Description de l'expérience
D'une façon générale, le fait est exact. Vous n'avei qu a i pour vous en convaincre. Pourtant, si chacun de noua se mèlail défaire l'expérience, nous n'arriverions pas toui î un résultat aussi brillant; mais enfin, il est probable que parmi nous certaine! personnes auraienl îles visions: i<> sur 5o, d'après les auteurs anglais. Ce chiffre me semble un peu exagéré, nui- peu importe. Mettons-nous donc dans 1rs conditions voulues poui obsen choisissons des personnes qui peuvent présente! ce phénomène, el voyons comment les choses se passent.
Vous prenez cette boule de verre et vous la disposez dan- des conditions particulières : le plus commode, c'est de la placer dans un endroil qui ne soit ni complètement obscur, ni tout à fait lumineux; il faut une certaine lumière légère qui vienne seulement caresser la boule. Voici le procède classique: on se place en plein jour, on entoure le cristal d'écrans, dé paravents ou d'étoffe noire, puis on installe le sujet commodément et on le prie de regarder fixement. II n'aperçoit au début que des choses insignifiantes : tout d'abord, sa propre figure : puis le reflet vague des choses environnantes, les couleurs de l'arc-en-ciel, un point lumineux, en un mot, les reflets que présente d'ordinaire une boule de verre. Au bout d'un certain temps, les choses changent, c'est-à-dire que la boule s'obscurcit de plus eu plus; il ne distingue plus rien; le
i. F. W Mjrers, Flic subliminal romciousness, sensory automatism ami imiuced hallucinations. Proche Jtngs of i/'i^ . . /.'., 180:2, vol. ^ 1U, p. 400.
2. International cottgress o/t*u itai psjcaotugy. Lomlon, 1S92. p. 164.
reflet, les objets, tout s'efface; tout devient sombre; la boule
semble se recouvrir d'une vapeur ; c'esl le bon moment. Le nuage s'épaissit de plus en pln^ el ;ni milieu de ce nuage il voit apparaître des dessins, des figures d'abord très simples, des étoiles, des lignes, par exemple, des barres noires sur fond blanc, mais aussi quelquefois des lignes plus précises et plus intéressantes, comme des lettres, des chiffres. Au bout de quelques instants encore, il aperçoit des figures colorées, des personnages, des animaux, des arbres, des fleurs. Il regarde avec émotion, il se complaît dans ce petit spectacle, d'autant plus qu'il y a des variantes. Chez quelques personnes, les images sont immobiles ; chez d'autres, elles remuent, disparaissent, réapparaissent, se saluent, parlent: il y a même des sujets qui entendent ces conversations, ce qui devient tout à fait intéressant !
Enfin, quelquefois le phénomène est encore plus précis et plus compliqué. Le plus souvent, quand vous avez constaté ces visions et que vous vous détournez un peu, tout s'efïace, et quand vous regardez de nouveau, les visions n'y sont plus : il faut une nouvelle préparation pour les voir réapparaître. Chez d'autres personnes, au contraire, les visions ne disparaissent pas: quand ces personnes regardent de nouveau le cristal après s'être détournées, le paysage, par exemple, est resté toujours le même. Certaines d'entre elles s'éloignent même de la boule pour aller chercher une loupe; à leur retour elles retrouvent le même spectacle, le regardent avec la loupe et voient les images se développer et les détails apparaître de plus en plus nets. Quelquefois même, certaines personnes arrivent sans loupe au même résultat : elles voient les images se développer spontanément, envahir tout l'espace qui est devant elles. J'ai même vu une personne qui pouvait faire sortir ces images de la boule, les objectiver sur un papier et suivre sur ce papier avec un crayon le dessin de son hallucination. C'est très rare, mais cela existe. Quant à vous, Mesdames, vous avez chance d'arriver, avec de l'exercice, tout au moins au premier degré.
Voilà donc le fait : il est réel ; et nous pouvons dire que Grecs, Kgvptiens et autres qui fixaient leurs regards sur une tache brillante ou sur un miroir voyaient réellement quelque chose: leurs devins ne mentaient pas absolument. Reste à savoir ce qu'ils y voyaient.
Il faut, à mon avis, considérer le fait à deux points de vue:
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Ce 10 n 1 1 1 1 ■ 1 1 exemple, no u h I a vo n a obs e r v< o u v c n t , personnes, des figures de connaissance I i lonl encoi nrbres, dos Bouts, des scènes de la vie «I* tous loi jo u I i
lonl tOUl simple me ni <li-^ souvenirs, dire/ m. us, (>| i n n .min
chose, o Pour voua «mi convaincre, permettez-moi d< choisii un exemple.
J'ai observé plusieurs personnes qui se li\r;neni ,i ni exercice et, dans plusieurs cas, j'ai pris la précaution suivante. Je priais le sujel d'avoir la complaisance de ne p Le, de ne |
garder pour lui ce qu il verrait, mais de parler t » » u t haut el de raconter au fur el a mesure i<»ut ce qui apparaîtrait. De mon ce j'écrivais sous sa dictée, <'n notant même les réflexions |>lu> on moins bizarres que j entendais. Voici les résultats «!»• cette expé rience laite sur deux personnes,
La première regarde et parle ainsi: « Tiens, la boule eat trèa noire. Il y a des barres lumineuses qui se croisent. C'est une fenêtre. 11 y. a une tête d'homme qui regarde. Non, ce Boni dea personnes debout avec les cheveux dans le dos. Elles - --eoient près d'un jet d'eau. Plus de jet d'eau. Un bonnet blanc. I n tas de feuilles. Une statue. Un arbre. Ça me fait mal aux yeux maintenant : je ne vois plus très bien. Tiens! un drapeau tricolore, des soldats, des zouaves qui passent, avec des voitures d'ambulance, le général Saussier à cheval. Tiens, c'est tout noir maintenant! On dirait un bois. C est un peintre devant son modèle, etc., etc. »
Le deuxième maintenant : « Oh ! je vois des fleurs... des montagnes, une belle rivière, on dirait un bateau ! Un beau jardin. Oh! cette femme qui s'y promène, elle a l'air de pleurer. Un tourbillon d'enfants bleus et roses ! Du rouge, couleur de sang ; j'y plonge mes mains ; c'est l'abattoir !.. . Un brouillard qui s'élève en l'air sur cette petite ville ; une femme marche dans la rue avec une petite fille, tiens, elle s'endort. Elle est morte! Oh! le beau caveau : il me semble que j'y descends ; il y fait froid. Le
lac d<î Genève. Un glacier; des dames qui montent. Crac! tout le monde tombeau fond... Ils sont bien heureux: ils sont morts.. . etc., etc. »
Analysons ceci en détail. Vous me direz: « Ce sont des rêveries
qui s'expliquent assez bien par l'association des idées. Ce sont, dans le premier cas, par exemple^, des barres qui amènent l'idée d'une fenêtre, puis de la tète d'un homme qui est ii la fenêtre. Le drapeau tricolore est produit par les reflets lumineux de la boule ; après, tout naturellement, ce sont des troupes qui passent: pour une petite Parisienne, c'est la revue du i4 juillet, puis l'ambulance, des chevaux, etc. »
La personne qui s'est prêtée à la seconde expérience est en proie à des idées mélancoliques : tous ses personnages meurent. Elle les voit entrer dans les caveaux, y descend avec eux ; elle les voit monter sur une montagne, puis tomber ; ils sont toujours morts. Ce ne sont donc que des souvenirs et des associations d'idées banales dont le sens est déterminé comme toujours par les sentiments prédominants. Beaucoup des exemples qui ont été décrits se rapportent bien à ce groupe. Des personnes disent que c'est très amusant : « Je ressemble à un enfant devant un guignol. Je regarde les personnes remuer ; cela m'amuse de voir ce qui va arriver. » Si vous êtes surpris de voir ces associations d'idées, ces romans, ces rêveries prendre une forme aussi précise et constituer en réalité de véritables hallucinations visuelles, je vous ferai remarquer que les choses ne se passent ainsi que chez un petit nombre de personnes très disposées à se représenter les choses de cette manière à penser par des images visuelles. On pourrait dire avec un psychologue américain, M. Xewbold l, que le miroir incomplètement éclairé joue un rôle d'un excitant visuel ; il présente un espace vide et invite l'imagination à le combler. Il n'y a rien là de particulièrement incompréhensible.