CHAPITRE II
Le calvinisme de Newman avait définitivement sombré; M. James Williams avait enseigné à l'ancien élève de Trinity-College la doctrine de la Succession apostolique; Hawkins, le principe d'une tradition ; Keble et Froude, la notion d'un système sacramentel et de la Communion des Saints. Par ces grandes lignes se dessinait peu à peu l'idée d'une Église. La Succession apostolique garantissait la persistance de la tradition et le dépôt authentique du trésor des sacrements. Le sentiment religieux individuel, dépouillé du dogme, comprend une vérité relative et subjective ; il en fait la servante de nos penchants et de notre humeur; il l'abaisse, il l'humilie; c'est une fleur sans tige ; autant en emporte le vent. La vérité vraie nous saisit, nous possède ; elle est la souve-
raine à laquelle nos penchants et notre humeur sont donnés. Dans YApologia, Newman proclame hautement la persuasion qu'il eut, depuis l'âge de quinze ans, des nécessités dogmatiques : « La religion a l'état de simple sentiment est pour moi un rêve et une chimère. Autant l'amour filial sans l'existence d'un père que la dévotion sans l'existence d'un Etre souverain. » Sa. place était donc marquée dans le petit groupe dont il constata la formation à son retour, petit groupe de correspondants s'entretenant les uns les autres des choses de l'Eglise anglicane. Il y avait Keble, Hurrell Froude, M. Walter Palmer, de Dublin; M. Arthur Perceval et M. Hugh Rose1.
Newman a brillamment portraicturé quelquesuns d'entre eux. Hélas ! ils n'avaient pas encore d'unité de doctrine, pas même d'unité de lieu, dit Newman; des antécédents communs leur servaient de lien. Nous connaissons le profond et charmant Hurrell Froude, alors mortellement frappé; M. Hugh Rose était largement et noblement doué; M. Palmer était un savant théologien rompu au mode de la controverse scolastique, mais ici le vieil homme ressuscite chez le cardinal Newman :