souvient à ce propos de ces malades à qui il faut tout apprendre de nouveau, à qui il faut apprendre à manger, à déglutir, à respirer, à parler, à marcher, etc. Quel que soit le mécanisme du procédé employé pour faire dormir Zy., il est évident que par une influence uniquement morale, on la fait dormir. C'est là encore une forme intéressante et nouvelle de ces « influences », de ces « besoins de direction » dont je montrais récemment l'importance1.

i. Pierre Janet, L'influence somnambulique et le besoin de direction. Revue phi~ losophique, février 1897, p. 1 13 et chapitre xm de cet ouvrage.

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presque entièrement Malheureusement, comme il arrive ouv< pour des idées fixes de oc genre, le rêve i une tendance déplo l>lc ii réapparaître au bout de quelques jours II (;nnli .ni le combattre pai une direction constante de la pen • / r< ntre .m moins jusqu h présent dans cette catégorie de malad< i que i ai récemmenl décrits et qui ont besoin de vivi tammenl

dépendance d'une autre personne. C osl là l'étal de faiblesse, d gourdissemcnf cérébral fondamental, déterminé probablcm< dans ce cas comme dans beaucoup d'autres par I infection typhique, qui s permis a I idée fixe «I»' se développer el qui aujourd'hui encore est la raison <!»- sa réapparition perpétuelle. Comme j'ai t<>ujours essayé de le montrer, l'idée fixe, qu'elle soil sous forme d'obsession, d'impulsion, <l«i rêve ou d'émotion persistante, es! la cause de lit forme particulière que prenaient les accidents. Loin de causer l'épuisement cérébral fondamental, l'idée fixe el la su tibilité en dépen lenl au contraire et ne ><> développent que sui terrain préparé par l'hérédité ou la maladie.

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