TOME III
no NI JAMAIS,
c vexé , voilà tout... c*est que j*étais habitué ( à cette femme-là. — Je vous assure que
< vous en trouverez beaucoup qui lui ressem- « bleront. >
J*appelie le garçon ; Darbois et moi payons notre déjeuner, et nous nous disposons à partir, pendant que Désigny se frotte le visage avec son mouchoir pour ôter la farine qui est restée sur sa figure.
< Je pars avec vous , > nous dit Adolphe.
< — Vous n*allez pas retrouver vos amis?... 4 — Oh ! non, je n'ai plus envie de m'amuser... f En ai-je encore? — De quoi? — De la farine. « — Un peu sur le nez... — Je me souviendrai
< de mon déguisement en garçon traiteur! — c Ma foi, vous étiez très-bien, t
Nous sortions de chez le traiteur, lorsque le garçon court après nous, et arrête Adolphe, en lui criant :
c Eh ben ! monsieur, vous oubliez de payer c votre dépense... — Ma dépense?... mais je € n*ai rien pris chez vous , moi. — Mais votre c dame et votre ami ont pris, eux ; puisqu'ils € n*ont pas paye , il faut bien que ce soit vous.
NI TOOJOCBS.
— Qa*est-ce que vousdites, garçon? vous radotez. — Non , monsieur; eh ben ! ça serait commode... personne ne payerait... N*avezvous pas dit que le monsieur et la dame du cabinet vous attendaient? — Ce n*est pas une raison pour que je paye pour eux... — Si fait , puisque vous les avez laissés partir sans compter... Pour le grand monsieur, je ne sais pas par où il est sorti, nous ne Favons pas vu; mais la dame, oh! elle nous a bien dit en s'en allant : C'est le monsieur qui s'est déguisé en farine qui payera tout. — Elle a dit cela ? — Oui , monsieur. — Cette femme-là... abuse de moi jusqu'à la corde!... je ne veux pas payer!... — Alors, monsieur, venez vous expliquer avec la bourgeoise; mais je ne vous laisserai pas partir comme ça. > Le garçon prend le bras d'Adolphe; celui-ci le repousse; cela va finir par des coups; je me mets entre eux. Darbois dit à Adolphe : c Mon cher monsieur, quand vous aurez
< battu ce garçon et reçu quelques bons cou ps
< de poing, il n'en faudra pas moins que vous
9i NI JAUAIS,
c finissiez par payer ; je crois qu'il serait pins
< sage de commencer par là, à moins que vous
< ne teniez absolument à hoxer. > Adolphe pousse encore un soupir, et dit au
garçon : c £h bien ! voyons , qu'est-ce qu'on
< doit enfin? — Voici la carte, monsieur, t Adolphe prend la carte, examine le total , et
fait une grimace horrible en s écriant : c Vingt- « six francs! pour un déjeuner de deux perc sonnes!... c'est exorbitant!
« — Mais , monsieur, faites donc attention
< qu'ils ont bu du bordeaux-Laffitte et du c Champagne mousseux frappé de glace. »
c — Boire du Champagne frappé avec de
< la matelote !... Scélérat de Théodore !... si je
< te retrouve, tu payeras cher ce déjeuner-là...
< Qu'est-ce que c*est que ces 2 fr. 50 ajoutés « en bas? — C'est pour une serviette que ce c monsieur a emportée par mégârde, sans c doute. — Le lâche!... il avait si peurl... c emporter la serviette? indigne ami !... moi,
< son actionnaire!... car j'allais me mettre c aussi dans son entreprise sous la Seine... c Dès qu'il faisait une entreprise, il voulait à
< toute force me mettre dedans!... Et ces f 4 fr. 40 sous?... -:- C'est pour les assiettes c que vous avez cassées, monsieur. — Ah! c quant à cela, je n*ai rien à dire... c'est
< trop juste... au moins, c'est moi qui ai c cassé les assiettes... Allons... puisqu'il le * faut, tenez, garçon, ça fait un total de c 35 ifrancs. »
Adolphe paye en soupirant , et Darbois lui dit : c Les fritures sont très-chères à l'ile Saintc Denis. »
Nous quittons File; arrivés à Saint-Denis, nous prenons la voiture pour retourner à Paris. Adolphe se place au fond et n'ouvre pas la bouche pendant le chemin.
En descendant de voiture, notre compagnon nous dit adieu; il me serre la main en répétant : « J'irai vous voir, M. Arthur, j'irai écouter « vos conseils. »
Je ne lui réponds rien, car je préfère qu'il ne vienne pas. Je m'éloigne avec mon collaborateur, auquel je dis : c Voilà la journée écou-
< lée, et nous n'avons pas trouvé le dénoument
« de notre pièce. — C'est égal , nous n'avons
94 m uvÀis,
c pas perdu notre temps; je t'assure qu'il y a c un vaudeville à faire sur la friture à Tile « Saint-Denis. »