‹ NewmanChapitre 4 sur 17 · VM.VN · texte numérisé non relu

VM.VN

nisme détrôné, mais toujours vivant: L'Antéchrist ». Mais cela ne servait de rien. Rome, en tarif qu'Eglise, était la règle de la doctrine, et pour satisfaire d'impatients disciples il s'imposa la tâche de montrer dans le Tract 90 que les Articles ne pouvaient pas avoir condamné le Concile de Trente.

Il fut aussitôt dénoncé de toutes parts ; l'Angleterre s'enflamma dans un accès de fureur protestante ; à Oxford, le Tract fut censuré comme « une évasion » ; le Mouvement, jusque-là prospère au delà de toute espérance, fut brisé en deux. Une aile continua sa marche vers Rome ; l'autre s'arrêta, flotta un instant, puis s'éparpilla en petits groupes. Le corps principal, maintenu par Pusey et par Keble, resta fidèle à l'Eglise d'Angleterre : mais ce n'était plus qu'une troupe sans chef.

Anthony Froude qui, à dire vrai, n'avait jamais été Tractarien, chercha refuge près de Carlyle. Ward, l'esprit le mieux doué de tous les jeunes disciples de Newman, lâcha son Idéal de l'Église chrétienne, fut « dégradé » en séance solennelle sous les yeux d'Oxford tout entier, et emporta dans les écoles romaines cette puissance de spéculation, cette métaphysique vigoureuse qui mirent Stuart Mill à ses genoux et démolirent le dogme matérialiste de « l'association des idées ». Mark Pattison

LES TRACT ARIEN S

alla grossir les rangs des « libéraux », el lil preuve d'une intolérance farouche toutes les lois qu'il abordait un sujet catholique. C'était, à ce qu'il nous semble, le seul et unique esprit <pii par sa finesse pénétrante, par son goût pour le noble et le grand dans la littérature ancienne et moderne, parson savoir délicat, son détachement des idoles de la place publique, eût pu faire, jusqu'à un certain point, pour la seconde période de la vie de Newman, ce ([n'avait fait llurrell Froude pour ses années de jeunesse. Pattison était tout imprégné de l'esprit du siècle. Si le maître avait réussi à lui imposer son influence d'une manière durable, Oxford et l'Angleterre n'en seraient pas où nous les voyons aujourd'hui, dans un état de langueur < par le

doute agnostique, dans une surexcitation fiévreuse

cendrée par la passion de la jouissance <i de l'argent qui sert à se la procurer. Pattison, eu effet, était par excellence l'homme des temps modernes.

Le Tract 90, bien qu'il soit un jalon dans l'histoire de l'Eglise, n'appartient pas à la littératui Quand l'auteur avail défini ses trente-neuf Article

des lèvres balbutiant des formules ambiguës», il n'avait plus besoin vraiment d'entrer dans l<

détails : son œuvre comme Anglican «'lait achevée. Bientôt, il arrêta la publication de> Tracts^

relira à Littlemorc, s'ensevelit dans sa bibliothèque

et résigna sa cure. Tout l'intérêt de la pièce roule désormais autour d'un seul personnage : que fera, non pas l'Université, mais Newman? Il est toujours le Danois hésitant, jouet des ombres, guettant le présage qui décidera de l'avenir. Toutefois, malgré ses appels à la Providence, Hamlet n'y croyait guère ; Newman, peut-on dire, et ce n'est là « qu'une simple hyperbole », ne croyait pas à autre chose.

Ses Sermons sur des questions du jour, prêches durant cette agonie d'indécision, sont d'un caractère mélangé. Les lire dans l'état d'esprit où ils ont été prononcés, c'est entendre le monologue où sont mises en avant toutes les raisons possibles qui militaient contre l'union avec Rome et pouvaient encore offrir un point d'appui à un homme dont l'idéal était monastique, archaïque, et pardessus tout étranger au monde. A cet égard, Newman ne varia jamais. Quand il met en contraste « la Foi et le Monde », comme des ennemis qui ne peuvent s'accorder, il établit des principes que nous retrouverons dans son discours à Rome trente-six ans plus tard. Il dénonce l'idée « libérale », ou, comme nous dirions aujourd'hui, la conception laïque de la société qui ne tient aucun

LBS TRACTARIE s->

compte de la religion, parce que l'exi d'un

<( autre monde » est pour elle une question ouverte. Son dernier plaidoyer en faveur de l'Eglise établie ne lui apporta aucun réconfort, ni à lui, ni à son petit troupeau : «Nous ne pouvions être comme si nous n'avions jamais été une E ; nous étions une autre Samarie ».

Cette idée s'effaça de son esprit. « De nouvelle s croyances, des opinions privées, des pratiques q Ton invente soi-même: mensonges que tout cela, écrivait-il peu après; la division des Eglises es! la corruption des cœurs . II pouvait bien s'attarder quelque temps encore sur le seuil: mais déjà il avait le visage tourné du côté u*1 l'exil. Écoutons-le lui-même: « Depuis la 6n de 1841, j'étais sur mon lit de mort en tant que m< l'Eglise anglicane ».

Parmi la correspondance de celte pé crise qui dura pr. [uatre ans qu'il

sa sœur Jemima, Mrs John Mozle

- >nl à la hauteur des pins beaux pas

des Sermons, soit de X Apologia. 11 faudrail les parcourir en les mettant en regard de celles qu'Ernesl Renan écrivait à la même époqui

- eur Henriette, pour aboutir à une détermination diam :icnt oppo œllede Newman. Tandis

qu'Henriette encourage son frère, le reprend, le pousse vers un but où elle est elle-même parvenue, l'Anglaise ne peut que demander un délai, ou éclater en tendres remontrances auprès d'un esprit qu'elle révère.

Les deux séries de lettres sont marquées au coin d'une haute distinction, tant au point de vue de la langue que sous le rapport des sentiments ; elles appartiennent à la catégorie des chefs-d'œuvre de la littérature épistolaire. La pureté du style est égale, peut-être, de part et d'autre ; c'est du français ou de l'anglais écrit, non pas en vue de reflet, mais pour exprimer le cœur même de correspondants en train de débattre une décision qui doit être irrévocable. Matthew Arnold aurait appelé cela de la « prose du centre », et il est bien certain que c'est de la prose classique, comme par définition. Trop longues pour les citer ici, les lettres de novembre et de décembre 1844, surtout celles de mars 1845, à l'heure où Newman résignait sa fellowship d'Oriel, renferment des traits de pathétique, et dans le fond une énergie de conviction grave et malgré tout contenue, qui nous émeuvent à la lecture, nous qui ne sommes que des étrangers.

Aucune correspondance anglaise ne ressemble

LES TRACTARIENS 87

exactement à celle-ci. Mais si Ton voulait rapprocher des lettres de Newman celles de Cowper, le cher et malheureux enthousiaste, ce serait encore en faire un éloge suffisant.

Arrivé à Paris le 6 octobre 1845, Renan disait adieu à Saint-Sulpice, quittait l'habit ecclésiastique, et sortait de l'Eglise catholique.

Trois jours après, John Henry Newman y était admis à Littlemore par un Passioniste italien, le Père Dominique.

L'histoire qui a noté la coïncidence, en enregistrera les suites pendant un long avenir.

Le manuscrit de son Développement est là, inachevé, sur la table où il est resté penché sur son travail, parfois jusqu'à quatorze heures par jour. Pour en finir, Newman prit une plume et écrivit celle page immortelle.

« Telles étaient, concernant la << bienheureuse vision de paix », les pensées d'un homme dont la

langue et constante prière avait été pour demander

au Très miséricordieux de ne pas mépriser l'œuvre de ses mains, de ne pas l'abandonner à soi-même, alors que ses yeux étaient troubles encore, sa poitrine oppressée, et qu'il ae pouvait employer que la raison dans les choses de la foi, ESI maintenant, cher lecteur, le temps es! court, l'éternité longue.

N'écarte pas loin de toi ce que tu as trouvé ici ; ne le regarde pas comme simple affaire de controverse d'un jour ; ne pars pas en guerre pour n e réfuter, et ne cherche pas le meilleur moyen de le faire ; ne te laisse pas abuser à cette chimère que ce livre est le fruit du désappointement ou du dégoût, ou de l'inquiétude, ou d'un sentiment blessé, ou d'une sensibilité exagérée, ou de quelque autre faiblesse. Ne te calfeutre pas toi-même dans les associations de ton passé ; ne décide pas que cela est vrai que tu préfères être vrai, et ne te fais pas une idole de tes préjugés et de tes désirs. Le temps est court, l'éternité longue.

Nunc dimittis servum iaam, Don::

Secundum verbum tuum in pace ;

Quia videvunt oculï mei saluiare luiim ».

Page 1