‹ Newman catholique d'après des documents nouveauxChapitre 3 sur 9 · NEWMAN ET LE « RAMBLER M · texte numérisé non relu

NEWMAN ET LE « RAMBLER M

Newman n'avait désormais aucune tâche qui lui fût proposée par l'autorité religieuse. Il ne pouvait lui déplaire de n'être plus distrait de la vie de retraite et de prière qu'il menait, dans son couvent d'Egbaston, au milieu de ses frères de l'Oratoire et des élèves de l'école fondée près du couvent. Plus occupé des choses invisibles que des visibles, porté de tout temps à croire que sa vocation était d'être séparé des hommes pour être plus uni à Dieu, répétant volontiers que, dans tout l'univers, deux êtres seuls lui: importaient, son âme à lui et Dieu qui

Ta faite, il n'enviait pas à d'autres l'importance et le succès que pouvait leur donner une action extérieure.

Toutefois il demeurait préoccupé des questions à la solution desquelles il avait espéré contribuer par l'université irlandaise et par la traduction des Écritures ; il était notamment toujours aussi convaincu de la nécessité d'approprier l'apologétique aux difficultés nouvelles, issues des progrès de la science et de la critique; il n'était pas moins convaincu, à la suite de sa récente expérience, que les évêques, absorbés par leurs affaires, étaient d'ordinaire peu qualifiés pour résoudre ce problème , et qu'il fallait attendre d'autres initiatives. Tout ce qui se tentait dans cet ordre d'idées fixait son attention. Pour cette raison, il était alors fort occupé d'une revue catholique qui avait un grand succès dans le monde

intellectuel, le Rambler, peu après transformé en Home and Foreign Review. Ses rédacteurs, entre autres Simpson et Acton, étaient des hommes de haute valeur, très éveillés sur les objections et les exigences de la pensée moderne, mais en même temps très animés contre ce qui, du côté religieux, leur paraissait routine et étroitesse.

m Intérêt et désappointement » , c'est ainsi que l'un des confidents de Newman résumait les sentiments mêlés ou alternés avec lesquels celui-ci suivait cette publication. Il reprochait aux rédacteurs la témérité de quelques-unes de leurs idées et surtout leur ton irrespectueux, sarcastique, à l'égard de l'autorité religieuse, leurs préventions a priori contre ce qui portait la marque romaine, et, devant certains excès, son mécontentement allait parfois jusqu'à l'indignation.

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D'autre part, il leur savait gré d'aborder le pressant et redoutable problème que beaucoup de dirigeants ecclésiastiques se flattaient à tort de pouvoir éluder. Cette revue, écrivait-il à un ami, « doit modifier considérablement ses procédés, pour que des catholiques puissent en dire du bien; mais elle met en lumière ce fait que des difficultés existent, qu'il faut les résoudre, et elle essaie de le faire; non avec succès, sans doute, ni toujours prudemment; mais encore a-t-elle fait quelque chose, et parler contre elle, comme le font certaines personnes, me paraît l'acte de gens qui sont aveugles sur les difficultés intellectuelles du moment (1) » . Il ajoutait, dans une autre lettre •: « Je suis très fâché que les évêques aient pris position contre la publication la plus

habile que nous ayons, bien que je ne puisse entièrement me fier à ses dirigeants. Une telle politique est imprudente et malheureuse (1) . »

Une autre considération touchait peutêtre plus encore Newman : c'était le souci de conserver à l'Église des hommes d'intelligence supérieure, qu'il croyait être, en dépit de leurs imprudences de langage, de sincères catholiques. Il ne voulait pas risquer de les aliéner, en les rebutant. Cette sollicitude inquiète et charitable à l'égard des âmes n'a-t-elle pas été, de tout temps, l'un de ses traits les plus caractéristiques? Si la plupart de ces écrivains, à commencer par le plus distingué d'entre eux, Acton, sont demeurés, en dépit de crises passagères, fidèles à leur foi, ils l'ont dû en grande

partie à Newman. Sur la fin de sa vie, dans l'apaisement qui suivit son élévation au cardinalat, Newman s'expliqua sur ce sujet, en causant avec le fils de l'un de ceux qui avaient le plus critiqué son attitude à l'égard du Rambler et de Y Home and Foreign Review . « Sûrement, dit-il en cette occasion au fils de W. G. Ward, votre père n'a jamais pensé que je fusse d'accord avec Acton et Simpson? — Pas entièrement, répondit M. Wilfrid Ward, mais il pensait que tous deux étaient un grand danger pour l'Église et qu'ils se trouvaient soutenus par votre appui. — Jamais, reprit-il, je ne les ai réellement appuyés. Mais votre père pouvait penser que quelques-unes de leurs vues étaient la conséquence des miennes, et que j'aurais dû décliner explicitement toute solidarité avec eux. Je confesse que je lui en voulais de ne pas voir com-

bien il importait de ne pas aliéner à l'Église des hommes si capables. Peutêtre me trompais-je dans le sens opposé. Je le dis, — en partie à ma louange et peut-être en partie pour me blâmer, — j'avais une grande tendresse pour ces savants, pour ces parfaits scholars, et je désirais faire tout ce qu'il m'était possible pour que la cause catholique ne perdît pas le grand avantage qu'elle pouvait tirer de leurs services (l) . »

En même temps qu'il témoigne cette charitable sollicitude, Newman ne cesse de montrer à ces écrivains combien leurs témérités et surtout leur ton indisposaient les catholiques; il insiste sur la fausse situation où ils se mettent en provoquant l'opposition des évêques ; il leur rappelle que ce n'est pas du courage

(1) T. II, p. 496.

d'aller à l'encontre des supérieurs constitués, et il leur prêche la soumission à toute décision ou censure ecclésiastiques. De cette soumission il ne donne pas seulement le conseil; il en donne l'exemple. En 1859, les évêques, mécontents du Rambler, demandent à Newman d'en prendre la direction; il obéit, bien que ce lui soit, dit-il, « une amère pénitence (1) ». Quelques mois plus tard, Mgr Ullathorne, que cette expérience n'a pas satisfait, lui donne à entendre qu'il ferait mieux d'abandonner la direction de la revue; il obéit encore. « Avec les principes et les sentiments d'après lesquels j'ai toujours agi, durant ma vie, écrit-il à un ami, je ne pouvais me conduire autrement. Je n'ai jamais résisté et je ne puis résister à la voix d'un supé-

rieur légitime, parlant dans son domaine. » A un autre correspondant, il explique sa conduite sous cette forme humoristique :

Dans un incendie, je crois qu'il serait permis, si vieux ou si respectable qu'on fût, de quitter son habit, de relever ses manches et de travailler à la pompe. Et alors, si un pompier survenait et disait : « Mon brave homme, vous faites de votre mieux, mais ne voyez-vous pas que vous ne faites que noyer tous vos amis par vos essais malheureux?» je dirais, du meilleur cœur du monde : « Je vous comprends » , et je laisserais à d'autres le soin d'éteindre le feu. Gela ne s'applique pas, de toutes façons, au cas dont il s'agit, mais cela vous aidera à comprendre pourquoi j'ai entrepris la direction du Rambler, et comment, avec la plus grande joie possible, je l'ai abandonnée (l).

Cette joie dont il parle était-elle bien réelle? En tout cas elle ne paraît pas avoir duré. Il ne pouvait lui être indifférent de voir, une fois de plus, une tâche qu'il avait entreprise, rendue vaine par ceux qui n'avaient pas su en comprendre l'importance. Son véritable sentiment, à la fois triste et résigné, nous le trouvons dans une lettre adressée, quelques mois plus tard, à son ami Henri Wiberforce :

J'ai fait tout ce que j'ai pu pour chercher quelle était la volonté de Dieu, et je suis sûr ainsi qu'il ne pourra en résulter que du bien. Je crois que les évêques ne voient qu'un côté de la question et que j'ai une mission, dans la mesure où me poussent mes sentiments intérieurs, pour combattre les maux que je vois. D'autre part, j'ai toujours prêché que les choses qui sont réellement utiles, se font quand même, selon la volonté de Dieu, à un certain moment et

non à un autre, et que, si vous essayez, au mauvais moment, ce qui en soi-même est juste, vous pouvez devenir un hérétique ou un schismatique. Ce que j'ai en vue peut être vrai et bon, mais il peut être dans la volonté de Dieu que ce soit fait cent ans plus tard. Quel exemple frappant est ce pauvre Gioberti! Il plaidait, dans son livre appelé, je crois, Il Primato, pour une confédération italienne ayant le Pape à sa tête. Il y poussa déraisonnablement et mourut, je le crains, hors de l'Église. Lorsque je ne serai plus là, on verra peutêtre que des gens m'empêchèrent de faire une œuvre que j'aurais pu faire. Dieu gou» verne toutes choses. Toutefois, c'est décourageant de venir avant son heure et d'être méprisé ou arrêté aussitôt qu'on commence à agir (1).

Trois ans plus tard, Mgr Ullathorne infligeait un blâme public au Home and

Foreign Review qui avait remplacé le Rambler. Newman se fait alors un devoir de lui écrire, en qualité de « membre de son clergé » , qu'il « concourt de tout cœur » à la condamnation; et il ajoute que « s'il peut faire quelque chose de plus qui soit une consolation pour son évêque , il espère que celui-ci le lui dira » . Ce n'est pas que, sur le fond de la question, il croie qu'en tous les points l'évêque ait raison, et il juge loyal de le lui écrire, mais il ajoute aussitôt :

Aucun bien n'est jamais venu de la résistance aux pasteurs qui ont charge du troupeau. Ce sont eux qui sont les gardiens de la doctrine ; eux qui ont à rendre compte des âmes; eux qui sont responsables si l'Église souffre. Je ne serai jamais assez téméraire pour ne pas leur laisser leur responsabilité pure et simple, ayant seulement le devoir, en cette matière, de les aider de mes prières. Quand je devins un

catholique, j'écrivis au docteur Baggs que, sur une seule parole des évêques, je jetterais au feu mon livre sur le Développement de la Doctrine, qui allait paraître. Et aujourd'hui, si j'avais écrit, sur les sujets qui m'intéressent et me tourmentent le plus profondément, je pense que je serais également prêt à supprimer mes propres convictions sur l'ordre de l'Église (1).

Sa pensée se portait-elle sur ce qui lui paraissait insuffisant et défectueux chez ceux dont il subissait les décisions, notamment chez les dirigeants de la Propagande, il reconnaissait qu'il y aurait lieu, en effet, de s'indigner, si on avait affaire à quelque institution humaine, mais il ajoutait aussitôt :

Le sentiment et la certitude que j'ai de la divinité de l'Église font qu'aussitôt la chose est aisée à supporter. Tout ceci, un

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jour, rentrera dans l'ordre. Il peut en résulter beaucoup de mal sur le moment, mais, encore une fois, cela rentrera dans Tordre. Et nous n'améliorons pas les choses par la désobéissance ; au contraire, nous pouvons les compliquer et retarder les réformes nécessaires. Notre rôle est d'obéir. Soyons seulement patients, et tout tournera bien. Je dirais tout ceci sans aucune réserve à mon évêque, s'il m'en donnait l'occasion, car je crois que le faire est un devoir de loyauté. Mais je ne m'attends pas à ce qu'aucun évêque cherche à se rendre compte de ce que moi ou tout autre qui voit comme moi, nous pensons à ce sujet. C'est pourquoi j'abandonne tout cela à Dieu. La logique des faits, tels qu'il les conduira, sera l'enseignement le meilleur et le plus complet (1).

A vouloir concilier la soumission qu'il entendait toujours observer à l'égard des

(1) T. Ier, p. 560.

autorités religieuses et l'intérêt qu'il prenait à ceux qui cherchaient la solution des problèmes intellectuels du moment, Newman s'était placé dans une situation délicate, et il s'exposait à être mal vu des deux côtés. Tandis que Simpson et ses collaborateurs se plaignaient qu'il les lâchât et doutaient de son courage, Manning et Ward le jugeaient plus ou moins responsable de toutes les fautes que pouvait commettre la revue libérale, et ils ne se faisaient pas faute de faire parvenir leurs griefs à Rome, où l'on était alors, — à la veille du Syllabus, — facilement ombrageux à l'égard de tous ceux qui paraissaient tant soit peu infectés des erreurs modernes. On ne se contentait pas d'ailleurs d'insinuations plus ou moins vagues. A la suite d'un article publié, en 1859, dans le Rambler, sous ce titre : De la consultation des fidèles

dans les questions de doctrine, Newman se vit formellement dénoncé à Rome comme ayant soutenu une doctrine hérétique.

Très convaincu que les laïques avaient un rôle dans l'Église, et que, moins que jamais, en face des dangers de l'heure présente, ce rôle devait être méconnu, il avait voulu, dans l'article incriminé, donner un exemple de ce que ces laïques avaient pu faire pour la préservation de la vérité dogmatique ; il avait raconté comment, dans les années qui avaient suivi le concile de Nicée, la plupart des évêques avaient trempé dans l'arianisme, tandis que les fidèles demeuraient les champions obstinés de l'orthodoxie ; puis, après le rappel de ces faits historiques incontestables et consignés dans Baronius, il ajoutait cette phrase sur laquelle fut édifiée l'accusation d'hérésie : « H y eut alors une suspension des fonctions de

ÏEcclesia docens. » Newman a reconnu lui-même plus tard que « les expressions eussent pu être mieux choisies (1) » ; mais il s'est vivement défendu d'avoir voulu dire que l'épiscopat, agissant régulièrement en corps, avait été hérétique; c'était seulement comme individus que des évêques avaient failli, et l'infaillibilité de YEcclesia docens demeurait hors de contestation.

La dénonciation trouva de l'écho à Rome; l'article y fut interprété dans le mauvais sens, et Newman fut informé que le Pape en « était très peiné » . Si peu disposé qu'il fût d'ordinaire à se défendre, il estima que « cette défense était un devoir dès qu'une question de foi était en jeu » . D'accord avec son évêque, Mgr Ullathorne, il écrivit au car-

(1) T. II, p. 125.

dinal Wiseman, alors à Rome, une lettre où il le priait de lui faire connaître les passages incriminés et les « propositions dogmatiques » avec lesquels on les croyait en contradiction : r Si votre Éminence fait cela pour moi, ajoutait-il, je m'engagerai, avec la bénédiction de Dieu, dans le délai d'un mois : 1° à accepter et à professer ex animo, dans leur plénitude et leur intégrité, les propositions dogmatiques en question; 2° à expliquer l'intention et l'argumentation de l'auteur de l'article en stricte concordance avec ces propositions; 3° à montrer que le texte anglais et le contexte de l'article luimême sont absolument d'accord avec ces propositions (1). » Cette lettre envoyée, Newman attendit. Rien ne vint. Six mois plus tard, Manninglui fît savoir, de la part

(1) T. II, p. 128 et 171.

de Wiseman, qu'il ne serait plus question de cette affaire. Newman dut en conclure que ses offres d'explications avaient été jugées satisfaisantes et que les ombrages étaient dissipés. Il n'en était rien. Wiseman, aussi négligent en cette affaire qu'il l'avait été pour l'évêché in parttbus et pour la traduction de la Bible, n'avait rien dit à personne de la lettre de Newman : omission d'autant plus singulière que, peu auparavant, Mgr Ullathorne lui avait parlé, très sérieusement, des épreuves auxquelles Newman avait été soumis, notamment à l'occasion de la traduction de la Bible ; le cardinal qui , au fond, avait l'âme généreuse et qui aimait vraiment Newman, avait alors fondu en larmes, disant : « Assurez Newman que je ferai tout ce que je pourrai pour lui (1). »

(1) T. II, p. 172.

L'affaiblissement de l'âge peut seul expliquer une telle inconsistance. Quoi qu'il en soit, les autorités romaines, ne voyant rien venir, ni rétractation, ni explication, en conclurent que l'auteur dédaignait de se justifier; et si, à raison surtout de la bienveillance que Pie IX gardait personnellement à Newman, aucune mesure ne fut prise contre lui , il n'en resta pas moins , comme on le disait autour du Pape, une « impression mauvaise (1) ». Telle fut, à l'insu de Newman, l'une des origines, la principale probablement, de la suspicion qui devait peser lourdement sur lui, et qu'il retrouvera encore toute vive, huit ans plus tard, quand il députera, à Rome, deux amis pour s'y justifier.

Mgr Talbot écrira, en effet, en 1867 : «Il est parfaitement vrai qu'un nuage est

(l) T. II, p. 158.

suspendu sur Newman à Rome, depuis que l'évêque de Newport Ta déféré pour hérésie à raison de son article du Rambler. Depuis, rien n'a dissipé ce nuage (1) . »

Il était encore un autre grief dont se servaient les adversaires de Newman pour le discréditer auprès du Pape. Au lendemain de la guerre d'Italie, alors que se multipliaient les attentats à main armée contre les États pontificaux, la question du pouvoir temporel était devenue singulièrement brûlante et aiguë.

Beaucoup de catholiques, indignés de la vilenie des attaques et pieusement émus des douleurs du pontife, étaient disposés à mesurer la loyauté des fidèles sur leur zèle à soutenir, en cette matière, les thèses plus absolues. Manning, qui de-

(1) T. II, p. 146

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vait, à la vérité, professer, vers la fin de sa vie, des idées beaucoup moins intransigeantes sur les rapports du Pape avec l'Italie, était alors, avec Ward, parmi les plus ardents. Tous deux en venaient à mettre le principe du pouvoir temporel presque au rang des vérités dogmatiques. Ward notamment soutenait que c'était un péché mortel, méritant la damnation éternelle, de ne pas croire à la nécessité de ce pouvoir. Newman était plus réservé et plus froid; non, certes, qu'il approuvât l'œuvre de spoliation; dans un sermon qu'il fit alors sur « le Pape et la Révolution » , il qualifiait l'armée piémontaise « de bande de voleurs sacrilèges » , et, en prononçant ces paroles, il frappait du pied le sol; mais, sur le principe même, il trouvait excessives les idées exprimées par quelques-uns de ses défenseurs ; il ne considérait pas comme

improbable que ce pouvoir, créé par une série d'événements séculiers, vînt à tomber par suite d'événements du même genre. Il n'avait pas du reste d'idées arrêtées sur la solution du problème, proclamant seulement qu'en tout cas a le Pape ne devrait être le sujet d'aucune puissance» . Ce qu'il avait à cœur, c'était qu'on « ne prétendît pas faire du pouvoir temporel une doctrine de fide; et cela pour deux raisons : la première, parce qu'il était peut-être dans la providence de Dieu que ce pouvoir cessât d'exister; la seconde, parce qu'il n'était pas juste d'effrayer, de tourmenter, d'irriter les catholiques, en les forçant à accepter comme étant de fide ce qui ne l'était pas (1) » • Il ne jugeait pas, du reste, à

(1) Déclarations contenues dans un Mémorandum écrit le 22 niai 1882, alors que Newmann était cardinal.

propos de faire connaître ses vues au public et de se mêler aux controverses; seulement il lui répugnait de prendre part à des démonstrations qu'il jugeait trop intransigeantes. Cette préoccupation lui fit refuser de faire partie d'une académie que Manning entendait employer à ces démonstrations. Vers la même époque, le Rambler ayant publié une critique assez vive des conférences données sur ce sujet par Manning, celui-ci crut, sur la foi de rapports inexacts, que Newman était l'auteur de l'article; aussi, peu après, le dénonçait-il à Mgr Talbot comme étant « le centre de ceux qui étaient antiromains, pour ne rien dire de plus, sur le pouvoir temporel (1) » . N'allait-on pas jusqu'à raconter, à Rome, que Newman avait souscrit pour Gari-

(1) Life of Manning, par Purckll, t. II, p. 323.

baldi (1)? Ces accusations, s'ajoutant à celles dont le Rambler avait été l'occasion, épaissirent plus encore le nuage de suspicion dont Newman était enveloppé.

(l) T. il, p. 78.

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