‹ Newman, sa vie et ses œuvresChapitre 30 sur 37 · Citation de Newman · texte numérisé non relu

Citation de Newman

et civilisateurs qui traversent les nations du globe : il consigne, il enregistre les hautes leçons de la papauté ; deux mots lui sont particulièrement chers : influence et discipline, l'influence organisée par la discipline et la discipline viviliée par l'influence. Pour pénétrer la signification intime et profonde de ce mot : influence, il faudrait lire les pages lumineuses et charmantes que Newman y a consacrées. Si nous apercevons, même vaguement, le caractère de leur auteur, nous comprendrons que personne mieux que lui n'était apte à mettre sous ce terme la plus grande somme de vie et la plus grande intensité de signification. Qui dit influence dit souffle de vie. L'influence inspire l'attrait, l'autorité impose le commandement. Faire suivre un commandement, ce n'est pas toujours une complète victoire, le triomphe consiste à le faire aimer.

Erudit, liseur, auteur, Newman, — il faut le répéter, — croyait surtout à l'influence vivante par la parole vivante ; peut-être, en effet, nos bibliothèques sont-elles de vastes nécropoles où dort la science embaumée comme les momies d'Egypte, mais l'évocation d'une âme ardente suffit à la revivifier. Cependant elle apparaît plus vivante encore, sortie d'un cœur brûlant et recueillie sur

les lèvres humaines, accompagnée d'un regard et d'un sourire. Jésus écrit son Evangile avec les âmes de ses saints qui sont, suivant une jolie expression, sa vie extérieure, comme il est leur vie intérieure. Ayant tant agi lui-même par influence, Newman comprenait le libre jeu des sympathies et l'élan des intelligences venant se désaltérer à une source fraîche. Il connaissait le charme de saint Philippe de Néri formant une congrégation sans y songer, « par le seul attrait de sa beauté morale », qui groupait et retenait les âmes. Pour l'avoir exercée également, presque à son insu, Newman croyait à l'influence. Il croyait à la discipline, il savait que les facultés humaines doivent être souvent régularisées et dirigées, et c'est un écrivain profane qui nous le disait : « Il n'est pas de plus grand spectacle que celui d'une grande âme soumise. » Sans doute il voyait une sorte de cercle rythmique allant de l'influence jaillissante qui provoque le mouvement à la discipline régulatrice de ce mouvement, destinée parfois à se revivifier sous l'action d'une nouvelle influence. Il concevait la mission d'Athènes et la mission de Rome dans l'ancien monde, la mission de l'Oratoire et la mission des grands Ordres réguliers dans l'Église Une de Jésus-Christ. '

Comment définir l'Oratoire? Un souffle, a dit une âme oratorienne. Newman eût aimé cette définition. Le souffle passe où il veut, il se glisse partout, il effleure tout; il n'a par lui-môme aucune forme ; il s'adapte à la forme des milieux. Il est libre, il caresse les fronts les plus hautains, il s'insinue dans les oreilles les plus sourdes, il se joue sur les lèvres closes. Invisible, il enveloppe, il pénètre, il agit, il règne. L'influence d'Athènes? Newman l'eût distinguée dans l'air qui gonflait les voiles des légers navires sur les mers paisibles, il l'eût respirée, dans le passage d'une brise dont l'aile aurait frôlé le Parthénon. Il eût cru que le front caressé par cette brise devait acquérir une dignité intellectuelle. Il espérait tant de l'influence qu'il l'eût confiée à l'air respirable, à l'oiseau qui vole, au nuage qui fuit.

Elle fut peut-être le principal objet de ses études historiques : il s'attacha préf'érablement aux figures de saint Antoine, de saint Basile, de saint Benoît, de saint Ambroise, de saint Augustin, de saint Chrysostome, de saint Martin des Gaules, qui furent, en leur siècle, de grands centres d'influence, et c'est par les influences subies qu'une époque semble l'attirer. Ce sont encore les influences en action autour d'une Demetrias qui

l'arrêtent, et YHistoire des Ariens, est une histoire d'influences se combattant les unes les autres : influences intellectuelles, influences morales, influences religieuses, il a toujours compris, senti, vécu l'influence, et sans doute cette intelligence profonde de la plus grande et de la plus durable des forces humaines contribue à douer ses diverses études de ce trait commun qui est un don de grâce et de beauté : la vie. Newman romancier n'atteint peut-être pas au niveau de Newman historien et de Newman philosophe ; malgré sa valeur et ses jolis détails, Caliista [ sera difficilement préférée à Saint Jean Chrysostome, et les belles pages de Loss and Gain2 céderont, croyons-nous, à celles de Y Apologia.

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