‹ NewmanChapitre 7 sur 17 · Chapitre IV · texte numérisé non relu

Chapitre IV

APOLOGIA riiO VITA SUA

En 1864, l'Angleterre possédait trois maîtres éminents, on eût dit autrefois trois prophètes, remarquables par la vigueur et l'éclat de leur parole, par l'ardeur de leurs convictions, par la ferme résistance qu'ils opposaient aux axiomes, aux dogmes, el aux conclusions du credo libéral dominant. Quelque divergence qu'il y eût entre eux sur certains points d' grande importance, ils

étaient d'accord pour dénoncer la morale et 1 Domique utilitaires ; la vertu réduite à n'être plus que la conduite d'un économe prudent qui rentre tot ou tard dans ses avances et accumule les intérêts; la religion, simple forme de respectabilité, partant, pharisalsme pur : bref, tout ce qui constituait ce fameux système des « lumières » lié depuis Adam Smith jusqu'à l'école de Manchesb

Ces critiques du « progrès » conçu à la mam<

de Bentham, étaient Carlyle, Rus kin et Newman.

Effacez du dix-neuvième siècle leurs noms el leurs œuvres : vous le dépouillerez de ce que l'Angle terre regardera au vingtième comme son trésor de sagesse pour tout ce qui concerne la vie, la conduite, l'art, l'industrie ; vous en ferez disparaître toutes ces formes de l'idéal par où nous relevons de l'Infini et de l'Eternel. Voilà qui est bien clair et au-dessus de toute contestation possible. Mais au cours de cette même année 1864, chacun de ces grands hommes était devenu pour la foule une pierre d'achoppement et un rocher de scandale. Newman, surtout, la réaction incarnée, Newman qui avait déserté son église pour passer à une autre où cet ange de lumière était frappé d'anathème, se voyait d'une part tenu en suspicion, de l'autre toujours considéré comme le traître de 1841 et de

Il dut sa réhabilitation, non pas à un ami, mais à un adversaire auquel il était loin de songer. Le frère cadet d'Hurrell Froude, James Anthony, n'avait jamais été catholique de sentiment, malgré sa liaison passagère avec Newman, au temps où il était encore simple étudiant à Oxford. Ses croyances religieuses restèrent toujours vagues et confuses ; mais quelle qu'en fût la nature, il y me-

APOLOGIA Pirn VITA SUA 129

lail une haine de l'Eglise de Rome qui laissait loin derrière elle le puritanisme le plus outré. Il se rencontrait dans ces sentiments avec ( lharles Kingsley, dont le roman d'aventures : Westward II<>, respire un profond mépris pour tout ce qui es! catholique, et se ressenl furieusement des passions «lu siècle d'Elisabeth, comme s'il avait été composé au temps où l'Armada espagnole remontait le Détroit.

11 est un poème de premier ordre, d'un style admirable, (Tune imagination enchanteresse, où cet esprit de haine revêt un éclat et se rehausse d'un charme auxquels ne pouvait résister un homme qui, comme Charles Kingsley, ignorait ou connaissait à peine les membres «le l'ancienne religion : nous Nouions dire la Reine des de Spenser.

On a surnommé Spenser l'Ârioste puritain ; Kingsley faisait de ce poète sa lecture favorite. L'atmosphère échauffée de la polii ique d'Elisabeth suggéra au romancier, pendant qu'il s'absorbait dans la contemplation de ces reculés, l'idée

de les l'aire revivre dans toute l'intensité de leurs

couleurs.

Proude faisait de même à sa manière. Singulièrement pittoresque, et non moins inexact, plein de traits charmants, mais d'un charme trop souvent trompeur, il venait de commencer à publier sa

version, vrai conte de fées, du divorce de Henri \ III et de la lutte de la reine Elisabeth contre Rome. Mais qu'est-ce que tout cela avait à voir avec Newman ? Rien en apparence ; et cependant, il se tenait à l'arrière-plan, pour cette génération d'Anglais. comme une force incalculable, représentant la puissance contre laquelle leurs pères s'étaient révoltés. Il appelait de tous ses vœux la ruine de l'Etablissement de la Réforme : l'ennemi, maintenant, c'était lui, comme c'avait été jadis Philippe IL le jésuite Parsons, ou le rigide Pie V.

De plus, comme le montre assez clairement Hgpatie, Kingsley détestait les écoles et les saints d'Alexandrie auxquels il reprochait d'avoir corrompu la morale chrétienne par le célibat et le monachisme : or, si jamais Alexandrin écrivit en anglais, ce fut incontestablement Newman. Mais à toute querelle, si bien préparée qu'elle puisse être, il faut toujours chercher une occasion. Kingsley en trouva une au cours d'une étude critique qu'il consacrait à Y Histoire d'Angleterre de Froude. Il soutenait « qu'un acte, — tel que le mariage de Henri VIII avec la veuve de son frère, — peut constituer ou non un crime au gré de la volonté du Pape », et là-dessus il demandait : « Quelle règle de moralité, quelle loi éternelle du bien et du

>OLOGIA PRO VII ■ 131

mal pourraient donc subsister dans les cœurs d'hommes nés el éle l'ombre d'une si infâme

superstition ? »

De la verdi (le pureté, il passait à la vertu de vérac w elle-même, déclarait-il,

n'a jamais été la vertu du clerg main. Le P. Newman nous apprend quelle peut et, en somme, qu'elle doit n'en pas être une ; que la ruse esl l'arme dont le ciel a muni les saints pour résister à la force brutale du momie marnais où les enfants du siècle " se marient el sont donnés en mariage . nue doctrinalement .son idée soit fanon correcte, historiquement, du moins, il en ainsi . Ni référence, ni preuve d'aucune a'ac< o .: | i ;imienl ee p. la légèreté qui

le caractérise, M. Fronde l'ait dire à Kingsleyq

le clergé catholique ne plaçait pas la véracité parmi les vertus les plus hautes », et que Newman en convenait ». Nous venon tail au juste l'accusation. Elle eût mis du temps à parvenir à l'accusé si an ami de Scarborough n'avait envoyée Newman le numéro de janvier 1864 • In Macmillari't Magazine, dans lequel elle avait paru. Il écrivit aux éditeurs, appelant leur attention, en leur qualité de gentlemen, sur une calomnie grave el toute gratuite : il oe demandait d'ailleurs

aucune réparation, et ne songeait même pas & se

plaindre de l'auteur ou du gérant capables de produire une allégation pareille sans apporter une seule preuve à l'appui. Kingsley répondit : « Oue mes paroles fussent justes, c'est ce que je croyais d'après quantité de passages de vos écrits. Mais le document auquel je me référais expressément, c\ -l un de vos « Sermons sur des sujets d'actualité », n° xx, contenu dans le volume publié en 1844, et intitulé : Sagesse et innocence ».

Et il terminait en disant : « Je suis très heureux d'apprendre de vous-même (comme votre lettre me le donne à entendre), ce que vous voulez dire, et je serai très heureux, quand vous m'aurez montré en quoi je vous ai fait tort, de rétracter mon accusation aussi publiquement que je l'ai portée ». Sir Leslie Stephen, qui le connaissait bien, a noté que Kingsley « était un homme aux sympathies très vives et très généreuses », mais, comme il en donna la preuve à l'occasion de la controverse ainsi engagée, sans la moindre « rigueur logique ». Invité à justifier une accusation précise et catégorique, il cherche à rejeter le fardeau de la démonstration sur celui qu'il a accusé. En fait de référence, il le renvoie, non pas à un passage nettement spécifié, mais à tout un long discours de dix-sept pages,

discours D'appartenant (railleurs à la période catholique de la vie de Newman ni par le temps, ni par le lieu où il avail été prononcé. Il lui indique en même temps passim ses autres écrits, vingtquatre volumes à cette date '. Newman, avec un mélange de gravité el d'ironie, releva celle étrange conduite de son adversaire, secontentanl d'ajouter : « Au reçu de votre lettre, quand je l'ai vue signée de votre nom, je suis resté confondu ».

A une tierce personne qui offrait sa médiation, il en disait un peu plus long : « .le suppose en vérité, que depuis l'imposture fameuse par laquelle Titus Oates a illustré son nom, il n'est rien de si ign >l)!e donl un catholique ne doive s'attendre à être cru capable par i\t-> protestants, d'ailleurs honorables el de sens droit ». Malgré tout, - pour un écrivain occupé à faire la critique de faits historiques définis du seizième siècle, s'écarter de son chemin pour dire de moi : << Le P. Newman nous apprend que la véracité pour elle-même peu! et, en

orne, doil ne pas êl re une vertu pour l<v clerç romain », et là-dessus, jouer au bel espril el jongler avec les antithèses quand la vérité <v-d en cause, c'esl un procédé d'un caractère si extraordinaire qu il m'amène à reprendre la parole bien connue et <» m écrier : ■■ () vérité ' que de mensonges on dé-

bite en Ion nom ! » C'étaient là de terribles paroles. Comment expliquer « une inadvertance aussi gra que celle où était tombé Kingsley ? C'était

affaire, non celle de la partie innocente; mais Newman donnait à ses adversaires un avertis ment loyal. « Qu'ils se mettent en devoir, écrivait-il, de prouver leur allégation, ou, s'ils trouvent la chose impossible, qu'ils le disent : dans un cas comme dans l'autre je les appellerai des hommes ». Que s'ils cherchaient, au contraire, à étouffer l'affaire en publiant partout qu'il s'était « plaint » ou « qu'ils cédaient à ses lettres, à ses réclamations, représentations et explications », ils feraient mieux de laisser tout cela tranquille, « car une demimesure n'arrange jamais rien ».

Kingsley devait maintenant se rendre un compte exact de la situation qui lui était exposée dans cette lettre avec une clarté magistrale. Il prit quelque temps pour répondre. Il est probable qu'il consulta Froude ; selon toute apparence aussi, se tenaient dans la coulisse tous ces donneurs d'avis qui, ne jugeant pas encore à propos d'entrer en scène, le pressaient d'attaquer. Il fut si mal conseillé qu'il refusa de fournir des preuves définies et particulières de l'accusation où il s'était fourvoyé.

APOLOGIA PI!" VJTA SUA l:>">

Il écrivait : « Comme à mon lr< ad plaisir

je sens nu (on de vos lettres (beaucoup plus qu'à leur Fangage), que je me suis trompé sur h de

vos paroles, j'envoie sans retard au Macmillan's Magazine les quelques lignes que vous trouvt pea ci-jointes ».

Newman, avec une habileté merveilleuse, s'en lint à son role de spedaleur désinl : ce <|ue

tail <• >'!e ^\cw^., il le lui lit bien voir dans une page brillante. Kingsley disait: « Le D1" Newman a exprimé par lettre, dans les termes les plus éuer-

,11 -s son désaveu du sens que j'ai atladi ' à ses paroles ». — « L'opinion publique, répliquait

wman, interpréter;) ainsi votre façon de di: interprétation inexacte, je le veux bien, mais malbeureusemeni trop probable : « .l'ai m

iu I)r Newman, comme il m'avail soon

Klrails de ses ouvi el il leur a

attaché le sens qu'il regar ame le seul légi-

time, à l'exclusion formelle de celui dans lequel je l< s ai compris ».

C'était bien là. en effet, ce que Newman avait exigé de Kingsley : mais celui-ci n'en faisait rien. Ht reprenant s;i défense, il continuait en ces termes : Nul ne sail mieux l'usage d I» D1 Newman : nul, par conséquent,

autorisé quo lui à définir exactement ce qu'il veut dire ou ne pas dire ». Ici, l'interprétation populaire traduirait : « Il a fait cela avec l'habileté consommée d'un homme passé maître dans l'art de l'escrime verbale, qui sait aussi bien qu'homme vivant la manière d'insinuer une doctrine sans se compromettre à fond ».

Enfin, venait l'amende honorable : « Il ne me reste donc plus qu'à exprimer mon sincère regret de m'être si gravement mépris sur son compte, et mon plaisir sincère de le trouver sur ce point, comme sur tout le reste, du côté de la vérité ». Et Newman de répondre : « Voici comment l'on traduira: « Tout en regrettant sincèrement de m'être si gravement mépris sur le véritable sens que comportaient, m'assure-t-il, ses paroles, je ne puis cependant m'empêcher d'éprouver en même temps un plaisir sincère de l'avoir amené, chemin faisant, à confesser qu'après tout la véracité est une vertu chrétienne ».

Kingsley protesta contre cette manière de l'entendre, retira deux passages, mais n'en continua pas moins de soutenir « qu'en se référant publiquement au sermon sur lequel reposaient ses assertions, il avait fourni, non seulement à Newman, mais à tout le monde, une occasion de juger de leur

injustice ». Et il ajoutait : « Cela fait, après avoir pté franchement de reconnaître, sur votre parole, que je me suis trompé, j'ai fait toui ce qu'un gentleman anglais esl en droit d'attendre d'un autre gentleman comme lui ».

Newman répondit, dans une lettre très calme adressée à MM. Macmillan où il citait à L'appui de sou sentiment L'opinion «Tun tiers, qu'une défense présentée dans ces termes était de nature à égarer L'opinion et insuffisante de toul point. Mais c'esl sous celte forme qu'elle parut le 1" février L864.

Nous avons cru nécessaire de donner, autant qu'il pouvait Tôtre, le texte sur Lequel Newman basa les Réflexions o dont il fil suivre la publication de celle extraordinaire correspondance. Car il fit imprimerie toui immédiatement. Ces« Réflexions »

prirent le monde d'assaut. \\ec une tiii'1 pointe

d'ironie, mais aussi avec une impitoyable précicision, elles retournaient contre Kingsley ses propres batteries. Le sermon en litige n 'avail pas été prêché par un prêtre catholique : Newman n'avait jamais dit ce dont on L'accusait, ni à l'époque où il était encore protestant, ni depuis qu'il était catholique : el pourtant, sun accusateur laissai! de côté ce point, c'esl à dire la question principale ; il le complimentai! sur son - ton ■ et, à la tin,

acceptait « la parole d'un professeur de mensonge » l'assurant qu'il n'était pas un n ir. Ils « étaient

l'un et l'autre des gentlemen anglais ». Mais alo lequel des deux parlait donc contre sn pen « La prédication sans la pratique : thème commun des satiriques depuis Juvénal jusqu'à Walter Scott ! » concluait Newman, et il empruntait aux Aventures de Nigel cette mordante citation : « Oh ! Geordie, Geordie Tintin, il faisait beau entendre Bébé Charles discourir sur le crime de la dissimulation, et Steenie raisonner sur la turpitude de Tincontinence ! »

Forcé dans ses derniers retranchements, mais toujours soutenu par des alliés invisibles qui lui venaient du vieux camp anti-tractarien, Kingsley contesta la loyauté des procédés de son adversaire ; il s'autorisa du titre et des « Réflexions » de la brochure de Newman pour mener une nouvelle attaque en quarante-huit pages contre tout ce qu'avait publié le leader d'Oxford. « Que veut donc dire le Dv Newman ? » C'est ainsi qu'il posait la question. Cet acte d'accusation parut vers la fin de mars. Le sujet parcouru était vaste : mais il n'y avait pas à se méprendre sur le sens de la conclusion. « Dorénavant, disait Kingsley, je suis, autant qu'un honnête homme peut l'être, dans l'incertitude et la

crainte louchant toute parole que peut écrire le I)r Newman. Comment puis je garantir que je ne is pas la dupe de quelque artifice compris dans Tune ou l'autre de ces tr< es d 'équivoque

que S. Alphonse «le Liguorî et ses discipl is présent comme permises? Qui me prouve qu'en se récriant : « Le penser 1 Je ne l'ai jamais dit ! » le Dr Newman n'entend pas dire: « Je ne le disais pas, mais je le pensais ? »

Arrêtons-nous ici, ci notons que c'était (ajustement L'interprétation, repoussée par Newman, du paragraphe de Kingsley commençant ainsi : « Nul ne sait mieux l'usage des mots que le Dr Newman » ; a [ces avoir protesté contre cette manière d'entendre • paroles, voici maintenant (pic notre écrivain l'adoptait, 11 faisait môme beaucoup plus. Selon le mol de Ne t, et la métaphore n'arien d'ex-

il empoisonnait les sources ». Quelle que fût la doclrinc de S. Alphonse de Liguorî ou de n'importe quel autre <! ir le chapitre de

l'équivoque, c'était leur affaire el non la sienne. Kingsley n'avait pas l'ombre d'une preuve établirai la culpabilité de L'accusé, el encore moins l'autorisant à le présenter au mon imme un

homme qui use d'équivoques, en bon anglais, ame un menteur en principe el i n théorie.

En louL cas, c'est ce qu'on allait bientôt voir. La déplorable brochure a fait planer un nuage, non sur celui qu'elle dénonçait, mais sur le dénonciateur lui-même. Kingsley s'était laissé furieusement

égarer par la passion, et n'avait jamais eu, malgré son incontestable talent, ni sens eritique, ni philosophie. Sa mauvaise fortune le conduisait à employer contre l'esprit le plus élevé et le plus profond alors existant en Angleterre des armes qui se brisèrent à la première rencontre. Là pourtant n'était pas sa faute capitale. Il aurait du se souvenir que ce qui fait de nous des hommes, c'est la confiance réciproque ; que plus qu'aucun autre de ses contemporains, Newman avait donné des gages à la vérité. Quel motif> en effet, avait bien pu le décider à sacrifier position, fortune, avenir, pour courir après le déshonneur et passer sa vie dans l'exil, loin d'un monde qui lui aurait prodigué ses faveurs, si seulement il avait consenti à parler son langage?

Quoi, sinon l'immolation au devoir et la profession courageuse, intrépide, d'une croyance profondément impopulaire ? Là-dessus point d'équivoque.

Newman, au fond du cœur, supporta l'outrage en chrétien, avec un calme dont on lui a fait presque un reproche, comme si, à moins d'être coupable, il eût dû frémir davantage sous l'affront. Au point

<lr vue moral, sa conduite toucha peut-être d'aussi près à la perfection, qu'elle fut hardie el féconde en résultats décisifs.

Il décida de répondre sans retard dans un ouvrage <|ui, paraissanl par fascicules, aurail toute la rapidité d'action d'une brochure et, une fois achevé, toute la durée «l'un monument. De tout (mips il avait montré une incroyable force de résistance à la fatigue de l'effbrl le plus prolongé. Ses facultés allaient maintenant être mises à l'épreuve. Le jeudi de chaque semaine, du "il avril au 3 juin, il lit paraître successivement les sept parties de V Apologia pro vita sua.

C'était l'accomplissement de la promesse tacite qu'il s'était faite, au cas improbable où il viendrait à être provoqué par un adversaire de valeur, de ne pas se dérober à son devoir, mais de relever le défi, et de plaider sa cause à la barre de l'Angleterre. Cette occasion, il la tenait. La question de Kingsley lui traçait les grandes lignes de la réponse à faire. « Mon adversaire me demande quelle <i>l mon intention. 11 ne s'agit plus de mes paroles, de mes arguments, de mes actions : il est question de cette intelligence vivante par laquelle j'écris, je raisonne, j'agis. Il m'interroge sur mon esprit, sur ce qu'il croit, sur ce qu'il sait. .I<( lui

répondrai.... Jl faut que je donne la véritable clef

de toute ma vie ; il faut que je montre ce que je suis, pour qu'on ne prenne plus peur du fantôme qui tient un si étrange langage sous mon nom... Je vainerai, non mon accusateur, mais mes juges ». Vaincu, son accusateur Tétait déjà. La cita (ion qui précède est empruntée à la seconde partie. La première ne comprenait que vingt-quatre pages, à peu près entièrement supprimées dans les éditions suivantes. Elles infligeaient au coupable un châtiment mérité, sans aucun doute, mais d'une rigueur que n'eût pas désavouée Rhadamanthe. Kingsley, par sa façon d'agir, ne donnait-il pas un exemple de cette déloyauté qu'il reprochait à son adversaire? En cherchant à critiquer les actes et les écrits de Newman, ne montrait-il pas que tout ce qu'il avait pu faire pour approcher aussi près que possible de la vérité, c'avait été de commettre un mensonge ? « Un homme modeste ou un philosophe, observait l'accusé, se serait fait scrupule de traiter avec dédain et sur le ton de la raillerie, comme le fait M. Kingsley en ce qui me concerne, des principes et des convictions qui, à les supposer même contraires à ses sentiments, n'en avaient pas moins été soutenus pendant longtemps et par une foule de croyants : — les croyances, les

Page 1