‹ NewmanChapitre 13 sur 17 · Chapitre vu · texte numérisé non relu

Chapitre vu

vécrivain

Nous savons maintenant quelque chose, non seulement des convictions infimes de Newman, mais aussi de la forme dont il les revêtait Nous ne pou '»ns cependant conclure sans envisager en lui plus expressément et plus directement l'écrivain. Il n'eu va pas de la critique en Angleterre comme en Fi ince: à peine lui permet-on d'aborder, comme elle devrait le faire, les questions relatives au style et à la langue. Pédantisme, dit-on, que ces recherches minutie : qui ne voit pourtant qu'à moins de les entreprendre, il est impossible «le se faire une idée just< de la place qu'occupe un écrivain dans la littérature? Il y aurait tout un volume à coi p à rétud - auxquelles a pui

wiiiaii, d( \ qu'il a suivies dans la composi-

tion de ses écrits, des variation sa manière

suivant le Bujet qu'il avait à traiter, <l<- ses affinité

de ses antipathies, de ses triomphes, de ses échecs, des limites de ses moyens, simplement comme auteur et indépendamment du thème qui l'occupait. Tâche intéressante, assurément, mais que nous ne pouvons guère songer à entreprendre dans les bornes restreintes des quelques pages dont nous disposons. Indiquons-en du moins les lignes générales : d'autres plus heureux viendront qui préciseront les détails.

Commençons par une lettre, datée d'avril 1869, où Newman, alors engagé dans sa Grammar of assent, fait cet aveu d'une délicieuse franchise : « Je n'ai jamais rien écrit qu'au prix de peines infinies ; souvent j'écris plusieurs fois de suite le même chapitre, sans parler de corrections et de surcharges sans nombre. Je ne dis pas cela pour m'en faire un mérite, mais uniquement parce qu'il y a des gens dont le premier jet est le meilleur, et que c'est bien rarement mon cas ». — « Pourtant, ajoute-t-il, je puis le dire en toute sincérité : jamais, depuis le premier jour où tout enfant je m'exerçais à manier la plume, je n'ai cherché à bien écrire ni visé à l'élégance du style. Je ne crois pas avoir écrit une seule fois pour écrire ; je n'ai jamais eu qu'un désir et poursuivi qu'un but : réaliser cette chose si difficile, je veux dire exprimer clairement

et exactement ma pensée . Quanl aux auteurs qu'il prit pour modèles, il dit à sou correspondant : « Le seul maître de style que j'aie jamais eu... c'est < îicé* ron. Je lui suis, à mou sens, grandement redevable et, autan! que je puis savoir, à du! autre que lui ».

Newman se faisait un devoir de traduire chaque jour en latin une phrase d'anglais. Il écrivait le latin avec facilité et dans le ^oùt des lions auteurs : ses obligations envers Cicéron ae nous laissent aucun doute. Nous avons cité le passage OÙ il parle des imitations qu'il (il du style de Johnson, de Gibbon et d'Addison ; feuilletons seulement ses écrits anglicans : nous y trouverons de fréquents échos de Hooker, de Taylor et du Prayer Book, Nous constatons en outre qu'ils sont tout imprégnés de réminiscences de la Bible anglaise : la chose n'a rien qui nous surprenne, tant chacun des Livres saints lui était familier.

Le théâtre grec, Thucydide et Hérodote, contribuèrent également à former le moule essentiellement classique dans lequel sont jetés ses écrits de

la première OU de la dernière période de sa vie.

Shakespeare aussi, nous l'avons vu, était la lecture favorite de son père. Aucun de ces éléments n'est à négliger.

Remontant donc à Cicéron, Newman appartient

à la tradition centrale de la prose européenne qui, mise en circulation par Lysias et les orateurs grecs, est restée monnaie de bon aloi dans toutes nos langues modernes. 11 offre lui-même dans ses écrits ce « ilux de langage abondant, majestueux et pur » qu'il admire dans son modèle. Certes, comparée à ce latin, l'éloquence attique était toute simple et tout unie. C'est bien d'Athènes, pourtant, que Cicéron tenait un style clair parce qu'il était plein, riche pour demeurer toujours à la hauteur des circonstances, grave et noble comme il convenait à l'éclat d'une dignité qui plaçait le Consul Romanus bien au-dessus de la majesté du Grand Roi. « Ce que Tite-Live, et beaucoup plus encore Tacite, ont gagné en énergie, ils l'ont perdu en clarté et en élégance » : ainsi pensait Newman quand il publiait son Essai sur Cicéron. Beaucoup plus tard, et se plaçant à un point de vue différent, il revenait avec plus de vigueur encore sur cette même pensée. « Ni Tite-Live, disait-il, ni Tacite, ni Térence, ni Sénèque, ni Pline, ni Quintilien ne sont les porteparole autorisés de la Cité impériale. Ils écrivent latin: Cicéron écrit romain ».

Chaque fois que nous ouvrons Newman, nous sommes tout près, semble-t-il, de cette Reine du monde.

VÉCBIVAIN 231

Volontiers onlYiïl pris pour ou Latin de l'époque classique, el pour des raisons plus sérieuses que les prologues (fun profit si pur qu'il composa pour les comédies de Terence. 11 es! Latin par la structure desa phrase el de sa période; par la cadence don! ne peut se passer l'exquise délicatesse de son oreille: par l'allure grave de sa rhétorique, sa grâce sénatoriale, l'air imposant de son autorité. Mais c'est un Latin de Rome. Il dédaigne tout ce qui es! archaïque ou provincial; il a trop de bon sens pour être affecté, trop de sérieux pour faire un vain étalage irluosilé, — à la façon d'un ïsocratcou d'un Euphuès; il est trop sûr de lui pour employer d'au! res termes que ceux dont on se sert dans la conversation de tous les jours. Dans ses endroits les plus relevés, comme Macaulay, il ne s'écarte pas de Johnson. Il sail rester fidèle aux lois et au génie propre de la langue, même lorsqu'il s'adresse ;i des auditoires mélangés; il esi concis sans être sentencieux, piquanl sans jamais tomber, ou du moins l>ien rarement, dans l'épi gramme ; il esl plein d'humour d'une manière foule naturelle, sans quitter son air de réserve. Il est toujours sans apprêt, jamais auteur, car ce qu'il veui c'esl instruire ou convaincre, et non pas faire parade d'habileté littéraire. La littérature, comme art d'agrément, ne l'intéresse en rien.

Le critique français, M. Dimnet, qui le comprend si bien, ne voit que Bossuet parmi les grands écrivains modernes à mettre à côté de Newman pour cet absolu dédain de la gloire littéraire. Ni l'un ni l'autre, à ce qu'il semble, ne songeaient à se survivre dans leurs écrits. Bossuet laissait ses ouvrages à la merci des accidents ; Newman écrivait selon que l'occasion se présentait, rarement il relisait ce qu'il avait publié, une fois ses épreuves corrigées: encore, remarque-t-il naïvement, ne connaissait-il pas très bien ses propres ouvrages. Il avait un message à transmettre et pouvait dire en toute vérité: « Je crois, c'est pourquoi j'ai parlé » ; mais, pas plus que Carlyle, il n'avait rien du dilettante.

Académique, très certainement il Tétait; son enseignement prenait la forme d'une leçon faite du haut de la chaire à quiconque consentait à l'entendre. Il est tout l'opposé de Sénèque ; il lui faut exposer, expliquer, présenter son sujet sous des jours différents, résoudre les difficultés : c'est un rhéteur. L'appellerons-nous aussi un artiste? Oui, si nous considérons sa phrase coulante et toujours distinguée, son amour de l'ordre dans les mots ; non, peut-être, quand il a à écrire tout un volume sur un seul et même sujet, comme dans le Développe-

ment ou la Grammaire. Sauf Gérontius, il ae nous a légué aucune <ru\ iv qui ne Unisse plus ou moins brusquement. Ses bonheurs d'expression, fréquents dans chaque chapitre sorti de sa plume, ont amené le Doyen Church à comparer son style à la prose française; mais il n'y a rien de français chez Newman, bien que sa philosophie le mette dans le voisinage de Pascal.

II n'a pas davantage d'affinités marquées avec les écrivains anglais ses contemporains. 11 diffère d'une manière frappante de Maeaulay dont l'ardente éloquence trahi! la furie, en quelque sorte recuite au l'eu, du Celte occidenlal. Il compose dans une langue qui parafl incolore, quand on lit l'épopée de Carlyle sur la Révolution; de fait, c'est bien le style d'Oxford, et non d'Ecclefechan, A ['encontre de Ruskin qui, sciemment <'t de propos délibéré, construit un monument, grandiose comme le palais de Kubla Khan, Newman ne considère les mois ni comme ^\c>< ornements d'architecture, ni comme de simples couleurs : il 1rs regarde plutôi comme des transparents qui laissenl apparattre sa pensée. 11 ressemble davantage à De Quincey, encore qu'il

ne joue pas comme lui de l'orgue pour la salisfaction d'entendre sa propre musique; ce qu'ils

ont de commun l'un et l'antre, c'est la tradition

littéraire du dix- huitième siècle rehaussée d'une faculté toute spéciale de traiter presque avec une égale maîtrise l'abstrait et le concret.

Comme De Quincey, également, s'il était bien capable de raconter merveilleusement l'histoire de sa vie, Newman ne pouvait guère raconter que celle-là. Il était myope et ne voyait pas les gens très distinctement; absorbé dans sa pensée, il connaissait leurs mobiles d'action beaucoup plus que les traits de leur visage; le drame de la vie était pour lui un dialogue et non pas une scène. De même que dans son style il est poli et uniforme, sans variations profondes ou hardies, de même ses esquisses historiques qu'on ne se lasse pas de relire, ne sont pas des portraits à la manière de Gibbon ; elles ne replacent pas sous nos yeux le théâtre de l'action, elles manquent de couleur locale. On y constate même une tendance à confondre des périodes différentes, — l'Athènes de S. Grégoire et de S. Basile avec l'Athènes de Cicéron ou de Pericles ; la Rome de S. Philippe de Néri avec la Florence des Médicis. Mais peut-être n'est-ce là qu'une illusion de perspective dans d'aussi courtes études.

Newman distinguait trop finement les caractères pour ne pas savoir les dessiner. Ses romans, pour les appeler d'un nom auquel ils ne prétendent pas

cjuvaia 235

par eux-mêmes, étaienl des amusements de génie; ils "il pour la description, le dialogue ei les

aperçus lumineux un talent qui ne demandait qu'à re cultivé. Leurs personnages ne sonl pat des oui! ces. Dans Loss and Gain, Shefûeld, le sceptique naissant, est dessiné avec une rare ur. Dans

Callisia, l'héroïne elle-même, simple pastel, si l'on vcii! être exigeant, offre des traits délicieux; Jucundus, l'épicurien, vil el moralise sous nos yeux; Juba,lc démoniaque, a beau être Burhumain, il reste toujours réel. On peut aussi considérer ces figun comme expressément symboliques et, àcepoinl de vue, elles ne sonl pas sans charme. S'il avait embrassé la carrière «lu roman, Newman s'y sérail l'ail one place distinguée. Ses contributions à l'histoire de l'Eglise, bien qu'accidentelles, son! des pag parfaites sous le rapport du style, choisies quanl au sujet, aussi stimulantes pour le commun des lecteurs qu'elles soul instructives, ce qui n'est pas un mince mérite. Il ressuscita V Église des Pères en la replaçant devanl l'imagination d'un siècle dédaigneux, et brisa la barrière qui longtemps avail séparé l'histoire ecclésiasl iquede l'histoire profane, Ira van l ainsi la voie à «•<ii<> méthode qui, chez Harnack et Duchesne, reconstruit aujourd'hui pour nous, à la lettre, le monde évanoui des premiers Biècles chrétiei

236 NKWMAN

Avec une intelligence aussi vive et aussi profonde à son service, il n'y avait pas de sujet, en dehors de la critique purement technique, que Newman ne pût traiter de main de maître. Il était la souplesse même in potentiel^ comme auraient dit les scolastiques. D'autre part, jamais il ne lisait pour le plaisir de la lecture elle-même ; il était par principe, soit incurieux, soit complètement détaché de la poursuite des beautés littéraires. Platonicien d'instinct, il ne cite jamais Platon, ou ne le cite que rarement ; selon toute probabilité, à peine connaissait-il du divin Athénien autre chose que le Protagoras ou le Gorgias. Il ne lisait jamais qu'avec une idée en tête. Son talent singulièrement pratique, qui « faisait flèche de tout bois », lui fît prendre Oxford tel qu'il le trouvait sans chercher à explorer d'autres régions : comment expliquer autrement qu'il ait pu vivre en pleine crise de la pensée allemande, se contentant de cultiver son jardin?

Il n'entrait pas davantage dans le mouvement démocratique et ne montrait nul souci de l'étudier personnellement. En sa qualité d'Oxfordman sorti de la classe moyenne, il n'aimait pas la démocratie et la redoutait, tout en ayant le pressentiment que l'Eglise serait abandonnée par l'Etat et conduite à s'appuyer sur le peuple. 11 analysa, dit-on, les

VÉCRIVAIN 237

constitutions politiques des peuples anciens et modernes. On ne retrouve dans ses livres aucune trace de ce travail, sauf peut-être le passage de Who's to blame? où il établit un parallèle entre les deux constitutions, britannique et athénienne, — un morceau sur la guerre de Crimée, non moins brillant que l<-s Quatre Georges de Thackeray, — et ses réflexions philosophiques sur la Turquie. Il est douteux qu'il ait lu Montesquieu ; il ne connaissait sûrement pas Rousseau et, jusqu'au bout, il resta un anglais vieux jeu, beaucoup moins whig ou tory qu'insulaire, et môme quelque peu homme à préjugés.

Ces détails nous font sourire, d'autant <|u'il y avait à peine une goutte de sang anglais dans les veines de notre illustre génie. En toui cas, il pouvait se vanter de ce que Tertullien appelle la a parenté «le doctrine », car ses idées sont anglo-juives, et, à la longue, sa méthode cesse d'être grecque. Comprenons bien ce dernier point. L'arl délicat avec lequel il conduil une discussion, sa subtilité dans la manière d'exposer un sujet, nous donnent déprime abord l'impression que la dialectique dont il use, c'est au Portique ou à l'Académie qu'il remprunte. 11 n'en est rien cependant. Le Grec va de raison en raison ; Newman procède par voie d'expé-

rience et (l'autorité. 11 suit ses propres pensées, mais elles eontemplent les choses, le concret, franchissant des abîmes que tout philosophe hellène eût cru de son devoir de combler. Newman prend ses principes au centre même de sa vie ; il les affirme parce qu'il ne saurait exister sans eux. Vient-on à les révoquer en doute? Il se retourne vers ceux qui les affirment avec lui et comme lui. Imagine-t-on un Grec refusant le combat sur le terrain des premiers principes? Aristote lui-même ne se déroberait point en pareil cas : et cependant, à parler exactement, il est beaucoup plus homme de science que métaphysicien. De là, dans la lettre de Newman que nous citions plus haut, ce remarquable aveu : « Quand je relis un passage quelques jours après l'avoir écrit, je le trouve si obscur pour moi-même que, de deux choses l'une : ou bien je le supprime entièrement, ou bien je le corrige avec une sorte de fureur. Mais, malgré l'habitude que j'en ai, cela ne me réussit guère. Je suis aussi obligé de me corriger et de récrire qu'il y a trente ans ».

Oui, « système est à peu près exclusif de liberté, et presque toujours obscurité est impliquée dans profondeur ». A plus forte raison ce qu'on appelle aujourd'hui l'Inconscient devait-il influer sur un esprit qui ne supportait guère que l'on scrutât les

LL<:illYM.\ 239

fondements sacrés de la pensée. Système, bien souvent, es! synonyme d'étroitesse ; chez Paley, coiiiiin' chez tant d'autres auteurs de Démonstrations, cela bouchai! presque à L'irrévérence. Un critique mordant observe que • pour Newman sa propre nature lui étail une révélation qu'il appelait Conscience». 11 n'est pas douteux, en effet, qu'il trouvai! en lui des indices d'un ordre, non seulement inoral, niais sacré : il n'y touchait qu'en tremblant. « La conscience, disait-il, est le vicaire né «te Jésus-Christ; c'est un prophète dans les avertissements qu'elle nous donne, un monarque dans le ton impérieux de ses ordres, an prêtre dans ses bénédictions et ses ana thèmes». La foi, dans cette grande rune, avait sa pudeur, l'amour

- réticences; jamais ce vrai platonicien ne se lut risqué à écrire le Banquet dans lequel le .Maître plail à discourir indifféremment avec la môme éloquence sur l'Eros terrestre et sur le céleste. 1. œuvres de Newman gardent un profond silen sur les sources mystérieuses de la vie comme de la pensée. C'est un alexandrin, un mystique dont la croyance modère toujours le lang quand

elle ne lui interdit pas ta parole, mt

comp" dans le vestibule du Templi

Redescendons de ces bauteurs, Nous voici en

présence d'une figure à laquelle le Tractarion ressemble par les fortunes diverses de sa vie, par ses tendances naturelles, ses qualités d'écrivain et ses affinités d'esprit : Fénelon. Sous un sourire d'une grâce séduisante, ils sont sévères l'un et l'autre ; affectueux, et ne craignant pas de montrer leur affection, ils vivent tous deux dans une profonde solitude intérieure ; leur soumission est une victoire, leur rétractation un triomphe ; ils font à tout moment leur portrait, sans pour cela cesser d'être modestes ; ils ont la mâle puissance du génie, et on les représente sous des traits féminins parce qu'ils répondent aux coups par des raisons, à la rudesse par l'émotion touchante, et qu'ils possèdent le don divin des larmes. Ils charment l'étranger, mais laissent dans les esprits qui ne les comprennent pas un soupçon que ces sentiments sont trop beaux pour être vrais. Ils pressentent et annoncent de grands changements dans la marche du monde ; ils prennent les devants sur leurs contemporains ; ils témoignent, ne serait-ce qu'en réagissant contre elle, de la rupture de Tordre de choses anciennement établi : en retour ils se voient dénoncés comme les hérauts de la révolution. Ils écrivent, sans s'astreindre à aucune règle conventionnelle, avec abondance, comme ils parlent avec un accent persuasif;

ta -s - «

Si

VÊCBIVAIN 2 11

sans étalage d'érudition livresque, mais en hommes qui connaissent les meilleurs auteurs : jamais ex cathedra^ sachant très bien d'ailleurs qu'il leur suffît d'ouvrir la bouche pour se l'aire écouter. Ils u'ont jamais plein succès auprès des grands parce qu'ils soni eux-mêmes des maîtres. Ils renoncent aux satisfactions de l'a nihil ion, ou n'en foui aucun cas ; leurs hahitudes sonl simples ; dans la retraite ou

dans l'exil, ils tiennent, poui- ainsi dire, une cour à laquelle on se rend en pèlerinage ; ils sonl adorés de leurs amis, la renommée publique les canonise ; pourtant ils planenl dans les hauteurs, ne sont pas populaires quoique célèbres, et portent sur leur froid, un signe, on pourrait dire une étoile, perpétuel rayonnement d'un espril qui dans sa forme et son empreinte demeure sans rival.

Newman, enfin, répond admirablement à la défîniiion qu'il avail lui-même donnée d'un grand auteur. C'esi bien de lui qu'il est permis de dire que

son hul esl de proclamer ce qu'il a en lui ; l'ardeur même qui le presse, quels que soient l'éclat ,n style et l'harmonie de ses périodes, <\n\u\e à sa parole le charme d'une simplicité dont il a le

et. Quel que soil son sujet, relevé ou commun, il le traite toujours d'une manière appropriée à sa nature el pour lui-même. Chacune de ses pages

Page 1