T0||£ III
18 Mi iAHAIS ,
plaisante avec eux, elle semble ne plus songer que je suis derrière elle.
La conduite de cette femme m*indigne:
m*ftvoir enivré d*amour et me traiter maintenant avec ce mépris !... car Findifférence est du mépris, dans cette circonstance... Ah, c'est affreux ! Je sens que j*étouife, et que je ne pourrais résister longtemps à ce que j*éprouve. Elle pouvait vouloir cacher notre liaison sans m*accabler de ce froid regard; une femnoie n'a-t-elle pas mille moyens de nous montrer le fond de sa pensée, sans que le monde connaisse son secret? Mais, rien!... rien !... on ne veut plus me connaître !... on veut peutêtre nier que Ton m*a connu.
Je n'y tiens plus; je rapproche ma chaise» je me penche vers elle et lui dis tout bas :
c II me paraît, madstme, que vous oubliez
. t bien vite les heureux que vous faites... >
Elle ne répond pas. Je continue :
t Dans un salon, on peut, sans que cela tire
< à conséquence, causer avec ses voisins;
c vous pourriez donc me parler sans que pour
c cela on devinât notre liaison. Mais vous pré-
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f ferez ne plus voir en moi qu*un étranger ; f vous aurez beau faire, madame, mon cœur a f de la mémoire pour deux. »
Toujours le même silence. Cette femme-là veut mettre ma patience à l*épreuve. Mais le piano se fait entendre, on va danser de nouveau ; je me lève, je présente ma main à Adèle : elle hésite... je prends sa mîainVje Fentraîne , sans attendre qu*elle m*ait répondu.
Nous dansons; ma main a pressé la sienne, et sa main est restée muette; je profite d'un instant où nous nous reposons pour lui dire à Foreille :
f Que t*ai-je donc fait pour que tu me f traites aussi froidement? i
Une vive rougeur lui monte au visage, et cette fois elle me répond :
f Je ne conçois pas, monsieur, que vous c vous permettiez de me parler ainsi... — Gomf ment !... tu as donc oublié cette nuit délic cieuse que nous avons passée à nous promef ner dans les rues de Paris, et les voleurs qui f t*ont fait si peur... et cette citadine... où je c fus si heureux?... —Monsieur, par grâce...
.Ml làHAIS,
je vous ea supplie... je vous assure que>|Ki$ vous méprenez. — Ob ! par exemple, l^a7 dame, voilà qi\i est trop fort !..; Qu0 voug nem*aimiez plus...que je n'aie été pour vous qu*nn. caprice ! une idée bizarre...^ le eoor çois fort bien ; mai^ prétendre que je.cOe trompe, que je n'ai pas le droit de vou3 parler... comme je le fais, c'est .ce que VoUs ne pouvez me prouver... Mais calmez-vous^ madame, calmez-vous.. • je me suis peut-être laissé emporter par un sentiment trop vif... j'ai voulu vous rappeler nn bonheur... trop court pour moi... j'ai eu tort , sans dioute', puisque ce bonheur n'est plus qu'un soage pour vous, et désormais... > La figure ne me permet pas de continuer; trop de monde nous eutoure ensuite pour que je puisse reprendre mon discours. La contredanse est terminée, je reconduis ma danseuse^ que je salue d'un air fort respectueux ; elle ne répond à mon salut que par un regard qui me semble exprima la colère, le m'éloigne, je suis un peu plus satisfait, parce que je lui ai dit ce que je pensais. Peu m'importe son
Ml Touiouas. tl
.coarroux , * je le préfère à son indifférence.
Il n'y a plus de place derrière ces dames , d'ailleurs je ne m'y serais pas remis; mais je reste dans le salon , et, sans y mettre d'affec^ tation, j'ai soin de ne point les perdre de vue. Je m'aperçois que les deux sœurs ont uneoonvei^ation fort animée, je ne saurais douter que je n'en sois l'objet. Adèle a les yeux étincelants, mais je crois que, maintenant , c'est le dépit qui les anime. Clara semble faire tous ses efforts pour Igt calmer et avoir beaucoup de peine à y parvenir.
. FoUard revient dans le salon. 11 cause avee ces dames , et moi je tâche d'obtenir, d'un jeune homme que j'ai vu parler avec lui , de nouveaux renseignements sur Adèle.
c Elle est fort bien la cousine de H. de Fol>
* lard !... — Oui , c'est une jolie femme... —
5 C'est une veuve? —Oui... et je crois qu'elle
.4 dierche à se faire épouser par quelque
c vieux qui ait des écus... C'est une femme
4 qui aime à briller... il lui faut de l'argent...
s elle né se laissera pas prendre par le senti-
c ment, elle tient au solide; mais, malgré
• *\C«oe pour rfO^';;ia«.aisveJ0««'
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Follard leur donne la main. Us sortent du salon ; je les suis de loin. Je vois ces dames qui vont mettre leurs châles ; elles vont partir. Je descends sans être aperçu et je vais me placer dans la rue, dans un enfoncemenl obscur, mais d*où je distingue parfaitement la porte de M. de Reveillère. Mes deux dames ne tardent pas à paraître ; Follard est avec elles. Il appelle un fiacre ; il y en avait plusieurs stationnés à peu de distance. La voiture arrive, les dames montent. Follard ne les suit pas , il retourne chez M. de Reveillère; et moi je suis la voiture qui emmène Adèle et sa sœur.
On ne méfait pas courir bien loin. Le fiacre s'arrête rue Sainte*Anne. Je me mets de nouveau dans un enfoncement; les dames descendent, frappent. La porte s'ouvre, puis se referme sur elles ; et moi , après avoir examiné la maison afin d*ètre certain de la reconnaître, j'appelle la voiture qui s'éloignait et je monte, dedans pour me faire reconduire chez moi.
Il y a quelques minutes que le fiacre roule; il n'y a plus de boutiques éclairées dans les. rues , il doit être plus de minuit ; et dans la
t* .m JAMAIS,
voiture qui m^emmëneil règne une obscurilS qui me rappelle la citadine dans laquelle fêtais seul avec Adèle. Âd^e !... qui tout à l'heate aussi occupait cette voiture... et qui ne veut plus se rappeler les moments délicieux qu'elle m*a fait passer. Cette femme est inconcevable! si du moins elle avait mis dans sa conduite de ces formes polies, qui adoucissent une dis-, grâce; si elle m'avait débité quelques-unes de ces histoires que les femmes savent si bien inventer pour nous prouver que ce n'est pas leur faute si elles ne noua aiment plus, j'aurais pu lui pardonner. Mais me traiter avec un^ hauteur insultante, nier ce qui s'est passé entre nous, s'offenser de ce que je lui parle... avec intimité... voilà ce que je ne puis supporter avec patience... et, ce qui redouble mon dépilt c'est que jamais je ne l'avais vue si jolie I... et malgré ma colère je sens que j'en suis toujours amoureux.
Irai-je chez elle?... Pourquoi?... pour être mal reçu... pour que l'on me dise qu'on né me connaît pas... Oh! elle ne l'oserait pas; d'ailleurs n'ai-je pas ses leltresquè j'aiioutesconser-
m TOUMims. ts
yéea; m^quimiedilqaee'cst ellcqui âécritces lettres ?«.« Ne pent^'ellé pas â*étre servie d^une oiaiji étrangère? Après tout , quand même elle aurait écrit ces billets» je n'en veux faire aucun usage; je ne pois- pas forcer cette femme à m'aimer , et je suis un sot de raîmer encore. le ferai beaucoup mieux de ne point me jpré» senter chez die.
En faisant ces réflexions , ma .main vient de se porter sur le coussin près de moi ; je sens quelque chose.. . c'est un joli petit sac en velours avec des glands d'or , de ces jolis ridicules dans lesquels nos élégantes mettent leur mouchoir. Je me rappelle maintenant qu'Adèle en avait un sur ses genoux; plus de doute, c'est le sien qu'elle a oublié dans la voiture : ma foi , voilà un prétexte tout trouvé pour aller chez elle; je lui reporterai le petit sac de velours... c'est le destin qui le veut ainsi, puisqu'il m'a fait prendre cette voiture et trouver ce qu'elle y a laissé.
Mais le sac ne contient pas qu'un mouchoir ; je sens quelque chose de dur... ce sont des tablettes... oui , ce doit être un petit souvenir.
M NI UMAIS,
Oh I quel plaisir d'examiner toul cela quand je serai chez moi. Âh! madame d*Âsyeda, je vais peut-être avoir sur votre compte des renseignements plus positifs !... Ce souvenir n'est fermé que par un crayon ; et , dussé-je être coupable d'indiscrétion , je suis d'avance décidé à le visiter ; lorsqu'une femme se conduit avec un homme comme Adèle vient de le faire à mon égard, je crois que l'on peut bien pardonner à celui-ci un mouvement de curiosité.
La voiture me met à ma porte , j'emporte ma précieuse trouvaille, et je me hâte de monter chez moi.