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CHAPITRE IX

Entre les travaux historiques de Newmaii et la Grammaire de l'assentiment, qui est le plus exclusivement philosophique de ses ouvrages, se place le livre qu'il écrivit dans la retraite de Littlemore : Essai sur le développement de la doctrine chrétienne. L'histoire et la philosophie collahorent à cette œuvre, l'une apportant ses documents et l'autre ses lumières, et la théorie se construit avec une solidité merveilleuse. Dans une brochure récente, le R. P. Laherthonnière a dit : « La Vérité n'est pas un système; elle est une vie. » Newman eût aimé ce mot, car il la voit, il la regarde, il la sent vivre.

Son introduction s'ouvre par les lignes suivantes : « C'est une chose mélancolique à dire, déclare-t-il, mais le premier et peut-être le seul

historien ecclésiastique anglais est Gibbon. Etre profond en histoire, c'est cesser d'être protestant »

Il ajoute un peu plus loin : « L'histoire n'est pas un Credo ni un catéchisme; elle donne des leçons plutôt que des règles; pourtant, personne ne pçut se tromper sur son enseignement, soit qu'on l'accepte, soit qu'on s'y bute. Des traits hardis et de larges masses de couleur surgissent des annales du passé. Ils peuvent être confus, incomplets, mais ils se définissent. Et cette chose est certaine : quoi que l'histoire enseigne, quoi qu'elle omette, quoi qu'elle exagère ou atténue, quoi qu'elle dise ou ne dise pas, en somme le christianisme de l'histoire n'est pas le protestantisme. S'il y eut jamais une vérité sûre, c'est celle-là. »

Newman a médité saint Vincent de Lerins, il a saisi la doctrine du développement dans les écrits de de Maistre et de Môhler, c'est-à-dire que, « selon la nature de l'esprit humain, il faut du temps pour arriver à la pleine compréhension et à la parfaite définition des grandes idées, et que les vérités les plus hautes et les plus merveilleuses, bien que communiquées au monde en une fois par les maîtres inspirés, ne peuvent être comprises d'un seul coup par les récipients, mais que, étant

reçues et transmises par des esprits non inspirés, à travers des intermédiaires humains, elles ont nécessité un temps plus long et des pensées plus profondes pour leur complète élucidation *. »

Au premier chapitre du livre, il étudie le Développement des Idées. « Qu'elle soit réelle ou non, une idée de nature à retenir et à posséder l'esprit peut être considérée comme ayant de la vie, et comme vivant dans cet esprit qui lui sert de récipient. Ainsi les idées mathématiques, bien qu'elles soient réelles, ne peuvent guère être appelées vivantes d'une façon|générale. Mais, quand renonciation d'une grande idée, vraie ou fausse, au sujet de la nature humaine, ou du bien actuel, ou du gouvernement, ou du devoir, ou de la religion, est portée en avant à travers la multitude des hommes, attire leur attention et n'est pas reçue passivement, dans telle ou telle forme, par leur esprit, elle devient en eux un principe actif les invitant à sa propre contemplation toujours nouvelle, à son application dans des directions variées, à sa propagation de tout côté2. » En ces lignes, se discerne déjà la notion que l'on retrouvera dégagée, illuminée, mise en relief par Newman lui-même

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