‹ Newman, sa vie et ses œuvresChapitre 33 sur 37 · Newman, Développement, ch. t · texte numérisé non relu

Newman, Développement, ch. t

idée dans les esprits, s'il devient un sujet d'exercice pour la raison, cette idée, dans le cours du temps, se développera en une multitude d'idées, apparaîtra sous une multitude d'aspects, liés les uns aux autres, harmonieux dans l'ensemble, nettement déterminés, immuables en eux-mêmes, comme le fait objectif ainsi représenté. Développements d'idées, développements de doctrines, ce qu'on peut attendre de tels développements, les lois historiques qui les régissent, Newman les étudie et les définit scientifiquement. Ce principe du développement auquel obéit tout organisme vivant, il le recherchera dans toute idée vivante, il le retrouvera dans l'histoire de l'Eglise et du dogme, et, bien qu'il ne veuille pas établir de confusion entre le développement religieux ou moral, et le développement physique ou politique, on a cette impression d'un monde des intelligences et des âmes où les vérités mathématiques joueraient le rôle des corps minéraux dans notre monde matériel, et où les vérités morales auraient pour symboles les organismes vivants des règnes supérieurs, comme si toute la création visible et palpable n'était qu'une ombre de ce monde invisible si peu connu, si mal exploré, dont nous portons cependant le mystère en nous-mêmes 1

Gomment ne pas se rappeler, devant ces constatations, les admirables travaux d'un Pasteur, et cette dissymétrie qui surgit, indiquant la vie à son origine, alors qu'on monte les degrés de l'échelle des êtres, dissymétrie dont les lois semblent plus mystérieuses, moins saisissables, mais non moins réelles que celle de la complète symétrie ! Newman aurait pu dire en modifiant un mot fameux : « Je suis un homme pour qui le monde invisible existe ! » On écoute difficilement les explorateurs de ce monde invisible; ceux qui s'étonnent des minuties d'une sainte Thérèse, des nuances qu'elle discerne dans un rayon de l'au-delà, ne songent guère à la véritable cause de leur étonnement : il provient de ce qu'ils n'ont jamais pleinement, intensément, avec toutes les facultés de leur être, avec toute la puissance de leur nature, réalisé l'existence du monde invisible.

Newman s'en tient à des exposés, à des définitions, à des explications scientifiques. Il voit à travers la Bible se développer les idées et les doctrines, bien que la révélation messianique soit contenue tout entière, pour le croyant qui sait l'interpréter, dans les premières pages de la Genèse. Et la question de l'Ethiopien : « De qui le Prophète parle-t-il ? » se pose dans l'esprit du lec-

teur. Chaque mot réclame un commentaire. Il en est de même pour les paroles de l'Évangile. Elles admettent un développement, une explication ; elles appellent la méditation et la contemplation. Newman ajoute que l'Eglise primitive et médiévale appuie ses jugements sur des sentences de l'Ecriture ; il cite des textes applicables au dogme du Purgatoire, à la communion des saints, à la présence réelle dans l'Eucharistie, à l'absolution sacramentelle, au tribunal de la Pénitence, à l'Extrême-Onction, à la pauvreté volontaire, à l'obéissance, sans oublier les honneurs rendus aux créatures animées ou inanimées. De plus, Newman discerne en certains passages inspirés l'anticipation d'un développement du christianisme, développement doctrinal et constitutionnel. Mais quelle règle, quel contrôle attribuer à ce développement? Newman, qui reconnaît l'existence d'un enseignement oral antérieur à l'enseignement écrit, déclare que, le principe du développement posé, il est nécessaire d'attendre l'exercice d'une autorité infaillible. Plus que jamais, dans nos époques troublées, le besoin absolu d'une suprématie spirituelle est le plus fort des arguments en faveur d'un tel don. S'il y a eu dans ce monde une révélation objective, elle doit être armée de

façon à prouver au monde son objectivité. Le christianisme étant ce qu'il est, c'est-à-dire une religion sociale,qui pourra concilier les jugements indivi duels, si ce n'est une autorité suprême agissant au nom d'un droit divin et d'une sagesse incontestée? Etant donné le caractère intellectuel de la doctrine, elle passe à travers l'esprit de nombreuses générations humaines, elle en reçoit une multitude d'applications, de sorte qu'elle se développe nécessairement en un large enchaînement théologique. Si l'on admet la révélation comme un don céleste, il est clair que Celui de qui elle vient l'a défendue contre la perversion et la corruption. L'unité de l'idée ressortira dans toutes les péripéties du développement, de même qu'à tous les degrés de la croissance se manifeste l'unité de l'individu. « Vous devez accepter ou rejeter le tout; l'atténuer, ce serait l'affaiblir et l'amputer, ce serait le mutiler. Il est puéril de recevoir ce tout si l'on en excepte une chose qui participe également à son intégrité ; mais il est solennel d'en accepter quelque partie, car, avant de savoir où vous êtes, par une rigoureuse nécessité logique vous pouvez être entraîné à l'adopter entièrement1. » La plume de Newman a

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