TOME II. il
fait son possible pour arriver à ce but. Mais les uns placent le bonheur dans les grandeurs, les dignités, d'autres dans la fortune ! Moi , je ne le trouve qu'auprès d'une jolie femme , et je crois que c'est là qu'il manque le moins de parole. Enfin si quelqu'un devait blâmer votre conduite, il me semble , madame , que ce ne serait pas moi , qui dois au contraire vous en remercier.
I — Oui , vous devez me dire tout cela ; mais au fond de votre cœur... Àh, mon Dieu ! qu'est-ce que c'est que ces trois hommes qui viennent par ici ?...
« — Ce sont de ces messieurs qui passent leur soirée dans les sales estaminets, ou, pour mieux dire, les étouffoirs dont ce boulevard pullule. €es messieurs se retirent de bonne heure... car on passe une partie de la nuit dans ces repaires ; il est probable qu'ils n'ont plus le sou! — Mais, s'ils allaient s'adresser à nous pour avoir de l'argent? — Ne craignez rien... ce ne sont pas précisément des voleurs... D'ailleurs,
m TOUJOURS.
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f ceux-ci ne songent qu*à fie disputer... c Écoutez. >
Ces trois hommes s'arrêtaient à chaque instant en gesticulant » leur conversation de- Tenait très-animée. Nous prenons la contreallée , et nous les entendons parfaitement :
c Je te dis que Cadet Frissot m*a triché ! ( qu'il n*a pas plus fait de hilles que moi!... < et je suis plus fort que lui, je renfoncerais c à quatre points si je voulais ! . . .
€ — Eh ben ! pourquoi donc que tu t*es c laissé frotter, canard ? — Je te dis encore € qu*on m'a triché... n'est-ce pas, Saloc mon?... — Oh! j'sais pas!... Fichu tabac!... c que c'est embêtant de rentrer déjà , quand c les autres s'amusent... J'ai encore soif, c moi... ils m'ont changé ma pipe là dedans... c paye queuque chose, Mouton. — Pisqu'on « m'a tout gagné. . . pus de pétards ! et je crois c que Rocard s'entendait avec Cadet Frissot ! c — Qu'est-ce que tu disque je m'entendais?... tf — Oui, oui, je t'ai vu lui faire des signes !... c — Prends garde que je ne t'en fasse sur la c figure, à toi ! — Oh ! ne fais pas tant le cas-
tu NI JAMAIS,
c seur ! c*esi bon pour faire peur aux mou- < ches !... mais j^en roulerais six comme toi , c filou! — Filou, t*as osé dire filou!... lu € veux donc que je t'égrugeî...
€ — Allons, pas Uni de propos, les amis ! f si vous avez envie de vous battre , battezc vous... la place est bonne et je vas juger les c coups.
< — Salomon a raison; battons -nous...
€ Tu vas la danser, Mouton. — C'est toi , c Rocard, qui vas prendre un bain de pous- € sière ! »
Aussitôt ces deux messieurs ôtent, Tun sa veste, Tautre sa redingote, sous laquelle ils n*ont que leur chemise; ils jettent de côté casquette et bonnet grec , puis se précipitent Tun sur Tautre en jurant et vociférant comme des cannibales, tandis que le troisième s*adosse contre un arbre et les regarde tranquillement se battre tout en fumant sa pipe.
Nous n*avons pas envie de rester pour être juges de ce nouveau tournoi. Ma compagne m'entraîne en courant ; nous ne nous arrêtons que lorsque les cris de fureur des combat-
tanls ne viennent plus frapper nos oreilles, t Âh ! mon Dieu! les vilains hommes ! t dit ma dame, lorsque nous reprenons notre pas ordinaire... c comme ils se battaient!... Mais à quoi pensez-vous donc ? — Je pense... que celui qui les regardait faire se nommait Salomon... et il me semble que ce nom ne m'est pas inconnu I... — J'espère, bien que vous ne connaissez aucun de ces hommeslà... — Oh! non, sans doute... — C'est affreux de laisser des hommes se battre comme cela ! leur ami aurait dû les séparer ! — C'eût , je crois, été fprt difficile ; rappelez-vous le Médecin malgré /ut, de Molière : Je veux que mon mari me batte* Il se passe de singulières choses dans Paris ! il y a des vagabonds qui n'ont pas de gîte et coucheiM où ils se trouvent. Quand ces gens-là se battent, se détruisent entre eux, c'est un service qu'ils rendent à la société dont ils sont Técume, et il faut bien se garder de les retenir. Mats laissons là ces hommes... nous pouvons nous entretenir de
choses plus aimables... — Âh ! je vous avoue
It6 NI JAMAIS,
que cette scène m'a fait mal !... — En effet, vous tremblez. . . vous êtes bien émue... — Ce n'est pas une raison pour me prendre la taille ainsi... — C'est que je voudrais vous rassurer... vous calmer... — Vraiment!
c'est pour me calmer que vous me tenez comme cela : c'est une bien mauvaise manière... et si l'on vous voyait... — Qui voulez-vous qui nous voie?... Il fait sombre... les réverbères ne sont là que pour la forme!... — Finissez... donnez -moi le bras... ou je me fâche... — Que vous êtes cruelle !... vous me refusez tout !... — Il me semble que non... et cette promenade... à cette heure... mais, je l'avoue, il y a bien longtemps que je désirais avoir avec vous un entretien sans témoins... pour vous dire... tout ce que je pense... pour vous entendre... me faire la cour... car... tenez, je suis franche, j'étais certaine que vous me la feriez... je vous parais bien avantageuse en disant cela; mais on m'a prévenue que vous faisiez la cour à toutes les femmes qui étaient un peu passables... — Ah! on