TOME I
«0 NI lAMAIS ,
le reçois avec beaucoup d'indifférence les complimeuts de M. Théodore , je paye tout ce qui est dû, je faits signe à Adolphe et nous partons.
« Je suis bien fâché que vous ayez perdu , > me dit mon jeune ami lorsque nous sommes sur le boulevard, c J*ai bien cru un moment que vous gagneriez. — Et moi je n*en ai jamais eu Tidée. — Pourquoi donc avez- vous pris ma partie? — Parce que je voulais vous tirer d'une position désagréable; soyez franc, Adolphe... c'est d'ailleurs votre habitude : vous n'aviez pas assez d'argent pour payer ce que vous pouviez perdre. — C'est vrai... Oh! cela me tourmentait horriblement...
Mais comment avez-vous deviné cela? — C'était bien facile à voir... d'après la manière dont vous jouiez , et la figure que vous faisiez. Mon cher Adolphe, rappelez-vous qu'il ne faut jamais se mettre à aucun jeu , si l'on n'a pas en poche beaucoup plus qu'on ne € jouera ; car alors la peur de perdre vous fera « faire mille bévues, et vous serez toujours « vaincu. — Je ne croyais jouer qu'une partie...
RI TOUJOIIIS. M
on en a proposé d*autres... je n*ai pas osé refuser» D'ailleurs , je suis aussi fort que ce monsieur, et en effet, si j'avais eu plus d'argent sur moi , il ne m'aurait pas gagné. — Ce n'est pas encore certain ; ce monsieur est de ceux qui font presque métier du jeu , et ces gens-là jouent bien. D'où connaissezvous ce M. Théodore? — De l'avoir rencontré... au calé... au spectacle. — Mon cher Adolphe , c'est une fort mauvaise connaissance que vous avez faite!... Croyez-moi, n'allez plus avec cet homme-là. — Vous croyez toujours que l'on veut me perdre... ! me tromper !... — Je ne vous dis pas qu'on veuille vous perdre... je vous crois un assez bon naturel pour résister à ce qu'on ferait pour cela. Mais je dis qu'on abuse de votre candeur , et que nous vivons dans un monde avec lequel cette vertu-là est presque un défaut. Je vous ennuie en vous disant cela , je le vois bien, mais que voulez-vous?... c'est par amitié que je vous parle ainsi ; j'ai de l'expérience, moi. — Vous sert-elle beau^ coup ? — Elle pourrait me servir irèsrpea
NI lAHAIS,
et être fort utile à mes amis; mais parlons de votre nouvelle conquête. — Ah ! n'est-ce pasqu*elleestcharmante?-^Oui, sa figure est très-agréable. Il n'y a pas longtemps que vous connaissez cette femme-là? — Il n'y a que six semaines ; elle a loué dans ma maison... sur mon carré même, de sorte que le soir en rentrant... je n'avais pas de lumière, mais elle en avait , et sa porte était toujours ouverte... — C'était bien prévoyant de sa part. — J'ai demandé la permission d'allumer ma chandelle... et puis... petit à petit... — Je devine le reste ; mais qu'est-ce que c'est que cette femme-là 1... est-ce une dame d'abord? — Oui... c'est-à-dire, c'est une veuve. — Elle est bien jeune pour être déjà veuve. — Elle a vingt-quatre ans. On l'a mariée à dix-huit ; son mari s'est pendu après quinze jours de mariage. — Diable ! il paraît que ce n'était pas sa vocation. — C'était un joueur; il avait mangé, perdu toute la dot de Juliette; ils avaient un superbe magasin de nouveautés qu'elle a été obligée de vendre ; enfin il ne lui est
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resté de tout cela qu'un petit garçon. — G*est toujours ce qui reste des grandes infortunes! — Il est en pension... C'est-à-dire en demi-pension, derrière chez moi... vous savez , dans ma rne. — Enfin , que fait cette dame maintenant? — Rien... mais elle a Tintention de rentrer dans le commerce.
— On ne vit pas avec des intentions. — Je pense qu'elle a encore quelque chose... et puis de grandes espérances... Ma foi... si je n'étais pas si jeune... elle m'aime tant !... je ne trouverai jamais une femme qui m'aime autant... je crois que je ferais hien de l'épouser. 9
Je m'arrête devant Adolphe, et je le regarde fixement en lui disant : « Vous êtes fou , mon cher ami ! — Parce que j'adore Juliette?...
— Âdorez4a, bon; mais ne parlez pas
d'épouser une femme que vous connaissez
à peine!... qui vous a fait des histoires qui
sont probablement de son invention... qui a
peut-être eu déjà douze amants avant vous ,
et qui certainement eu aura après... ou avec
vous. J»
Adolphe pince ses lèvres; il est fâché, et me répond d'un ton aigre : c Monsieur, je ne c sais pas pourquoi vous me dites du mal de c madame Ulysse; elle ne le mérite pas»
< et d'ailleurs vous ne la connaissez pas ;
< ainsi...
i — Ëh , mon Dieu ! mon cher Adolphe , si c vous m'appelez monsieur, je vois que vous « ne m'écoutez plus... Aimez madame Ulysse, i mon ami , soyez heureux avec elle , mais par c grâce ne pensez pas à Tépouser... Tenez , je c gage qu'avant trois mois vous me direz que
< j'avais raison. — Je gage bien que non. — 4 En attendant, allons nous coucher. Adieu , c Adolphe. — Bonsoir, monsieur Arthur. >
Il me quitte encore fâché.