TOME IV
coDtenter... mon cher M. Arthur, je vous dirai que je suis à présent le plus heureux des hommes! — J'en suis fort aise. — D'abord, je me suis, comme tous Tavez vu , raccommodé avec Juliette... J'ai eu de la peine... oh! elle ne voulait pas... il a fallu que je la menace de m'enfermer avec un fourneau de charbon... Enfin, c'est fini... nous vivons comme des colombes... Elle est d'une douceur de caractère !... 11 n'y a que dans ce moment-ci que son état la change un peu... Dites donc... je vais être père !... — Je vous en fais mon compliment. — Ma foi , j'en suis tout glorieux !..< je ne fais que chanter l'air de la PUté filiale... Je n'ai pas besoin de vous dire que Juliette a dissipé tous mes soupçons, relativement à l'aventure de l'île Saint-Denis... j'avais été aveuglé par la jalousie. Du reste, ce Théodore est un drôle ! un chenapan ! Juliette m'a autorisé à le tuer toutes les fois que je le rencontrerais... mais le coquin m'évite sans doute, car je ne l'ai pas aperçu depuis que... Ah! mon Dieu!... et Juliette qui at-
c tend les crevettes... et moi qui n*y pensais « plus... Pardon, M. Arthur, si je vous quitte c si brusquement... •
Et Adolphe se sauve sans achever même sa phrase. Je le laisse aller, et je rentre chez moi ; j*ai déjà oublié Désigny et sa maîtresse, je ne pense qu*à Clémence que je compte voir demain. Rien de moins aimable dans le monde qu'un homme amoureux; parlez-lui de tout ce que vous voudrez; dites-lui les choses les plus intéressantes , vous croyez qu'il vous écoute parôe qu'il reste muet devant vous; mais il est tout préoccupé de ses amours ; et au bout d'une minute il ne se rappelle pas un mot de ce que vous lui avez dit.
Toute la nuit je pense à Clémence, au plaisir que j'aurai à la revoir; plus je me rappelle sa conduite avec moi, les nombreuses marques d'amour qu'elle m'a données, les sacrifices qu'elle m'a faits, plus je m'étanne d'avoir cru si légèrement qu'elle avait cessé de m'aimer. Quelle preuve en ai-je eu?... Son oubli... Mais qui m'assure qu'elle m'avait oublié? tout en m'aimanl toujours ne pouvait-elle pas savoir
?• MI lAHAIS,
que j*étaiâ amoureux d'une autre?... rTétaiUce pas une raison suffisante pour ne plus me donner de ses nouvelles... surtout après la manière peu aimable dont je m*étais conduit avec elle la dernière fois qu'elle vint me voir? Je Tai rencontrée dans la rue, donnant le bras à un jeune homme, et de là j'ai conclu que ce jeune homme était son amant ! N*est*ce pas juger un peu vite? Une femme ne peut-elle sortir avec un homme sans qu'une liaison intime existe entre eux? Certes, j*ai eu cent fois des preuves du contraire I Pourquoi donc ai*je surle-'Champ cru à l'inconstance de Clémence!... Oh! j'avais tort... tout me dit main* tenant que j'avais tort. Elle est revenue, elle désire me revoir, c'est qu'elle m'aime toujours... je retrouverai ma Clémence d'autrefois ! et je goûterai bien mieux mon bonheur, car c'est lorsque l'on a craint de perdre ceux qu'on aime, que l'on sent à quel point ils nous sont chers*
Sur les dix heures du matin , je ne tiens plus chez moi. Je sors pour aller chez Clémence; il est encore de bonne heure, mais
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Clémence h'est point de ces jolies femmes qui ne sont visibles que lorsque leur toilette est entièrement achevée; elle se laisse voir sans apprêts , dans un simple négligé < et les femmes qui se montrent ainsi sont ordinairement ntatinales^
Je ne sais pas le nom de la rue ou je suis allé avec M« Lubin , mais je ne suis point embarrassé pour la retrouver, et cette fois je suis fort aise de ne pas avoir Thomme delettres avec moi. M*y voici. Je reconnais parfaitement cette me*** Voilà la maison où elle demeure..* Mon dBtir bat comme si j'allais à un premier rendezvous.4. Ab ! c'est bien plus pour moi!.. .Un premier rendez^vous n'est souvent qu'un premier plaisir, qu'un second ferabientdt oublier; mais quand il s'agit d'une ancienne amie, d'une femme que l'on ne peut pas remplacer» notre cœur attend du bonheur pour toute la vie !...
A quel étage demeure-t-elle?... Je ne sais pas le nom qu'elle porte maintenant... que demanderai-je au portier?... Entrons vite ei sajEis m'arréter... peut-être ne me demanderat^il pas où je vais.
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Je marche hardiment vers la porte cochère, je passe devant le portier, et je suis contre Tescalier lorsqu'une voie me crie :
< Monsieur, où allez-vous?... »
Je m'arrête , car je ne veux cependant pas avoir Tair d'un voleur, et je balbutie : c Je vais.», je vais... chez cette dame... vous savez bien... cette jeune dame qui demeure seule... madame... mon Dieu! ce nom m'échappe toujours; madame... madame Clémence...
de... des...
c — Clémence Desmares , alors... — Juste^ ment , madame Clémence Desmares. — A la bonne heure... mais on dit où Ton va... on on ne passe pas comme une fusée devant les portiers... Vous savez que c'est au troisième, la porte à gauche... — Oui... oui , je le sais , je vous remercie. > Je me rappelle maintenant que Desmares est le nom de famille de Clémence , j'aurais dû deviner que c'était celui-là qu'elle avait repris. N'importe, me voilà certain que c'est ici, au troisième, qu'elle loge; je monte... mais plus doucement, car ma poitrine se
gonfle... L*approche d'un grand plaisir gène toujours notre respiration... Je suis arrivé au second étage lorsque j'en tends ouvrir une porte et parlera Tétage supérieur... Je noi'arrète... je pense que c'est Clémence qui sort.
C'est un homme qui parle; j'entends ces mots: c Au revoir, ma bonne amie... Je rec viendrai le plus tôt possible. »
Et puis on s'embrasse... Oh ! on s'embrasse plusieurs fois bien tendrement; une porte se ferme, et j'entends descendre dans l'escalier.
Je suis resté sans bouger sur le carré du second étage. Je me suis senti glacé, et pourtant mes joues sont brûlantes, ma tète est en feu.
C'est un jeune homme qui descend... Ah ! c'est lui!... c'est le même que j'ai vu tenant Clémence sous son bras.*., il sort de chez elle... à dix heures du matin... et le son de ses baisers retentit encore à mon oreille! et je me flattais... et je cherchais à me persuader que j'avais tort de penser qu'il était l'amant de Clémence!
Ce monsieur passe devant moi, il porte la
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main à son cb«pean , puis continue de descendre. Je suis resté comme un terme , appuyé sur la rampe : c'est trop de peine au moment où je croyais retrouTer le bonheur.
Je reste quelques instants accablé sous le poids de ma douleur» puis je rappelle mon courage , je rougis de ma faiblesse, ei je descends rapidement Tescalier. Maintenanl il est inutile que je la revoie... La perfide !... venir chez moi , quand elle en aime un autre !... c'est donc pour faire parade de son inconstance, pour jouir de ma peine ! mais elle n*aura pas ce plaisir I Je jure bien qu'elle ne fne verra plus.
Je suis sorti de cette maison... où j*étais entré si heureux , le cœur rempli de si doux souvenirs..^ Allons ! il faut chasser Ces idées; j*étais bien niais de croire que Ton m*était resté fidèle ! C'est singulier que pour rameur et Tamoar-propre, Texpérience soit presque toujours sans profit.
Pendant plusieurs jours , je cours le monde, les soirées, les réunions; je veux me distraire, m'étourdir; mais, au milieu des plaisirs, je
porte un visage triste « dont on me fait la guerre* Je ne sais pas prendre sut moi et déguiser ce que je ressens. Quand je veux rire, je commence par soupirer.
Un malin, je rencontre Darbois, qui me dit :
< J'allais chez toi*., le faire mes adieux. — € Où vas-tu? — En Italie... Un voyage d'agréc ment avec un riche Anglais..* à frais com* c muns; mais c'est milord qui payera tout... I II a une bonne voiture**, une calèche; on
s'étend, on est à son aise».. Je ferai septoti f huit pièces en route ; je trouverai des sujets c partout... En six mois nous aurons vu toute f ritalie... Veux-tu venir avec nous?... — Si € j'acceptais, que dirais-tu? — J'en serais c enchanté , parole d'honneur! — Mais, ton c milord?... — C'est un bon homme! pourvu c qu'on le fasse rire, il est heureux comme c un roi. — Mais je voudrais payer mes dé-
< penses, moi; je n'entends pas que ton « Anglais me défraye... — Tu payeras tout ce
< que tu voudras ; on est libre. Je n'empêche c jamais les autres de payer. Voyons , est-ce c dit? Viens-tu avec nous? — C'est décidé. Je
Si NI JAHàlS
c vais de ce pas chercher un passe-port. — c Bravo ! c*est charmant {..«Et moi je vais préc venir lord Beef que nous serons trois au c lieu de deux... Oh! allons-nous faire des « pièces en roule!... — A quand le départ? — c Demain , à six heures du soir... Tiens, voici ff Tadressede Thôtel de mon Anglais; fais-y c porter ta valise. >
Le lendemain je suis exact au rendez-vous; et, à six heures cinq minutes, je pars de Paris dans une bonne calèche couverte, avec Darbois et lord Beef que je vois pour k première fois.
Ml TOUJOURS.