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YOtis avait dit cela!... et qui donc? — QuMnaporte ? je le savais enfin. — Je suis comme Figaro , madame , je vaux mieux que ma réputation. Puisque vous étiez si sure de votre fait , ne trouvez donc pas mauvais que je vous dise que je vous adore , que mon plus grand désir est de faire avec vous plus ample connaissance... mais me forcera vous dire tout cela à la belle étoile !... avoir refusé de monter avec moi dans une voiture... c'est très ridicule. — Âh! ah! vous pensez encore à celai... — Je le crois bien ! j*y pense plus que jamais!... Encore si nous étions dans la campagne, nous pourrions nous reposer un peu sur le gazon. Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est fatigant de toujours marcher? — Je ne m'en suis pas encore aperçue... Sav.ez-vous que votre remarque n'est pas fort aimable! Vous êtes déjà las de vous promener avec moi, eh bien, allez vous coucher, monsieur,. je ne suis pas peureuse, je rentrerai bien seule. — Que me dites-vous là!... que je vous laisse; je ne suis nullement fatigué. . . seulement j'aurais
« voulu m'asseoîr, parce qu*il me semble qu*on 1 est mieux pour causer.— Moi, j'aime autant c parler en marchant — Àh ! voilà un banc f de pierre, venez vous reposer ,un peu; je € vous assure que vous êtes lasse. — Pas du c tout ! mais si cela vous fait tant de plaisir , c asseyons-nous sur le banc de pierre; à Theure c qu'il est nous ne devons pas craindre qu'on c se moque de nous. >
Je conduis mou inconnue sur un de ces bancs que l'on trouve dans les contre-allées du boulevard Saint Antoine, car nous étions arrivés là. Cet endroit est, dans la soirée, le rendez-vous des bonnes d'enfants, des soldats, des commissionnaires et quelquefois de pis! Singulier boudoir pour faire l'amour, mais on prend ce qu'on trouve ; je tenais beaucoup à être assis ; j'espérais que cela avancerait mes affaires; et d'ailleurs , quand on a la tête montée , un banc de pierre vaut un sofa.
Nous sommes assis sur le banc , et très-près Tun de l'autre; je tiens les mains de mon inconnue , et , tout en lui parlant , je les presse, je les baise tendrement. Je voudrais bien em-
brasser mieux que ses mains ; toutes les fois que j^approche ma figure de son maudit voile, que je cherche à le soulever» elle tourne leste^ ment la tête et je n*embrasse que son chapeau. Oh! que les femmes savent bien prolonger cette petite guerre, et nous laisser Tespérance tout en nous refusant une faveur !
Il y a déjà longtemps que nous sommes sur le banc ; quoique je n*y remporte que de légères victoires » j'aime beaucoup mieux y être que de marcher. Je m'aperçois que ma jolie com<* pagne est très-émue; on perd de ses forces dans les luttes les plus douces. Tout en cherchant à l'embrasser, à la presser dans mes bras ^ je lui renouvelle Tassurance de Vaimer toujours. Elle me repousse plus faiblement en murmurant : t Latssez-moi... vous mentez... c vous en dites autant à toutes les femmes,.* c Levons-nous, je vous en prie... •
Loin de la laisser quitter le banc , je Venlace dans mes bras , je la presse contre mon cœur ; je crois qu'elle va perdre la force de se lever... lorsque nous entendons crier à nos oreilles i
lôO NI JAMAIS,
€ Qui vive? >
Cette dame et moi , nous faisons un saut sur le banc ; et , en nous retournant , nous voyons derrière nous unepatrouille degarde nationale. Nous sommes presque cernés , et nous ne les avons pas entendus approcher. Ce que c'est que la préoccupation !
< Comment I qui vive?... i dis-je en me retournant; c mais il me semble» messieurs, que nous ne sommes pas près d'une sentinelle.— Sans doute; mais que faîtes vous-là? — Ah! caporal, voilà unequestion que je pardonnerais à un Suisse, mais la milice citoyenne me demander cela!... Vous voyez bien que nous ne sommes pas des voleurs. Madame et moi n'avons aucune mauvaise intention : je vous réponds que nous n'emporterons ni les arbres ni le banc ; nous nous reposons , voilà tout. — Oui, mais il est bien tard... prenez garde aux mauvaises rencontres ! — Nous sommes très-courageux, caporal, et on nous a ordonné de nous promener à la fraîche. > Le caporal et ses voltigeurs s'éloignent en
riant entre eux de la peur qu'ils nous ont faite. Pendant que je les regarde s*éloigner , ma dame s'est levée; elle a quitté le banc. Je cours après elle.
€ Eh bien ! que faites-vous donc î — Je m'en vais... je ne reste plus là... j'ai eu trop peur ! — Mais ils sont partis ; ils ne reviendront plus. Pourquoi quitter ce banc où l'on est si bien ? — Non, non , je ne me rassieds plus; je crois d'ailleurs que c'est beaucoup plus convenable... Venez, promenonsnous... — Maudite patrouille ! dans ce Paris, même après minuit, on ne peut pas être tranquille! — Allons , monsieur , donnezmoi votre bras... Est-ce que vous ne sauriez pas être aussi aimable en marchant qu'assis?... Âh ! ah ! vous voilà fâché ! mais cela se dissipera. »
il est vrai que j'ai de l'humeur. Notre conversation devenait si intéressante, si animée! Enfin, consolons-nous... plus tard elle consentira peut-être à se rasseoir... Nous retrouverons bien un siège aussi doux.
f Eh bien! monsieur, vous ne me dites
plus rien? — Madame... c*est que je pense.
— Ayez alors la complaisance de penser tout haut... Vous voyez que je vous permets de dire tout ce qui vous viendra à Tesprit.
— Et au cœur ? — Oh ! je crois que votre cœur est rarement pour quelque chose dans ce que vous dites. — Madame, vous me jugez bien peu favorablement. — Mais pas du tout; je trouve cela fort naturel au contraire. Ayant si souvent des occasions de vous amuser, vous ne cherchez que le plaisir et non un sentiment durable : vous avez raison, c'est le moyen d'être heureux; et, à votre place, je pense que j'agirais de même. — Je vous assure que vous vous trompez, et que je suis très-sentimental... sans que cela paraisse. Mais... savez-vous ce que je pense de vous en ce moment? — Dites-le-moi, je vous en prie; je suis préparée à tout. — Je pense que vous êtes cent fois plus aimable en tête-à-tête que devant votre sœur. Au passage Vendôme , et même ce soir au spectacle, à peine si vous me répondiez ; je ne pouvais obtenir de vous
une phrase entière. Je vous avoue que je me disais : Quelle différence de ses lettres à sa conversation ! elle écrit si bien et elle parle... — Si mal? — Non,maiscommeune personne qui ne sent rien ; comme ces femmes qui ne savent parler que chiffons, toilette et cuisine... Il y en a beaucoup comme cela. Mais depuis que nous ne sommes que nous deux , ah ! je vous retrouve telle que je vous espérais , telle que vos lettres vous peignaient à moi... c'est-à-dire charmante, spirituelle... un peu capricieuse peut-être, mais toujours adorable !
c — El moi, je vous avais bien deviné tel que vous êtes ; vos ouvrages ne m'avaient pas trompée... mais que cherchez - vous donc?... — Rien... je regardais... c'est singulier, il n'y a donc pas un banc dans cette rue?... — Quand il y en aurait, je vous jure que je ne m'assiérais pas. Vous dites que ma conversation vous plait , et cela ne vous satisfait pas de causer avec moi ? — Si fait! mais dites-moi du moins que nous nous retrouverons souvent; que je vous