‹ Ni jamais ni toujoursChapitre 24 sur 78 · PAUL DE KOCK. — T. II · texte numérisé non relu

PAUL DE KOCK. — T. II

M Ml lÀMAIS,

€ partie soit égale^.. Ce sont de ces choses que c tout le monde s&it!...

t -^ lane Tigdore pas non plus , monsieur, < mais je vous répète que je ne pouvais pas « opposer un témoin à M« de Hàrleville, et € je suis persuadé que monsieur le baron ne c blâmera pas ma conduite. > Mon père , qui jusque-là avait gardé le silence, lait un mouvement d'impatience , et prend la boite aux pistolets deFollard, en murmurant: c Oui, « téi^ peut se passer ainsi. »

€ — Allons, messieurs^ cdmme vous voudreâîl I répond FoUard, c moi, ce que j^en disais , c'était par respect pour les usages... je suis rigoureux observateur des usages!... mais du moment que le cher baron cousent à servir de témoin pour les deux partis, j'aurais mauvaise grâce à persister. Mon cher de Harletille, ayez la complaisance de charger les armes... Combien de pas, M.Arthur?... f

t — Ce que vous voudrez , monsieur. — Oh ! cela m'est parfaitement égal... vingt-cinq, ci cela vous convient? — Oui, monsieur.

m TO(01OOR8. «7

■ — Baron , vous comptirei les pas , c'esl I votre besogne aujourd'hui,*, à Londres, ce f fut la luîenne ; mais au moins Ui , vous vous f battiez pour une jolie' femme, tandis qu*au- • jourdl)ui je ne sais pas trop pourquoi je me I bats; n'importe!.,, il me viendra peut^tre I une meilleure occasion ! >

Pendant que Follard parlait, mon père chargeait les pistolets , et» toujours avec eetle figure froide, qui ne montrait aucune émotion, il s'approche de moi.», me présente une arme... ma main tremble en la recevant».. Ah! ce n'est pas de frayeur; mais je songe que c'est mon père qui me la présente.

J'ai pris le pistolet sans lever les yeux sur hii... Je me plaoe; il compte les pas,

4 Qui tirera le prejnier? > dit Follard en se plaçant à l'endroit oii mon père s'est arrêté.

c --^ Vous monsieur. — Moi !... je n'en ferai I rien , je vous jure. — Eh bien ( ensemble I alors» — Ensemble, oui, ce sera plus légal. « Baron , vous donnerez le signal en frappant t dans votre main. »

Nous tenons chacun notre arme, nous avons

S8 m JAMAIS,

les yeux fixés Fun sur Tautre, nous attendons ce signal que mon père doit nous donner^ lorsque tout à coup le baron qui était éloigné de quelques pas, revient précipitamment se placer entre nous et s'écrie, d'une yoix émue et sans chercher cette fois à cacher son agitation :

c Arrêtez... arrêtez! messieurs, vous ne vous battrez pas !... Ce combat ne peut avoir lieu... M. Arthur, remettez-moi votre arme... ^ M. de FoUard, donnez-moi ce pistolet. . . votre querelle avec monsieur est une misère... je connais votre courage à tous deux , je vous le répète, vous ne vous battrez pas. c — Ah çà ! mon cher baron, que signifie cette plaisanterie?... vous chargez les armes, vous comptez les pas , et puis , je ne sais ce qui vous passe par la tête, voilà que vous ne voulez plus que nous nous battions!... Certainement j'ai beaucoup de déférence pour vous; mais il me semble que vous abusez de l'ascendant que vous avez sur moi!

c — Non , marquis , ce combat n'aura pas

NI TOUJOURS. t9

€ lieu... il est inutile... quelques mots pro-

< noDcés avec emportement ne constituent « point une insulte. M. Arthur m^approuvera, f je l'espère !»

Je ne réponds point , mais je n*ose résister à mon père , et je lui rends Tarmequ'il m'avait donnée ; j'éprouve même une secrète satisfaction de ce qu'il fait en ce moment, car je me persuade que c'est la nature qui vient, malgré lui , de parler à so(i cœur.

Le marquis se laisse aussi reprendre son pistolet ; il regarde le baron et se met à rire , en s'écrian t : c En vérité , mon cher ami , je ne vous c ai jamais vu aussi agité , même quand vous € avez pris la défense de ma jolie cousine!...»

< — Allons, M. de Follard, cette affaire f est terminée; j'aurai soin de dire que vous € et votre adversaire vous vous êtes comportés I en gens d'honneur, et on ne met pas en

< doute ce qu'aflSrme le baron de Harleville; i maintenant, saluons monsieur, et partons. »

En disant ces mots , mon père a pris le bras de son jeune ami; celui-ci m'ôte son chapeau , j'en fais autant , . et je vois ces mes-

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sieurs remonter dans le cabriolet qui les a amenés et qui disparait bientôt à mes yeux.

Après tout , je ne suis pas fâcbé que cela se soit arrangé ainsi. Comme mon père était agité en se précipitant entre moi et le marquis! ce n'était plus cet homme flegmatique et sévère ! c'était un père qui craignait de voir couler le sang de son fils !... Ah I si j'avais osé me jeter dans ses bras!... mais il m'aurait repoussé peut-être, car sop émotion a été de bien courte durée! A peine a-t-il eu décidé que nous ne nous battrions pas » qu'il a repris son air sévère , comme sll eut été honteux d'avoir cédé à un mouvement de sensibilité.

Je retourne chez moi ;* je voudrais biei^ maintenant savoir ce que M. Moncarville a dit à sa femme , et j'attends avec impatience une lettre de Clémence. Mais huit jours s'écoulent , et je ne reçois aucune nouvelle. Pauvre Clémence ! on ne lui laisse donc pas même la liberté d'écrire? Juliette aura effectué ses menaces , elle se sera vengée !... Du reste » je ne l'ai pas rencontrée, pas aperçue depuis la

mémorable matinée. Tout iqoq désir est de n'en plus ea^epdre parler.

Uq matia, on frappe doucement à ma porte; je crie d'entrer, je sais que ma clf^f est en dehors. On ouvre avec précaution, oo entre à petits pas... je me retourne : c>st Adolphe qui s'avance les yeux baissés , Tair contrit et penaud.

Je ne puis encore m'empécber de sQurire en te regardant, quoique je sache qup cela le coutrarie , parce qu'il croit qui$ c'e^t pour me moquer de lui que je ris. Cependant je veux cette fois le laisser s'expliquer; j'attends assez longtemps avant qu*il en vienne à ouvrir la bouche f enfin il se décide ;

f Bonjour, M, Arthur. — Bonjour, M. Adolc pbe. — Ça va bien... depuis que je ne vous c ai vu? — Cel^ va très-bien, je vous remercie, c — Moi j'ai été fort enrhumé. — Ab ! c'est ( fâchei^x. ) .

Et Adolphe se bonrre la bouche desuerecandi et se dandine sur sa chaise; il est capable de rester ainsi une heure sans me dire ce qui t'amène. L'impatience me prend et je m'écrie :

S« NI MUAIS,

c A propos , est-ce toujours dans le dessein de vous battre avec moi , que vous venez?... Je vous avais demandé quinze jours de délai; ils sont écoulés... A quoi ètes-voas décidé? — Oh !... je ne pense plus à cela... Depuis j*ai bien compris que j'avais tort... si je me battais avec quelqu'un , ce serait avec ce scélérat de Théodore!... Vous savez bien, Théodore, qui avait fait une entreprise... — Oui... le bassin ambulant... Eh bien! vos actions ont-elles monté; avezvous doublée triplé vos capitaux?... — Ah!... oui... mes capitaux!... ils sont bien loin! et mes actions de cent francs! on ne m'en donnerait pas cent sous. Figurez-vous que cet infâme Théodore est parti pour je ne sais où... il y a deux jours. Je suis allé à sa demeure pour savoir où en était notre affaire... mais plus de Théodore! Il a disparu , on ne sait où il est allé , et le portier m'a assuré que plus de vingt personnes avaient été dupées par lui , si bien que l'argent de mon oncle est à peu près perdu ! — Vous pouvez même dire entièrement perdu.

NI TODJOURS. 83

Voilà ce que c*est que de ne vouloir écouter personne et de ne faire qu*à sa télé quand on manque encore d'expérience î — Désormais je vous assure que je ne serai plus si bété; je me méfierai de tout le monde! — Il ne faut pas donner dans Fexcès contraire; tous les» hommes ne sont pas des fripons» Dieu merci. — C'est égal, je serai toujours sur mes gardes. Je ne m*étais pas plus trompé sur Juliette que sur Théodore. Votre liaison avec cette femme aurait eu des suites fôcheuses pour vous ; car Juliette a de l'esprit, elle sait prendre les hommes ! ... elle aurait fait de vous tout ce qu'elle aurait voulu. — Oh! tout... c'est une façon déparier! malgré cela , je suis hien aise maintenant d'en être débarrassé. — Vous ne la voyez plus? — Par exemple , j'en serais bien fâché ! — Loget-elle encore dans votre maison? — Non, elle a déménagé le lendemain du jour où je l'ai trouvée ici. — C'est heureux pour vous. Mais croyez-moi , Adolphe , évitez-la... c'est une femHb dangereuse... elle vous fascinerait encore... — Ah I... après ce que j'ai vu,

ce serait un peu fort. Je vous réponds qne je puis la rencontrer sans danger, je le voudrais même pour lui jeter des regards de mépris. Mais dans tout cela, je ne puis pas, à présent , vou3 rembourser ce que je vous dois : voilà ce qui me contrarie. — De grâce,, ne pensez pas à cette bagatelle ^ et si je puis vous obliger,., parlez. — Non , je vis bien sagement maintenant , je me contente de la pension que mon père me paye; je ne fais plus de folies I — En ce cas , venez dîner avec moi^ nous tâchions de nous égayer un peu ; vous chasserez le souvenir de vos dernières amours , et moi je tàcberai d'ea faire autant, quoique je n*aie pas à me plaindre de ceUe que j'aime,. mai$ parce que je voudrais pourtant y penser moins souvent. »

J'emmène Adolphe dîner chest le restaura^ leur. Sa dernière aventure avec Juliette ne lui a pas ôté Tappétit, mais elle lui a donné beaucoup d'humeur contre les femmes. Dans un moment d'épanchement ,^ il s'écDrie :

c Je veux renoncer à un sexe su? lequel on.

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< ne peQl pas compter! — Ahî ahî... que dites-vous là , mon pauvre Adolphe? renoncer aux femmes à vingt-deux ansi vous seriez bien à plaindre, mon ami. — Mais puisqu'elles nou^ trompent toutes! — D*abord le mal n'est pas d'être trompé, tout dépend de la manière dont on l'est. — Il n'y a pafide manière qui tienne; je veux une femme pour moi seul. — Ceci est peutêtre de l'égoism^e ; je ne crois pas que la nature produise un bel ouvrage pour le bonheur d'un seul individu; elle en fait taftt de laids qu'alors il y aurait bien des mécontents. Mais pourvu que nous puissions croire que nous possédons seuls, n'est-ce pas tout ce qu'il faut pour être heureux? — Oh I vous êtes trop indulgent ! il ne me suffit pas de croire une chose, moi, je veux qu'elle soit réellement... Cette Juliette!... si vous saviez tous les serments, toutes les protestations d'amour qu'elle me faisait !... — En amour comme en toutes choses, il faut se défier des gens qui parlent beaucoup. — Elle me donnait les noms les plus doux !...

se

m JAMAIS,

elle m*appellait son astre, son dieu, son petit chat!... Elle me disait : Si tu aimais une autre femme, je te déchirerais le visage... je te donnerais une foule de coups de couteau... — De telles menaces, qui sont d'ailleurs de fort mauvais ton , prouvent une femme violente et vindicative, mais ne prouvent nullement qu'une femme soit fidèle. — Oh! quant à la fidélité, elle me répétait chaque jour : Moi, te tromper ! mais est-ce que ce serait possible?... Les autres hommes, vois-tu, tous les autres hommes, seraient-ils superbes, metfont TelTet d'une médecine... s'ils voulaient m'approcher, j'aurais des nausées, i Je ne puis m'em pécher de rire en apprenant ce que disait Juliette, et Adolphe reprend, en s'animant encore plus : « Voilà ce qu'elle me c répétait, cette femme indigne!... et après c cela, je la trouvedans lesbrasd'un autre!... c 0 cœurs faux!... ô âmes sans foi !... qu'elle f ne s avise pas de me reparler jamais ; car je < la traiterais mal!...

« — Allons , Adolphe , de la modération ,

ne TOUS laissez pas emporter ainsi par votre ressentiment; vous êtes encore neuf en intrigue d'amour, apprenez à supporter de telsévénements I. .. Une maîtresse infidèle!... eh , mon Dieu ! cela est si commun qu*on serait bien fou de s*en affliger... ah! s'il s'agissait d'un sentiment profond... d'une ancienne amie, je concevrais votre chagrin ; mais pour une amourette !... il faut en rire!

— Amourette !... qui me coûtait horriblement!... c'est que je ne vous disais pas tout ce que cette femme-là me faisait dépenser!.,.

— Je m'en doute bien. — D'une coquetterie!... Quand nous sortions, elle trouvait toujours moyen de se faire acheter quelque parure... quelque chiffon... ou même quelque petit meuble pour elle ; elle me faisait de préférence prendre par les passages, parce que ce ne sont que des boutiques. Si nous allions promener le soir, elle disait : Oh! allons promener dans les passages... c'est plus gai , plus vivant ! et mon argent y restait toujours dans le passage!... et puis gourmande !... oh ! gourmande ! si je l'avais

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