‹ Newton ForsterChapitre 6 sur 37 · II. TROIS. ÉD1T · texte numérisé non relu

II. TROIS. ÉD1T

5o NEWTON FORSTER,

avait un léger tremblement dans la voix d'Edouard, et son frère parut touché. Après un silence dune minute : — Humph ! dit John, sotte affaire, mon frère; très sotte affaire! Quand Nicolas et son fils vinrent s'adresser à moi l'autre jour, la chose était toute simple. C'étaitmon frère, c'était mon neveu: mais réellement, me mettre sur les épaules l'enfant d'un autre ! —

— Quand il aura plu au ciel de me retirer de ce monde, John; pas auparavant.

— En ce cas, puissiez-vous vivre mille ans ! comme disent les Espagnols. Quoi qu'il en soit, frère Edouard , il ne faut pas que cette pauvre créature meure de faim, et si c'est moi qui dois en prendre soin après votre mort, tout ce que je puis dire, c'est que je serai doublement fâché de vous perdre. — Approchez, petite ; comment vous nommez-vous ?

— Ambre, monsieur.

— Ambre! qui diable vous a donné ce nom ridicule?

— C'est moi, mon frère; j'ai cru qu'il lui convenait parfaitement.

— Humph ! je ne vois pas pourquoi. Que ne l'avez-vous nommée Sukey, ou choisi quelque autre nom chrétien ? >— Ambre ! — - L'ambre

OU LA MARINE MARCHANDE. 5l

n'est-il pas une gomme ? Voyons ce qu'en dit Johnson.

— Le procureur prit un volume in~4° dans sa bibliothèque, et lut ainsi qu'il suit : Ag — Al — Am — Ambassadeur — Ambassadrice — Ambre > — ■ m'y voici : « Substance jaune et transparente, ayant la consistance de la gomme ou du bitume, mais ayant un goût de résine, et une odeur semblable à l'huile de térébenthine. » — Humph ! « On la trouve principalement dans la mer Baltique ou sur les côtes de Prusse. Les uns pensent qu'elle est formée par les pleurs des oiseaux; d'autres, que c'est l'écume du lac Céphésisprès de l'Atlantique; plusieurs prétendent que .c'est une congélation qu'on trouve dans quelques fontaines, où elle nage comme de la poix. » — Réellement, mon frère, ajouta-t-il en fermant le livre et en fixant les yeux sur la petite fille, je ne vois aucune analogie entre tout cela et cet enfant.

— Eh bien , mon frère, soyez son parrain. Donnez-lui tel nom qu'il vous plaira.

— -Humph!

— Papa, demanda Ambre à Edouard, que signifie humph î

— Adieu, monsieur, dit Ambre en s'approchant du procureur.

- — Adieu, mon enfant, dit-il en la regardant en face; et comme si la vue de ses jolis traits pleins d'expression eût fondu la glace qui semblait entourer son cœur, il ôta ses lunettes et l'embrassa.

— Humph ! dit John Forster, dès que la porte de son cabinet fut fermée ; et remettant ses lunettes, il continua l'examen des pièces qui étaient devant lui sur son bureau.

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