‹ Newton ForsterChapitre 12 sur 37 · I. TROIS. ÉD1T · texte numérisé non relu

I. TROIS. ÉD1T

elle sur-le-champ , mais elle se leva brusquement et se trouva ferme sur ses jambes.

— Etes-vous mieux à présent, ma chère miss Tawistock? lui demanda mistriss Fergusson d'un air compatissant, en jetant un coup d'œil aux autres dames, qui pouvaient à peine s'empêcher de rire.

— Oh , docteur Plausible ! quel choc j'ai éprouvé! — Je vais encore m'évanouir, je le sens.

— Appuyez-vous sur mon bras, miss Tawistock , et permettez-moi de vous conduire dans votre cabine. — L'extrême susceptibilité de vos nerfs, ajouta le docteur en sortant, ne peut supporter les remèdes violents de mistriss Fergusson.

A l'instant où ils sortaient, Newton Forster entra.

— Je vous prie de ne pas vous alarmer, mesdames ; mais le capitaine Drawlock m'a chargé de vous dire que les manœuvres de la frégate qui est en vue sont si équivoques, qu'il y a lieu de croire que c'est un vaisseau ennemi; il m'a donné ordre de vons conduire sur le premier pont, où vous serez à l'abri de tout accident, s'il arrivait qu'il y eût un engagement.

— Monsieur Fergusson , le capitaine confie ces dames à vos 6oins, et ii vous requiert de ne les quitter pour aucune raison que ce puisse être.

— Mistriss Fergusson, voulez-vous bien accepter mon bras ?

A cette nouvelle., Laure ouvrit de grands yeux, Charlotte fondit en larmes, et Isabelle pâlit. Mistriss Fergusson, sans dire un seul mot, prit le bras de Newton , et il offrit l'autre à Isabelle, qui l'accepta. M. Fergusson, avec les deux autres sœurs, fit l'arrière-garde. Les dames eurent à passer sur le gaillard d'arrière, et quand elles virent tous les préparatifs qu'on faisait pour un combat naval , les canons qu'on chargeait, les boulets, les gargousses, les mousquets, les piques, etc. , leurs craintes redoublèrent. Après les avoir conduites en lieu de sûreté, Newton allait remonter sur le pont, quand Laure et Charlotte le saisirent chacune par un bras, et s'écrièrent en même temps : — Restez avec nous, monsieur Forsîer ! Ne nous abandonnez pas!

Newton jeta un regard suppliant sur Isabelle, comme pour implorer son appui.

— Fi donc, Charlotte ! s'écria-t-elle, voudriez-vous empêcher M. Forster de faire son

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devoir? — A quoi pensez-vous, ma chère Lan re? M. Forster ne peut nous être ici d'aucune utilité, et il a ses fonctions à remplir sur le pont.

Les bras de Newton furent mis en liberté. — Je n'ai pas le temps de vous faire mes remerciements, miss Isabelle, s'écria-t-il ; ne pas être sur le pont en un pareil moment !. . .

— Je le sens, monsieur Forster; ne perdez pas un instant ! Montez, je vous en prie.

Newton partit, après avoir reçu d'Isabelle un regard qui l'aurait animé de courage, s'il en avait manqué. Laissant M. Fergusson avec les dames, nous suivrons Forster sur le pont. La frégate était arrivée sous ses bonnettes jusqu'à environ trois milles du convoi , et alors elle arriva un peu, examinant évidemment la frégate qui lui était opposée Les bâtiments du convoi s'étaient formés en lignes serrées, le signal privé entre les vaisseaux de guerre anglais et les bâtiments de la Compagnie étant déployé au haut de leurs mâts.

— Fort étrange qu'elle ne réponde pas au signal privé, dit le colonel à M. Jones.

— Comment peut-elie y répondre , si elle ne le connaît pas?

— Vous êtes donc sûr que c'est une frégale française ?

— Je n'en suis pas sûr, mais je le parie dix contre un. — Bien entendu que la gageure est nulle , si l'un de nous deux est tué.

— Je vous remercie, je ne parie jamais.

— Que pensez-vous de cette frégate, monsieur Mathews? demandait de son côté le capitaine.

Elle a été construite et gréée en Angleterre, monsieur, j'en ferais serment. — Regardez les taquets de ses basses vergues , et l'envergeure de ses voiles de hunes. Eile peut être française à présent ; mais le bois dont elle est construite a été coupé dans notre pays.

— Je le crois comme vous, dit Newton; voyez la quête de sa poupe. — Elle est anglaise d'un bout à l'autre.

— Pourquoi donc ne répond-elle pas au signal privé? demanda le capitaine.

— Elle est au lit du vent, monsieur, et elle ne voit notre signal que de côté.

— Elle fait un signal au commodore , monsieur , s'écria M. Mathews.

— Et le commodore y répond , dit Newton.

— Et il fait mettre une embarcation en mer , reprit Mathews.

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— C'est une frégate anglaise, comme je le disais, dit le capitaine. Il faut en informer les dames.

— Je m'en charge , répondit le colonel. Et il descendit à la hâte sur le premier pont pour leur porter cette bonne nouvelle.

La frégate arriva et mit en panne. Le Commodore du convoi se rendit sur son bord , et il apprit qu'elle croisait dans ces parages pour intercepter quelques bâtiments hollandais armés en flûte et chargés d'approvisionnements, qu'on supposait avoir mis à la voile de Java. Au bout d'un quart d'heure, elle remit à la voile, et laissa les bâtiments de la compagnie des Indes libres de continuer leur course.

Que faisaient pendant ce temps le docteur Plausible et miss Tawistock? Le docteur avait eonduit la dame dans sa cabine, l'avait placée sur un sofa, et lui tenant la main dans une des siennes, il lui tâtait le pouls de l'autre.

— Ne vous alarmez pas., miss Tawistock, tâchez de vaincre votre extrême sensibilité ; avec des nerfs comme les vôtres , je ne conçois pas ce qui a pu vous déterminer à entreprendre un voyage si long et si dangereux.

— Oh, docteur, toute faible que je suis, il

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n'y a rien que je ne sois capable d'entreprendre quand une forte affection m'y porte — Mon cœur est dans les Indes , docteur Plausible.

— Celni qui le possède est bien heureux, dit le docteur en soupirant.

— Cclu^ docteur! vous vous méprenez. Vous imaginez-vous que je serais partie d'Angleterre pour aller trouver un homme ? IN on, en vérité. Je ne suis point partie par spéculation, comme certaines jeunes personnes.' — Dieu merci, je ne manque de rien; j'ai mon équipage, et un bel établissement de maison.

Cesderniers mots ne déplurent pas au docteur.

— Ainsi donc, ma chère miss Tawistock, c'est véritablement une amie, — une personne de votre sexe que vous allez joindre ?

— Une amie d'enfance. C'est pour la serrer dans mes bras que j'ai entrepris ce fatigant et ennuyeux voyage.

— Quelle affection désintéressée ! un cœur comme le vôtre est un trésor, miss Tawistock. — Heureux celui qui sera votre époux !

— Mon époux! oh, docteur Plausible, ne parlez pas ainsi ! je suis convaincue, parfaitement convaincue que ma constitution n'est pas assez forte pour que je songe à me marier.

La réponse du docteur fut trop prolixe pour pouvoir la rapporter. C'était une dissertation médico-matrimoniale très curieuse, qui se termina par une déclaration d'amour en toute forme, et par la demande de la main de miss Tawistock. Elle jugea devoir s'évanouir encore une fois; le docteur se jeta à ses genoux et lui baisa la main avec transport ; et enfin elle murmura son consentement à voix basse, et retomba sur le dossier de sa chaise, comme épuisée par cet effort.

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