Pukcell, Life of Cardinal Manning, vol. II
jamais nourri la moindre pensée d'ambition terrestre, mais parce qu'il sentait profondément ce que les attentions du Souverain Pontife révélaient de bonté, de délicatesse, d'estime à son endroit. Il se trouva soudain enveloppé d'un tel effluve de sympathies qu'il ne put cacher sa joie et sa reconnaissance. « C'est réellement un bonheur aussi grand qu'il est rare de voir ces sentiments qui surgissent habituellement chez des amis après la mort de leur ami s'exprimer en ce qui me concerne, tandis que je suis encore vivant. »
Au mois d'avril, il se mit en route à destination de Rome. Le 14 mai, il reçut la barrette au milieu d'une nombreuse assistance, en grande partie composée de catholiques anglais. Après les formalités d'usage, il prononça l'allocution qui fut ce que ses vieux amis appelaient du « pur Newman », « un beau discours, dit Pusey, tout à fait de l'ancien John-Henry qui sait formuler la vérité sans jamais blesser un seul cœur ».
« Je suis amené d'abord à parler, dit-il, de l'étonnement et de la gratitude profonde qui me saisirent et me possèdent encore au sujet de l'affectueuse condescendance témoignée par le Saint-Père, lorsqu'il m'a désigné pour cet immense honneur. Jamais l'idée d'une telle élévation ne
s'était présentée à mon esprit; elle semblait hors le proportion avec mes antécédents. J'avais traversé beaucoup d'épreuves; elles étaient passées, ît la fin des choses paraissait être venue pour moi : j'étais en paix. Etait-il possible que j'eusse vécu tant d'années pour voir cela? Il n'est pas facile de lire comment j'aurais supporté un tel choc si le Saint-Père ne l'avait tempéré par un second témoignage de condescendance envers moi. Ce témoignage fournit, à tous ceux qui en furent informés, une preuve touchante de sa bienveillance et de sa générosité. Il me comprit et me dit les raisons pour lesquelles il m'avait élevé à cette haute dignité. Ce fut, déclara-t-il, pour reconnaître mon zèle et mes bons services de longues années dans la cause catholique. De plus, il jugea que cela ferait plaisir aux catholiques anglais, et même à l'Angleterre protestante, si je recevais quelque marque de sa faveur. Après les si gracieuses >aroles de Sa Sainteté, j'eusse été dénué de cœur ît de sentiment si j'avais eu plus longtemps des scrupules. Dans le long cours des années, je me mis trompé bien des fois; je n'ai rien de cette haute perfection appartenant aux saints et qui fait que l'erreur ne peut être trouvée dans leurs écrits, mais, ce que je puis revendiquer, en toute
confiance, à travers toutes mes œuvres, c'est une intention droite, l'absence de fins personnelles, la crainte de l'erreur, le désir de servir l'Eglise, et, grâce à la miséricorde divine, une belle part de succès1. »
Dès le 15, le Saint-Père lui donna le chapeau. Les English speaking Catholics, en séjour à Rome, offrirent au nouveau cardinal les présents da circonstance : la mitre, la chaîne, la croix pastorale, etc., le tout orné de la devise : Cor loquitur ad cor, choisie par le cardinal Newman et donnant bien, en effet, le secret de sa profonde influence, le mot de sa longue et belle vie.
Il souffrit de la fièvre à Rome, puis il reprit le chemin de l'Angleterre, où de nombreuses félicitations l'attendaient encore. A Londres, il reçut avec un peu de surprise le baiser du Cardinal Manning. Enfin il regagna son cher et paisible Oratoire d'Edgbaston, dont les murs devaient abriter le soir de sa longue existence terrestre.
« Quant à moi, maintenant à la fin d'une longue vie, écrivait-il en 1884, je déclare, dans la plénitude de mon cœur, que le Seigneur ne m'a jamais abandonné, jamais déçu; qu'il a constamment