‹ Newman, sa vie et ses œuvresChapitre 29 sur 37 · Callisla · texte numérisé non relu

Callisla

versité de Louvain présente aussides avantages de pure atmosphère et de riantes campagnes. Oxford est toujours Oxford pour Newman, enmêmetemps que la pensée d'Oxford déchire son cœur. « Oxford atteint maintenant à ce degré de séduction simplement humaine que, dans sa plus haute perfection, nous admirons en Athènes. La vieille Université n'aurait pas de place en ces pages, il ne m'arriverait pas de prononcer son nom, si même dans sa privation douloureuse elle ne retenait encore tant de ce lustre extérieur qui devrait — comme l'éclat de la face du prophète — être un rayon de l'illumination intérieure. » Dante exilé parle moins doucement de Florence, mais, aux yeux de Newman, c'est Oxford qui demeurait dans l'exil. Newman célèbre alors la poésie de l'Irlande et la beauté de Dublin.

Il revient à Athènes. Il y passe en revue les étudiants fameux, un Marc-Aurèle, un Gicéron, un Horace, un Grégoire. Ici nous pouvons reconstituer la journée d'un contemporain de Platon.

Dans cette ville de l'intelligence, il n'y a pas de livres; ni librairies, ni bibliothèques. L'air d'Attique est le véhicule léger de toute belle parole et de toute noble pensée ; c'est sur un mot recueilli au petit bonheur que vivra donc notre étudiant. Il

habite une sorte de terrier quand il ne gîte pas à la belle étoile. 11 est sorti de grand matin. Les rues d'Athènes sont médiocres, même pour le temps, mais aucune cité ne s'est illustrée par l'excellence de l'organisation matérielle ; et notre homme pourra se dédommager amplement en allant voir les sculptures de Phidias au Parthénon ou les peintures de Polygnote au temple des Dioscures. Il a chance d'écouter au théâtre un drame d'Eschyle ou de Sophocle ; peut-être la glorification d'Athènes dans les Perses, où la ville apparaît si lointaine et si grande, — plus grande encore par le mirage de ces lointains éblouissants dans le prestige de la victoire ; peut-être la proclamation d'Antigone concernant ces lois mystérieuses qui ne sont pas écrites et ne seront jamais effacées. S'il traverse Yagora, il surprendra sans doute une harangue de Démosthène. Il errera parmi les portiques, les bosquets et les fontaines, dans un décor que l'art et les souvenirs font unique, incomparable; il admirera les beautés nombreuses de la célèbre Académie : le temple, les statues, les jardins qu'arrose l'onde du Céphisc. Quelqu'un l'instruira : soit un maître, soit un disciple répétant l'enseignement du maître. On lui signale la présence de Platon. Pas un mot ne parvient à

l'oreille de notre étudiant, mais il n'a besoin ni de discuter, ni d'entendre. Il regarde Platon. Ce qu'il voit suffit, et rien ne saurait être plus grand. « C'est un point dans l'histoire de sa vie, un repos futur pour sa mémoire, une pensée brûlante dans son cœur, un lien avec les hommes d'esprit semblable, dans les temps qui suivront. Tel est le charme que l'homme vivant exerce autour de lui, pour le bien ou pour le mal... Quand notre jeune étranger ne gagnerait de son voyage que la vue de Platon respirant et remuant, même s'il n'était entré dans aucune salle de conférences, pour écouter ou dans aucun gymnase pour converser, il aurait une mesure d'éducation et quelque chose à dire à ses petits-enfants. »

Le projet de Newman repose sur « le libre échange en matière de savoir ». Comment donnerez-vous des brevets? Que vaudront-ils? Où trouverez-vous des étudiants? » Il s'étonne de ces objections quand il regarde l'Irlande catholique, fourmillante de bonnes œuvres, couverte d'édifices récents, et, quand il contemple la multitude des écoles, il songe au sacrifice qui donna naissance à chacune d'elles. Il croit voir le peuple irlandais sortir frais et vigoureux du sépulcre de la famine et de la pestilence. Il paraît estimer que le mot

« impossible » ne doit pas être inscrit dans un dictionnaire catholique. « Demande et fourniture », c'est en quoi l'Université consiste, tout comme un marché d'objets matériels. Son principe constituant et vivifiant est l'attraction morale d'une classe de personnes pour une autre classe. Le reste : honneurs, dignités, considérations, a ses avantages, mais n'est que secondaire. D'abord, les bénéfices intellectuels, ensuite les bénéfices matériels, encore l'intellect est-il impuissant, s'il n'est régularisé par une règle morale et par la vérité révélée. Les jeunes gens accourent pour s'instruire et s'améliorer, non pas parce qu'ils envisagent nécessairement et uniquement l'obtention des brevets légaux. Ils se munissent de connaissances qu'ils utiliseront dans les beaux-arts, la littérature, le commerce et maintes professions. Pourquoi l'Irlande rencontrerait-elle plus de difficultés dans ce libre échange du savoir que .les habitants de San-Francisco ou de Melbourne dans l'exploitation de leurs champs d'or, ou ceux de l'Angleterre septentrionale dans l'exploitation de leurs mines de charbon. La question est ainsi posée d'une façon originale. Newman, sans méconnaître l'importance du rôle de Gharlemagne, ne songe pas qu'une Université ait nécessairement

besoin d'un patron ou d'un protecteur. Profession d'enseigner et désir d'apprendre : voilà les deux mobiles qui font sa grandeur en assurant son fonctionnement. Newman retourne à ses exemples favoris : il raconte, d'après Platon, comment, pour l'arrivée d'un fameux sophiste étranger, la maison où descendait le voyageur était pleine d'hôtes, de disciples attachés aux pas du maître et de disciples improvisés. « De tels sophistes, dit M. Grote, n'avaient rien pour les recommander, si ce n'est un savoir supérieur et une réputation intellectuelle combinés avec une personnalité imposante se faisant sentir dans les discours et les conversations1. »

A Rome, les traditions s'opposaient à l'étude des lettres de la Grèce. Malgré cette hostilité, comme si toute la force de la vieille république était peu de chose contre un souffle de beauté venu d'Hellas, des écoles se fondèrent et s'ouvrirent peu à peu ; les empereurs dotèrent les lettres d'un établissement qui persista jusqu'à nos jours dans l'Université romaine, connue sous le nom de Sapienza. Tous les types d'université, Newman les passe en revue, il marque les grands courants intellectuels

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