‹ Newman, sa vie et ses œuvresChapitre 14 sur 37 · Jenxings, Cardinal Newman, story of his life · texte numérisé non relu

Jenxings, Cardinal Newman, story of his life

2. Cardinal Capecelatro, Newman e la religione cattolica in hghilterra.

Nous avons mentionné ces conférences de Newman au cours desquelles se déroula le procès intenté par Achilli. La voix argentine et musicale n'en' scande plus pour nous les périodes harmonieuses, mais nous avons en notre possession le livre intitulé : Situation actuelle des catholiques en Angleterre et formant le recueil des conférences précédemment citées. Elles s'adressaient à des laïques rattachés par une communauté de but et de sentiment à l'Oratoire religieux et groupés en une sorte d'Oratoire externe, institution toute conforme à l'esprit de saint Philippe et sans doute éminemment sympathique à la nature, au carac tère, aux tendances de Newman lui-même « Humainement parlant», pour employer une expression familière à celui-ci, la situation des catholiques n'avait alors rien de très gai. Si l'on voulait bien comprendre la portée du volume, il

faudrait peut-être sortir de l'enceinte où l'orateur tenait son auditoire sous le charme et saisir au dehors l'écho de toutes les préventions, de toutes les haines, de toutes les fureurs qui vilipendaient l'Église romaine et ses enfants. Le No Popery des rues de Londres se traduisait au Parlement en discussions passionnées. Une tempête soufflait sur le royaume. Pour ceux dont les vues étaient mieux qu'humaines, il y avait dans ce fracas les divins présages qui donnent lieu d'espérer ; l'ouragan ne passe sur le jardin du Christ que pour en répandre au loin les parfums, et de pareils tumultes semblent avoir le but secret d'enchâsser admirablement la paix intérieure des âmes. Le plan de Newman est facile à saisir. Ses coreligionnaires sont honnis, méconnus, calomniés; leur foi travestie, défigurée, ridiculisée, et, sous le déguisement que lui imposent des préjugés hostiles, présentée à l'abomination des foules. Parmi leurs adversaires, les uns s'indignent en s'acharnant contre un fantôme; les autres, — les meilleurs, — s'apitoient sur le fanatisme et l'aveuglement de ces malheureux papistes. D'où vient un pareil état de choses? Voilà ce qu'étudie le conférencier. Tout péril reconnu, tout ennemi dévoilé ne sont presque plus à craindre.

Aussi ne se propose-t-il pas en ces discours de prouver la mission divine de l'Église catholique romaine ; il a prouvé sa foi dans cette mission par le grand acte de son existence ; chacun de ses auditeurs est à même d'en interpréter la signification, puisque, selon le beau mot de Gœthe, notre vie extérieure doit être le symbole de notre vie intérieure. Newman examine simplement un état d'esprit, les causes et les effets d'une partialité, d'un préjugé. Nous avons en face de nous, non plus Newman orateur, mais Newman causeur, Newman intime, et, dans l'aimable familiarité de l'accent, nous reconnaîtrons toute la redoutable puissance du controversiste, toute l'irrésistible logique du philosophe et de l'historien. Les traits d'esprit abondent; souvent, la vérité peut être défendue par un sourire, et Newman se sert de cette arme; les traits d'éloquence jaillissent; ils nous frappent, nous qui lisons. Comme ils devaient atteindre et pénétrer ceux qui pouvaient entendre, entendre et regarder, saisir un éclair des yeux, surprendre un tressaillement de la voix, noter au passage de ces riens qui sont des nuances, et de ces nuances qui révèlent des abîmes, subir l'action d'une présence, d'une présence humaine, vivante, magnétique, et se dire que, sous tel mot ailé, sous

telle parole profonde, il y avait Newman, Newman entier, avec toute son histoire, toute son âme, tout son être, avec l'invincible argument de ceux qui servent une cause par le sacrifice et par la douleur ! C'était une nuance aussi sans doute, une nuance et une vibration, qui révéla jadis à Dante qu'au-delà de la campagne d'outre-monde s'étendait l'immensité des flots. Un jeu de physionomie, un silence, étaient capables démettre sur les lèvres de quelque assistant le vers prodigieux du Purgatoire. Car, dans l'espace d'une seconde, apparaissait alors ce qu'une telle nature donnée à la grâce recelait de profond et d'ineffable. Il y avait lieu de murmurer : « Et je reconnus au loin le tremblement de la mer. »

Ces conférences sont au nombre de neuf. La première étudie la vision spéciale qu'ont les protestants de l'Eglise catholique romaine. Newman rappelle les différences d'aspect qui, dans un même objet, résultent d'un point de vue différent. Les différences d'aspect s'accentuent encore lorsque ces mêmes objets apparaissent dans un faux jour qui doit faire naître des illusions d'optique. Newman réfute plusieurs de ces données illusoires par des passages empruntés aux écrits de protestants célèbres : Guizot, Neander. Et, pour finir,

illustrant sa thèse par l'exemple de certain orateur, il nous montre ce qu'un homme peut tirer de la constitution britannique avec « un peu de vérité, pas mal de mensonge, pas mal de fausse interprétation, bon nombre d'insanités et quelque invention ». Newman conclut en affirmant que l'extravagance de cette représentation fantaisiste n'atteint pas à celle de la représentation que beaucoup de ses contemporains, d'esprit sensé, de cœur affectueux et de bonne intention, arrivent fout ingénument à se faire des catholiques.

La deuxième conférence recherche la cause d'un tel état d'esprit; elle la perçoit dans l'existence de traditions immémoriales et dépourvues d'authenticité.

Rien qui se prouve, rien qui se saisisse; c'est quelque chose comme une influence maligne de l'air : « Tout irait bien, déclare Newman, si l'on voulait nous juger par soi-même au lieu de poursuivre notre image à travers le Livre de Daniel, les Épîtres de saint Paul et Y Apocalypse... On aime mieux s'en rapporter aux voix d'Henry et d'Elizabeth, avec leurs mille échos, que de se fie à ses propres yeux et à sa propre expérience. Seul, le Créateur pourra réduire en pièces ce vast palais enchanté dans lequel s'élabore notre des-

tinée... » Tout le vaste palais enchanté qu'édifie cette tradition repose sur la fable. Newman le démontre en troisième lieu. Ici, c'est une amusante anecdote où se saisit, dans le récit d'un voyageur, la formation d'une de ces légendes ; là, c'est une citation incomplète qui devient la base de tout un système d'attaque, base qui s'effondre d'elle-même lorsque la citation est complétée. Malgré cela, le récit insensé du voyageur continue à rencontrer des oreilles attentives, le système erroné ne manque pas de faire des adeptes. Newman prouve ensuite qu'aucun témoignage véridique n'est capable d'entretenir l'opinion publique dans un pareil état; il s'étend avec une minutie qui nous étonne, nous, lecteurs de 1900, sur des inventions et des imaginations qui ne peuvent plus, semble-l-il, rencontrer aucune crédulité, même chez les ardents ennemis du catholicisme. Il s'attache ensuite à l'inconsistance logique que présentent des vues semblables; l'histoire de la statue du roi Guillaume lui sert d'exemple : une nuit, quelqu'un la fit sauter; grandes furent les lamentations, et pourtant, selon Newman, beaucoup de ceux qui se lamentaient l'eussent traité de monstre s'il avait employé les mêmes termes en parlant d'un crucifix, et si, dit-il, «j'avais

126 NEWMAN, SA VIE ET SES OiUVRES

honoré mon vivant Seigneur comme ils honoraient leur roi mort». Il passe ensuite à l'accusation portée contre l'Eglise lorsqu'on lui reproche d'être persécutrice; et, montrant, hélas! que les instincts de persécution ont leurs racines, non dans une idée religieuse, mais dans le cœur humain luimême, il prouve que le catholicisme n'en a pas eu le monopole. Il cite un nombre inouï de faits historiques: morts parle feu, pendaisons, tortures (sans compter les emprisonnements), tous imputables aux adversaires des catholiques. L'opinionrépandue contre ceux-ci puise dans un préjugé toute sa vie et sa vitalité. La conférence attribuée au développement de cette proposition renferme des morceaux exquis, grâce à la verve, à Yhumour qui les anime. Rien de plus joli que le paragraphe où se trouve décrit le voyage de l'homme à préjugés. Sans doute il est dans la nature d'un préjugé de demeurer tenace. Une Elizabeth Browning,, une âme admirable de poésie et de pitié, pourra contempler de ses yeux rêveurs l'Arno traversant comme une flèche d'or le cœur même de Florence; elle pourra dire des mots touchants sur les vieilles et rustiques adorantes des suaves églises italiennes : ne lui demandez pas d'entrer profondément dans la vie intérieure, la vraie vie intérieure

d'un catholique : toutes les légendes de la nursery s'y opposent. Une Charlotte Brontë, douée d'une flamme géniale de pathétique et d'émotion, n'hésitera pas à placer certaines phrases dans la bouche des fantaisistes pensionnaires de Villette. Aussi, comment s'expliquer la défaillance subite qui la poussa dans un confessional? Gela n'eut pas à se renouveler : Charlotte, depuis son enfance, savait qu'un bon catholique souhaite à ses amis protestants d'être brûlés vifs, afin d'assurer le salut de leurs âmes1 !

D'où provient ce phénomène? D'une idée préconçue, ou même de tout un ensemble d'idées préconçues. C'est pourquoi la sixième conférence a pour titre : Assumed principles the inte liée tuai (/round of the 'protestant view.

L'édifice intellectuel et moral d'un être humain repose sur un premier principe, c'est-à-dire sur une opinion acceptée sans preuve comme étant de soi-même évidente. De nos premiers principes dépendent toutes les conditions de notre vie mentale : ainsi sont-ils « souverains, absolus et secrets, déclare Newman, dont le coup d'œil a la profondeur et l'acuité du regard de Pascal; sous quelle

Page 1