‹ Ni jamais ni toujoursChapitre 50 sur 78 · PAUL DE KOCK. — TOME · texte numérisé non relu

PAUL DE KOCK. — TOME

àddpbe saute de joie en s'écriaut : « Ohl comme je vais les attraper!...

c Qu*est-ee que je seus dans la poche de votre taJ>lter ? > dit Adolphe au moment de

monter, c —Monsieur, c'est la clef du cabinet oit dînent ce monsieur et cette dame.., — La clef!... très-bien, je les surprendrai bien plus inopinément !... -^ Mais ils m'avaient bien ordonné de ne monter que lorsque j^entendrais sonner... -^ C'était bon pour vous?... mais moi qui veux les surjvendre» je n'ai pas besoin d'atlendrequ'iis sonnent... je vais prendre des assiettes sous mon bras pour que mon entrée soit plus naturelle^.. Votre , friture est-elle bientôt prèle?... — Oui, monsieur. — Tenez-vous prêt à l'apporter quelques minutes après que je serai entré... ce sera le bouquet... Vous dites au premier, la porte au fond du couloir?... — Oui , monsieur : c'est le cabinet qui donne sur le jardin que vous voyez... là derrière. IVcs-bieUy je monte... Oh ! je ne peux pas me regarder sans rire... J'ai Fair d'un vrai faiseur de boulettes... Au revoir, messieurs;

NI' TOOJOURS. t9

« je gage que tous nous entendrez, rire... — « Oui , je pense que nous entendrons quelque

< chose. )

Adolphe sort du salon avec ses assiettes souft le bras ; nous nous regardons Darbois et moi ; mon collègue ne peut conserver son sérieux ; moi , j'avoue que je crains pour Adolphe quel* que surprise fâcheuse. Le garçon est allé à la cuisine en disant :

t Je vas chercher la friture pour le bou* 1 quel. •

Nous ne tnangeons plus» nous écoutons... Nous nous attendons à quelque chose. Bientôt en effet un grand bruit se fait entendre au premier, comme si on venait de renverser une pile d*assiettes.

« Voilà le nouveau garçon qui £ail des fc siennes, * dit Darbois ; c il commence par

< casser la vaisselle... c'est l'introduction sans i doute !... 1

A ce bruit en succède bientôt un autre : un homme vient de sauter par une fenêtre du pre* mier dans le jardin. Il entre comme un effaré dans la pièce où nous mangeons; c'est le beau

Théodore, dont la toilette est dans un grand désordre ; il y a même une partie indispensable de ses vêlements qui ne tient qu*à fort peu de chose.

Il court dans le salon, tenant sa serviette à la main , et , ne pouvant parvenir à tourner assez vite la clef de la porte qui donne sur la roule, il ouvre une des fenêtres, enjambe, et disparait par le chemin, sans écouter Darbois qui lui crie : c Monsieur, mettez donc au moins c un bouton de plus... G*est beaucoup risquer c de vous promener comme cela I >

Théodore est à peine sorti par la fenêtre, que des cris, des jurements parviennent jusqu'à nous. Je reconnais la voix d*Âdolphe.

c II paraît que son dénoûment est à grand c effet, » dit Darbois : csi nous montions pour c savoir ce qui se passe là-haut ?-^0h I quant c à moi je neveux pas monter. >

Mais Adolphe nous en évite la peine; il arriva , le visage renversé, l'air furibond... la main sur son grand couteau de cuisine : ajou-* tez à cela la farine qui lui couvre encore le visage, et on concevra qu'à son entrée je ne

NI TOUJOURS. Sft

puisse m*empécher de rire avec Darbois qui me dit : c C'est absolument comme dans les c fureurs de l'amour I »

i Où est-il y le lâche !... le scélérat ! > s'écrie Adolphe en entrant dans notre salle. < Ah I c messieurs... si vous saviez ce que j'ai vu... c II a fui , le misérable I... il a eu peur de f moi... lia bien fait!... Tenez... tenez... le c voyez-vous?... le voilà qui passe l'eau... — c C'est vrai, il emporte même une serviette € au traiteur... — Oh ! je te retrouverai , « grand traître !... >

M. Théodore passait en effet la rivière , il s'était hâté de quitter l'ile. Adolphe frappe sur notre table avec colère en disant : c Être trompé

< par ses amis ! .. . Ces choses-là ii'arri ven t qu'à c moi I — Oh ! pardonnez-moi , i lui répond Darbois, c cela arrive à beaucoup de monde, c —Un &omme en qui j'avais confiance... une

< femme que je croyais revenue sur toutes ces « choses-là !... Quelle infamie!... — Prenez « garde, vous allez renverser la poivrière dans « notre matelote!... — Savez-vous ce que j'ai t vu en entrant dans le cabinet?... — Nous

nous en doutons. ^- Ma maîtresse et cet homme... qui... que*., qui... enfin dans use position à ne pas pouvoir douter!... — Est-ce que vous leur avez jeté les assiettes à la tête alors? — « Non... je n'en ai pas eu la force... elles me sont tombées des mains. Dans le premier moment, je me suis senti bouleversé , anéanti... et le plus infâme... car voilà le plus atroce de l'affaire, c'est que, comme ils ne me reconnaissaient pas, ils se sont mis à me dire : c Veux-tu t*en aller^ imbécile!... avions-nous sonné?... cruche que tu es !... tu n'auras rien pour boire ; tu ne sais pas ton métier. > Darbois et moi nous n'y tenons plus. Nous éclatons de rire, et, pour nous achever, le véritable garçon traiteur arrive avec son plat de friture, en disant : « Monsieur, voilà le bouc quet. .. est*ce le moment de le monter?. . . -^ « Allez au diable , avec vos goujons ! > dit Adolphe en repoussant le garçon avec colère. Celui-ci, ne sachant ce que cela signifie, prend le parti de se retirer lui et sa friture. Cependant nous sommes parvenus avec

NI TOUlOOItS.

Darbois à reprendre noire sérieux. Adolphe s'est assis dans un coin de la salle; il ne dil plus rien , mais il se serre les poings. Je irais lâcher de le calmer un peu , lorsque tout à coup il se lève> tire de sa ceinture le grand couteau de cuisine et s'écrie : c II faut que ça finisse I >«

11 se dispose à sortir du BalOn » je cours à lui et Tarréte : t Où ailez«*yoU8« Adolphe? • — Je remonte au cabinet* k. «-^ Qu'allez«-yous y fiiire?..» -^ Je vais tuer Juliette !... ^*^ Tuer Juliette !..» que dites-vous là L.« quelle hor» rible pensée !... — C'est une indignecatin L«. TOUS le savez bien^ d'ailleurs*.. Vous m'aviez averti qu'elle me tromperait encore... Oh! vous aviez raison... si je vous avais écouté»., mais c'est fini... LaissÊZ'^moi ; je veux la tuer.4. j'ai la tète ibontée... » Au lieu de le laisser , j'entoure Adolphe de mes bras« Darbois lui dit alors bien tranquillement :

i Monsieur» pourquoi vouless-vous iuet cette « dame? -^ Parce que voilà deux fois qu'elle « me fait cocu et que ça finit par me pousser

84 m JAMAIS,

i à bout. — Dans ces choses-là, moasiear, je c croyais qu'il D*y avait que la première fois c qui pouvait fâcher. — Moi, ça me fâche c toutes les fois, je ne m'y ferai jamais!..* — c Et quand vous aurez tué cette dame en c aurez-'Vous moins élé trompé?... >

Adolphe parait frappé de cette réQexion, il se calme et balbutie : < Au fait, ce que vous c dites là est très-vrai... Quand je la tuerais... t je n'en serais pas moins trompé... >

Je profite de ce moment et je lui ôte son couteau de cuisine , puis je vais me remettre à table à côté de Darbois.

Après s'être promené quelque temps dans la salle , Adolphe dit : i Malgré cela je veux c aller la revoir , la perfide !... je veux la conc fondre de mes regards... jouir de sa confuc sion... de sa honte... car dans le premier c moment où je me suis fait reconnaître vous c sentez bien ique je n'étais plus à moi... je ne c sais pas ce qui s'est passé... j'ai seulement c vu l'autre sauter par la fenêtre... Je monte. . . c Messieurs, soyez tranquilles, je n'ai plus c aucune intention hostile... je vous le jure;

< je sens bien que ça ne remédierait h rien, f D'ailleurs si vous voulez me fouiller... je € n*aî pas môme un canif sur moi.

c C*est inutile! • ditDarbois, c nous vous « croyons sur parole. Allez , monsieur , et € rappelez-vous ces deux vers :

I^ brait est pour le fat. La plainte est pour le «ot! L^honaéte homme trompé s^éloig^oe et ne dit mot.

< Ne dit mot!... c*est bien aisé à dire, > reprend Adolpbe ; < mais je vous promets de c me modérer. Je ne veux que jouir de la con- « fusion de mon infidèle... C'est bien le moins c que je me donne celte petite consolation. •

Âdolpbe quitte le salon, c Tu as été bien

< bon de te donner tant de mal pour le retec nir, ) me dit Darbois. — c Comment , aurais- « tu voulu que je le laissasse se porter à d'in- « dignes excès?... — Lui 1... se porter à des « excès!... mais, mon cher Ârtbur , tu ne vois € donc pas que ce gaillard-là, avec dix coui teaux de cuisine, n'aurait pas coupé un € cheveu à sa maîtresse! vraiment, tu ne c le connais guère!... Je te réponds que sa 4 fureur n'est pas dangereuse ! . . . — C'est pos-

c sible , maïs j*aime mieux lui avoir ôté son f tranche-lard. >

Nous achevons tranquillement notre déjeuner ; nous n'entendons pas de bruit an premier.

€ Tu vois qu'il ne casse même plus une c seule assiette, > dit Darbois; c dans ce c moment il demande peul^tre pardon à sa € dame... — Oh ! ce serait trop fort. — Il y a c des hommes de celte pâte-là... Mais on des-

< cend... nous allons savoir quelque chose, c — Darbois, si c'est Adolphe, fais-moi un plaic sir : lâche de ne pas lui rire au nez... — G*est « parfois difQcile ! mais j'y ferai mes efforts. ..

On ouvre la porte. Adolphe entre d'un air consterné et mélancolique. Il fait quelques pas autour de notre table , en poussant de gros soupirs. Darbois prend la parole.

c £h bien 1 monsieur , ètes-vous un peu c vengé... avez-vous bien joui de la honte de € votre perfide... Vous l'avez sans doute trou-

< vée pleurant sur sa faute?

€ — Ahl oui... C'est étonnant comme elle t pleurait]... je l'ai trouvée mangeant la fri-

< ture que le garçon lui avait montée , ei

NI TOiuotms.

ay^nt déjà fait disparaître les deux tiers du plat!...

c — C'est une femme qui aime à faire quelque chose , à ce qu*il me parait ; mais enGu, à votre arrivée, elle s'est précipitée à vos pieds... vous a demandé pardon?...

€ — C'est-à-dire qu'elle a pris une poignée de goujons qu'elle m'a lancée au visage, en me criant : Vous êtes bien hardi de vous présenter encore devant moi !... vous êtes un monstre!.». Je vous déteste... je ne veux plus vous voir!... et mille autres choses dans ce genre-là.

< — Voilà qui est beaucoup plus original que je ne pensais!... — Moi, je vous avoue que je m'attendais si peu à cet accueil, que je n'ai plus trouvé une parole... Mais Juliette en trouvait toujours... Au milieu de ce feu de reproches qu'elle m'adressait, voici ce qu'il m'a semblé comprendre : c'est que, suivant elle, ce grand lâche de Théodore la prenait de force... et qu'au lieu de le laisser fuir> j'aurais du l'arrêter et le rosser... voilà ce qu'elle me reproche !

c — Diable! maïs ceci change la thèse ! > dit Darbois en se pinçant les lèvres pour ne pas rire, c Si cette dame a été prise de force , ce i n*est plus elle qui est dans son tort; i\ c s'agirait maintenant de rappeler vos souc venirs ; la position dans laquelle vous l'avez

< surprise avec le monsieur avait-elle en effet f quelque chose de forcé?...

c — Est-ce que je sais!... Est-ce qu'on t peut bien juger ces choses-là... — Et lorsc qu'on vous a pris pour le garçon traiteur et f qu'on vous a appelé cruche, que faisait « cette dame?... — Je ne sais plus... je crois ( qu'elle criait... Je n'en suis pas bien sûr... •( Âh ! mon Dieu ! je donnerais six doigts de « ma main pour savoir a quoi m'en tenir. »

Darbois manque de s'étouffer pour ne pas éclater, et me dit à l'oreille ; c Gomment « trouves-tu ce monsieur qui surprend sa «I maîtresse dans une position non équivoque « avec un autre, et qui se désole de ne pas t savoir à quoi s'en tenir?... — Chut !... ne ris

< pas.. .je t'en prie... — Je suis enchanté de ton c ami Adolphe, il vaut son pesant de fromage.»

Darbois demande du café, des liqueurs; il engage Désigny à prendre du café avec nous , celui-ci refuse et vient se mettre à table, où, tout- en continuant de refuser, il en est à son quatrième petit verre, lorsque tout à coup, en regardant la rivière, il se met à crier :

c Âh! mon Dieu... elle s'en va... tenez, c messieurs , la voyez -vous dans ce batelet qu i € traverse Veau... c'est elle... c'est la perfide... c elle s'éloigne. — Il me semble que c'est ce c qu'elle avait de mieux à faire après ce qui c est arrivé... Est-ce que vous vouliez partir € avec elle? -7 Oh non ! bien certainement^ c je n'irai plus jamais avec elle!... pour cette c fois je jure bien que c'est fini... je ne donne < pas dans les contes qu'elle me fait. — Malgré « cela , convenez que vous êtes bien aise de ne c pas l'avoir tuée. — Oh! certainement... c parce qu'enfin si on tuait toutes les femmes c infidèles... où s'arréterait-on?... — Encore 4 un petit verre, M. Désigny; vous seriez c ^ien fou de vous chagriner pour une telle € aventure. — Je ne me chagrine pas ..je suis

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