‹ Newton ForsterChapitre 8 sur 37 · II. TROIS. ÉD1T · texte numérisé non relu

II. TROIS. ÉD1T

de hauteur à quel motif il devait l'honneur de le voir chez lui. Cette question augmenta la confusion du colonel, et, perdant sa présence d'esprit, il répondit qu'il avait espéré trouver mistriss Sullivan, mais que, si elle n'était pas visible, il saisirait une occasion plus favorable.

— Et puis-je savoir, monsieur, quel est le motif de votre visite à ma femme?

— Le fait est, monsieur, que j'avais quelques excuses à lui faire, ec.. . .

— Je me chargerai de les lui offrir de votre part, monsieur, dit M. Sullivan, en fermant la porte. Puis-je vous demander ce qui a rendu ces excuses nécessaires ?

— Réellement, monsieur Sullivan, dit le colonel encore plus confus, vous devez savoir qu'il y a des circonstances... de malheureux moments.... Dans le fait, comme officier et comme homme d'honneur, j'ai cru de mon devoir de venir exprimer mes regrets à votre charmante épouse de ma conduite envers elle hier soir.

— De votre conduite envers elle, monsieur! Damnation ! Et qu'avez-vous donc fait?

— En vérité, monsieur, le vin m'avait tellement monté à la tête, que je ne me rappelle

OU LA. MARINE MARCHANDE. 6h

rien de ce qui s'est passé. Quoi qu'il en soit, je venais pour offrir mes excuses; mais comme il paraît qu'elle n'est pas visible, je crpjs avoir rempli mon devoir comme officier et homme d'honneur, en vous priant de lui exprimer tout mon regret. — Et maintenant, monsieur, je vous souhaite le bonjour.

— Bonjour, monsieur, dit Sullivan en lui ouvrant la porte, et faites attention que je vous prie de ne pas réitérer votre visite. Et pendant que le colonel descendait l'escalier, il s'avança sur le palier, et s'écria : William! mettez monsieur à la porte !

Le colonel se retourna en entendant ces mots, mais il ne vit plus M. Sullivan; et continuant à descendre, il sortit de la maison.

Dès qu'il fut parti, Sullivan monta dans l'appartement de sa femme, qu'il trouva faisant une lecture.

— Madame, lui dit-il en fixant les yeux sur elle avec sévérité, j'ai été informé de tout ce qui s'est passé hier soir , et . .

— Que s'est-il donc passé? Vous vous êtes enivré; c'est tout ce que j'en sais.

— J'en conviens, madame, vous en avez profité, et votre conduite. . . .

— Ma conduite, monsieur! s'écria rnistriss Sullivan rougissant de colère.

— Oui, madame, votre conduite. — Une femme qui souffre qu'un homme...

— Que voulez-vous dire, monsieur? Etesvous bien sûr que les fumées du vin ne vous montent pas encore au cerveau ?

— Très sûr, madame. — Mais votre sangfroid ne vous servira de rien. Niez, si vous l'osez, que le colonel Ellice ne vous a pas, hier soir. ...

— Eh bien, je le nie. Ni le colonel Ellice, ni qui que ce soit , ne m'a jamais

— Ne vous a jamais quoi , madame?

— Ne m'a jamais manqué de respect, répondit la dame, dont le sang-froid augmentait dans la même proportion que la fureur de son mari. Puis-je vous demander qui est l'auteur de cette calomnie?

— Qui, madame? Regardez-moi en face.

— Eh bien, monsieur, je vous regarde.

— Le colonel lui-même.

— Le colonel?

— Oui, madame, le colonel. Il est venu ce matin pour vous voir, et renouveler sans doute

son intimité avec vous. 11 m'a trouvé dans le salon , et il a fait des excuses de sa conduite.

— Rien n est plus étrange! Le colonel me manque de respect sans que je le sache, et il vous en fait des excuses! En vérité, monsieur Sullivan , je crains que votre tête ne soit pas encore bien remise des fatigues qu'elle a éprouvées hier soir.

— Ne songez pas à plaisanter, madame, et ne crovez pas que je sois aveugle. — Une femme honnête, une femme vertueuse, mistriss Sullivan, aurait sur-le-champ informé son mari de tout ce qui s'était passé; — elle n'aurait pas cherché à le cacher; elle aurait encore moins eu l'effronterie de le nier. Mais quand une femme est une fois sortie du bon chemin

— Si j'en suis jamais sortie, monsieur, s'écria la dame, courroucée à son tour, c'est quand j'ai épousé un fou tel que vous. — Vous avez été mon tourment perpétuel depuis le lendemain de mon mariage. — -Une conduite irréprochable n'a pu me mettre à l'abri de vos soupçons. — Votre détestable jalousie ne m'a laissé de repos ni jour ni nuit. — Eh bien! monsieur, je retournerai chez mes parents. —

Vous aurez tout le temps de vous repentir quand vous saurez ce que vous aurez perdu.

• — Et peut-êlre saurez-vous vous-même avant peu ce que vous avez perdu. Le voile alors tombera de vos yeux., et vous reconnaîtrez toute l'horreur de votre conduite. Adieu, madame, adieu, — peut-être pour toujours !

Mistriss Sullivan ne lui répondit rien. Il passa dans un bureau, écrivit un cartel, et l'envoya au colonel par un de ses amis , qu'il détermina, non sans peine, à lui servir de second.

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