‹ Ni jamais ni toujoursChapitre 16 sur 78 · TOME. I · texte numérisé non relu

TOME. I

l«t m JAMAIS,

chaise; elle s*écrie alors : < Dis donc , tu m*as

c offert tout h Vheure à déjeuner , j*ai refusé-.*

< parce que c'était plus comme il faut , mais € à prescrit je déjeunerais irolontiers... moa c café est bien loin » et puis on gagne de Fap-

< petit chez TOUS » monsieur. — Je vais faire c apporter à déjeuner... que désirez-vous? • — Oh! n'importe, pourvu que ce soit très-

< bon^>

Je donne mes ordres , et bientôt on nous apporte un déjeuner choisi : j'ai voulu bien faire les choses, car si on n'a pas d'amour pour une foQPime, il fout remplacer cela par les pro-* cédé&. Je suis bien certain que Clémence ne viendra pas ^aujourd'hui ; je puis donc sans crainte traiter Juliette.

Ma nouv^le conquête a beaucoup plus d'esprit qu'on w le penserait en lisant son mal^ he«ireui^ maii.itôcrit : elle fait honneur au déjeuner , ei l'égayé par ses saillies. J'ai demandé du Champagne : c*est le vin des dames, il les fait causer plus facilement; Juliette n'en avait' pas besoin pour bavarder, mais il achève de la mettre à son aise, et il règne, je

NI TOUJOURS. ItS

croîs, plus de franchise dans ses discours.

< Eh bien! et ces contes moraux?... i me dit-elle quand son appétit est un peu calmé.

€ — Ma chère amie... voulez-vous que je « vous parle... sans détour... — Oui, certes...

< mais je veux d'abord que tu me tutoies , et c ne me dises pas ces vous qui m*ennuient. —

< Mais... c'est que... si j'en prenais l*habi- > tude... et que devant... Adolphe... — Oh! c que non!... On sait avec qui on est... Eh

< bien! mes contes... tu n'oses pas réponc dre ?... Tiens , je gage qu'ils sont mauvais... c — Ma foi... j'avoue... ils ne sont pas positi-

< vement mauvais. . . mais pour être imprimés

< il faudrait tant refaire... ensuite, dans le c manuscrit que vous... que tu m'as donné,

< il n'y aurait pas de quoi fournir un quart

< de volume... — C'est fini, monsieur, n*en ( parlons plus!... c'était une folie qui m'était ( passée par la tête... et Dieu sait le mal que c j'ai eu pour écrire cela... Moi qui parle si ( facilement... je ne pouvais pas tracer deux « lignes de suite qui eussent le sens commun. « Mais aussi, me vois-tu^ moi, faire des contes

iU NI JAMAIS y

c moraux !... Ah !... ah !.. où avais-jela tête?... I est-ce là mou manuscrit? — Oui... — Tu vas

< voir un beau trait de courage... >

Elle prend le rouleau, le jette dans le feu , le regarde brûler en s'écriant d'un ton tragicomique... < Voilà le cas que je fais de mes € œuvres... Qu*en dis-tu?

f — Je dis que bien peu d'hommes ont

< tant de courage, et que cela seul suffirait € pour me prouver que vous avez de l'esprit, « si je ne m'en étais pas déjà aperçu.

€ — Ah ! monsieur me trouve de l'esprit. ..

< monsieur est trop bon !. .. Eh bien ! je vais te « parler à cœur ouvert... donne-moi encore « un peu de Champagne... ça ne me grise c jamais!... Écoute, mon petit. Ah! laissef moi d'abord me mettre sur tes genoux... tu I veux bien , n'est-ce pas? »

Le moyen de dire qu'on ne voudrait pas. Juliette n'a pas attendu ma réponse, elle est déjà assise, et elle continue, tout en mangeant des macarons et des biscuits.

f Je ne suis pas née pour griffonner du ( papier... ça casse la tête! mais je suis née

« pour m'amuser... je veux mener une vie de

< bayadère!... Avant tout il me faut de la t fortune... tu ne m*en donneras pas, loi ; les « poètes o*ont pas Thabi lude de se ruiner pour

< les femmes, tu ne m^épouseras pas non plus...

< ta as trop d'esprit pour ça. Mais tu m*aideras 4 à devenir femme de ce benêt d* Adolphe, qui « sera fort riche un jour et qui alors ne me f mettra pas continuellement au kirsch-was- ( ser. Oh ! quand je serai sa femme, comme je « fricasserai l'argent de sa famille!... comme c nous nous en donnerons !... Je t'aimerai touc jours, tu es Fami du cœur, tu seras mon

< benjamin , mon fidèle.. . et surtout que je ne « voie plus ta mélancolique d'hier malin, car <* c'est moi qui la mettrais à la porte mainle- « nant... Ëh bien! pourquoi donc que tu t m'ôtes de là?... — C'est que j'ai la crampe...

< il faut que je marche un peu!... »

Je me suis levé, car je n'y tenais plus; celte femme me faisait mal!... Ses projets sont affireux !... et elle croit que je les seconderai!... que pour elle je quitterai Clémence ! Chère Clémence! je sens que je l'aime dix fois plus

encore lorsque je vois la différence qui exîsle

entre elle et Juliette.

t Eh bien , mon ami , ta crampe se passet-el!e? — Pas tout à fait encore.. . — Gomme tu as Tair sérieux,!... Ce n*est pas pour dire, maïs vous ne vous égayez guère avec moi... il faut que je fasse tout ! Voyons , Arthur ; réponds-moi , que penses-tu de mon projet? Est-ce qu'il n'est pas charmant?...

f — Non... d*abord, je ne vois pas pourquoi vous désirez épouser Adolphe. — Ah ! mon Dieu , est-ce que tu es jaloux, bibi?... Mais encore une fois c'est pour devenir riche. . .Je tiens essentiellement aux espèces, moi... Âhl je devrais avoir un beau sort... si ce vieux gredin... ce singe qui m'a séduite et abandonnée... Ça lui a bien réussi, c'est pas l'embarras ! — De qui donc parlez-vous ?. : de votre mari qui s'est pendu ?. . . — Ah ! ah ! est-il bête... est-ce que j'ai jamais eu un mari, moi... c*es( des contes qu'on fait aux Adolphe, ça !... — Et le petit garçon?... — Eh ben après, qu'est-ce que ça prouve?... c'est un petit garçon... voilà tout... fallait-il pas

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que je le misse dans un bocal d'esprit de vîn? — 11 est gentil cet enfant. — Je le trouve affreux, moi... est-ce que tu Tas vu?... — Oui , un jour je me trouvais à sa pension ... et même je me suis amusé à fermer sa veste avec mes boulons de chemise. — Gomment! cela venait de toi... moi qui croyais que c'était une galanterie de son père. — De son père?... il n'est donc pas mort? — Je te dirai ça un jour, quand tu seras bien sage. Ainsi c'est entendu, tu parleras en ma faveur à Adolphe, et je serai madame Désigny !... — Non, je ne parlerai pas du tout en votre faveur pour qu'Adolphe vous épouse : ce mariage^là n'aurait pas le sens commun!... — Savez-vous que vous êtes bien malhonnête?... Ah ! vous ne voulez pas qu'il m'épouse, et bien je puis vous certifier qu'il m'épousera... je me passerai de votre assistance... je fais ce que je veux d'Adolphe : c'est une pâte si molle... je lui donnerais la forme d'une brioche si je voulais ; il m'adore , il ne voit que par mes yeux, et il sera mon mari... oui , monsieur, c'est

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4 comme j*ai ThonDeur de vous le dire.. . Mais, f Arthur, il ne faut pas que cela te fâche... • est-ce que tu crois que je puis aimer ce « nigaud de Désigny?... C'est toi seul que c j'aime... oui... c'est de la passion que j'ai « pour toi... il y a longtemps que cela me

< lient : c'est depuis le jour où je t'ai vu au « spectacle... oui, monsieur, depuis ce jour-là

< je me suis dit : Ce sera mon amant ; et quand

< je me promets une chose , il faut que je l'aie. € Oh î j'ai du caractère... mais je te préviens ( que je suis jalouse... horriblement jalouse... c je vais te guetter!... et si tu revoyais noa c petite cornette, il arriverait de grands malc heurs... mais tu ne la reverras pas... hein?... c voyons, embrassez-moi donc... mon Dieu, c quel homme!... il ne se remue pas du c tout !... »

Je me laisse embrasser, je suis étourdi, abasourdi de ce que j'entends; je songe qu'un moment de faiblesse peut nous causer bien des soucis !... C'est dommage que ces réflexions-lji ne viennent pas avant de succomber.

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