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CHAPITRE XIV

Quelques jours après cet entretien avec son oncle, Newton parcourait rapidement les rues de Londres , pour acheter divers objets dont il avait besoin de se pourvoir pour son second voyage dans les Indes , quand il fut arrêté par un homme dont les traits ne lui étaient pas étrangers , mais qui lui serra la main avec force avant qu'il eût eu le temps de le reconnaître.

— Mon cher monsieur Forster , je suis si ravi de vous voir! j'ai appris avec tant de plaisir l'honneur que vous vous êtes fait dans votre rencontre avec l'escadre française! Mistriss Plausible sera enchantée de rencontrer son ancien compagnon de voyage, car elle parle sou-

vent de vous. Mais il faut que je m'assure de vous, continua le docteur en tirant de sa poche un gros paquet de cartes d'invitation, sur l'une desquelles il écrivit au crayon le nom de Newton Forster. C'est une invitation à notre conversazione pour demain soir, et il faut que vous nous fassiez l'honneur de l'accepter. Nous aurons tous les savants du jour, et une partie de notre noblesse, sinon quelque chose de mieux. Au surplus vous verrez. Dirai-jeà mistriss Plausible que vous viendrez , ou serez-vous assez cruel pour la désappointer ?

— Je me rendrai certainement à votre invitation, docteur, si cela m'est possible; je présume que l'heure n'est pas très précise ?

— Oh non ; entre neuf et dix heures. Mais si vous désirez voir le grand monde, onze heures est le meilleur moment.

— Eh bien , docteur, le moment qui convient au grand monde me conviendra aussi. J'espère que mistriss Plausible se porte bien ?

— Parfaitement, je vous remercie. Mais je suis très pressé, adieu !

Le docteur Plausible partit avec tant de précipitation, que Newton le suivit des yeux pour voir quel était le motif de cette course

rapide. Il le vit bientôt accoster un autre passant, et faire une répétition complète de la scène qui venait d'avoir lieu.

Il faut maintenant que nous retournions sur nos pas pour informer le lecteur de tout ce qui s'était passé depuis que miss Tawistock avait accepté l'offre de la main du docteur Plausible à bord du Château de Bombay. Lorsqu'ils furent débarqués à Madras , l'ancienne amie de miss Tawistock, qui demeurait dans une autre partie de l'Inde, avait prié une de ses connaissances de donner l'hospitalité à sa compagne d'enfance jusqu'à ce qu'elle eût pu prendre des mesures pour venir la joindre. Cette dame fit le meilleur accueil à miss Tawistock, et la reçut chez elle. Mais les projets de miss Tawistock avaient changé, et elle ne songeait plus à son attachement ardent pour l'amie de ses premières années. Elle lui écrivit pour lui annoncer son prochain mariage, en ajoutant qu'elle regrettait que, les affaires du docteur Plausible exigeant son retour immédiat en Angleterre , elle fût obligée de repartir sans aller la voir. Sa lettre était assez froide, et sa chère amie ne daigna pas même y répondre. Huit

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