‹ Ni jamais ni toujoursChapitre 25 sur 78 · TOME II. 4i · texte numérisé non relu

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crue, nous aurions dîné tous les jours chez le traiteur. — Et vous n^emmeniez jamais son fils avec vous? — Ah , ben oui I elle donnait deux sous au portier, et lui disait : Vous achèterez à Oscar des pommes de terre frites... Pauvre petit! en a-t-il consommé de ces pommes de terre frites !... Quand je lui rapportais quelque friandise, c'était toujours Juliette qui les mangeait en disant : Ça ne lui vaudrait rien ; d'ailleurs il ne faut pas le rendre gourmand.

€ — Mon cher Adolphe , votre liaison avec madame Ulysse ne vous sera pas entièremen t inutile; elle vous donnera de l'expérience, vous apprendra à ne pas croire à la lettre les serments, les protestations d'amour; car, voyez-vous, c'est une monnaie courante dont on fait danà le monde un échange continuel , et qui reste rarement à celui qui l'a reçue. Mais ne gardez pas pour cela rancune aux femmes ; vous vous puniriez plus qu'elles. — C'est égal, je ne donnerai plus mon amour facilement!... je prendrai toutes mes précautions avant de me laisser séduire... —

c Vous serez bien fort tant que vous ue serez pas « amoureux ; mais dès qu*on vous plaira, vous f vous laisserez captiver ; vous oublierez le c passé, et vous croirez encore tous les serc ments qu'on vous fera. — Oh ! que non ! c — Ob I que si I >

J'emmène Adolpbe au spectacle , et comme nous nous trouvons placés à côté de dames assez jolies et fort causeuses , je lie la conversation avec mes voisines ; mais Adolpbe n'y prend point part , et lorsque je Fexcite tout basa faire Faimable» il me répond avec un grand sérieux : t Ces femmes-là ont Tair trop < évaporé , ça ne me plaît pas. i

£n quittant Adolpbe le soir, je l'engage à venir me voir plus souvent , et surtout à ne point se faire misanthrope et encore moins misogyne; mais dans le fond je suis bien tranquille , et je gage que ses grandes résolutions ne tiendront pas longtemps.

Je suis entré chez moi ; je vais pour prendre une lumière chez mon portier... J'aperçois M. Lubin , assis dans la loge avec un grand rouleau sur ses genoux. Ah. ! mon Dieu ! est-ce

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qu*il aurait forcé mou malheureux concierge à enlendre son Chaos!

M. Lubin se lève en m'apercevant, et me dit : < Monsieur, je vous attendais en causant avec votre estimable portier... non que j'eusse rintentien de vous déranger en rien... mais c^est mon arbre généalogique que je vous apportais, et pour que je vous l'expliquasse, il fallait que je vous visse. € — Oh! monsieur, je suis fatigué, j'ai envie de dormir, et il me serait impossible d entendre ce soir vos explications... — Eh bien! monsieur, cela m'arrange; car moi-même j'ai aussi besoin de repos. — Alors, monsieur, je vous souhaite le bon- « soir... allons nous coucher. >

l'avais pris la pancarte que M. Lubin m'avait présentée, et j'allais monter mon escalier, lorsque l'homme de lettres court après moi , en me disant d'un air humble : c Monc sieur, c'est que mon arbre se paye ordinai- * rement cinq francs... — Eh! mon Dieu! c que ne le disiez-vous plus tôt I... voilà cent c sous, je vous souhaite une bonne nuit. >

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Je monte vivement l'escalier, sans écouler les remerciments et les saints de M. Lubin, et, arrivé chez moi, je commence par allumer mon feu avec l'arbre généalogique de l'auteur du Chaos.

Je me disposais à travailler, lorsque j'entends frapper à ma porte. Serait-ce encore M. Lubin?,.. cela passerait la plaisanterie; je suis bien décidé à ne pas lui ouvrir ; mais je reconnais la voix de ma portière , qui me crie : i C'est moi, monsieur, c'est une lettre que j'ai c oublié de vous remettre.

J'ouvre vite, la portière me donne une letttre, en disant : c C'est ce grand homme c noir qui est cause que je ne pensais plus à « c'te lettre. Croiriez-vous , monsieur, qu'il ( est dans notre loge depuis sept heures du c soir, et voilà minuit qui va sonner! 11 nous « étourdissait avec des histoire^ où nous « n'avons rien compris du tout ! . . .et je n'osions < pas nous endormir par politesse.

€ — S'il revient encore, dites-lui toujours

4 que je n'y suis pas... que je ne rentrerai

€ pas , et qu'il est inutile de m'atlendre. —

é% Ml JAMAIS,

c Oh ! avec plaisir, monsieur, car deux perc sonnes comme ça dans notre loge , ça serait c dans le cas de donner des éblouissements. i Je reviens vivement près de mon feu; la lettre est de Clémence , j'ai reconnu son écriture... lime tarde de la lire; mais j'éprouve ce contentement que Ton ressent d'être seul et libre lorsque Ton reçoit un billet de ce qu'on aime. Voyons donc ce qu'elle m'écrit :

t Mon ami , depuis que je vous ai vu à cette fatale soirée, je suis bien malheureuse ! Horriblement tourmenlée,d'abord par la( crainte que vous ne vous battiez ; en reprenant mes sens, il m*a fallu entendre les reproches de M. Moncarville, qui a prétendu que je vous avais donné rendez-vous à cûtte soirée , que je m'étais placée en face de vous pour vous voir plus à mon aise, et mille autres choses auxquelles je n'ai répondu que par le silence. Cependant, M. Moncarville s*était calmé, il n'était plus question de vous , lorsque le lendemain on lui a remis une lettre; j'ignore de qui elle venait; mais

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après ravoir lue* M. Moncarville a changé de couleur, il est venu vers moi... J*ai cru qu'il allait me frapper, tant il paraissait irrité; il m*a donné les noms les plus odieux, en s'écriant que celle lettre lui donnait les plus grands détails sur mon inconduile ; il a proféré les menaces les plus horribles, m'a annoncé que je ne sortirais plus seule, et que, s'il acquérait quelque nouvelle preuve de ma faute , il me ferait renfermer. Ainsi me voilà prisonnière, gardée à vue!... 11 me faut donc renoncer à vous voir; mais jamais à vous aimer!... Les mauvais traitements qu'on me fait endurer augmentent encore l'aversion que j*ai toujours éprouvée pour celui qu'on m'a forcée d'épouser. Âh ! si j'étais bien sûre d'être aimée de vous , Arthur, je ne serais pas entièrement malheureuse. Mais qui a pu écrire cette lettre qui a bouleversé M. Moncarville?... Le soupçonnez-vous? Qui donc peut me vouloir tant de mal?... Je crains de le deviner !... Je vous écris sans savoir si je pourrai vous faire parvenir cette lettre;

c n'importe, j*écris toujours... On ne veut

c plus que je sorte, je ne pourrai donc

I plus te voir?... Ah! je suis décidée à tout

« braver pour t'embrasser encore.... Mais ils

< sont capables de m*enfermer. Adieu ! Ar-

c thur ! songez un peu à celle qui vous a tout

•( sacrifié, qui n*a pour unique consolation que

f la pensée d'être aimée de vous, etquimour-

f rait s'il lui fallait perdre ce dernier espoir ! >

Cette lettre est bien triste!... Pauvre Clémence ! je sens qu'elle eût été plus heureuse en ne me connaissant pas. Ce billet a dix jours de date ; elle a été tout ce temps sans trouver le moyen de le faire mettre à la poste !...

Ah ! Juliette ! c'est vous qui , j'en suis certain, avez écrit à M. Moncarville, qui lui avez donné des détails sur ma liaison avec sa femme!... C'est vous qui faites le malheur de Clémence!... Et tout cela pour vous venger! parce que j'ai eu la franchise de vous dire, en face , que je ne vous aimais pas , que je n'avais jamais eu d'amour pour vous!... Soyez donc franc avec les femmes ! comme cela réussilbien !

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