‹ Ni jamais ni toujoursChapitre 70 sur 78 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Voyage et retour. — Une eiplication.

H y a peu de chagrins qui résisleut à la distraction d'un voyage ; lorsqu'il ne les dissipe pas entièrement, au moins parvient -il toujours à les diminuer; le changement d'air, de lieu , en ranimant les esprits, ramène souvent la santé, et rappelle aussi la gaieté, qui est la santé morale. 11 semble que nos peines et notre mal soient quelquefois attachés aux murs qui nous entourent; en les perdant de vue, nous sommes déjà soulagés.

J'éprouve l'heureuse influence des voyages. Au bout de quelques postes je respire plus à mon aise ; quelques lieues encore et je commence à rire des réflexions de Darbois et des mines de notre compagnon de route.

Lord Beef est un Anglais dans toute la force

M m JAMAIS,

physique; grand, gros, blond roux avec de gros yeux à fleur de tète , et de grandes guêtres qui montent jusqu'au genou. Il a d*abord reçu assez froidement le $alut que je lui ai fait en montant en voiture. Petit à petit pourtant, il se déride, et son air est plus aimable avec moi.

Je fais part à Darbois de mes réflexions et il me dit : c C'est qu^en montant en voiture i tu avais Tair gai comme un croque-mort , € et que cela n'avait pas semblé de bon augure « à milord , qui désire faire un voyage d^agré-

< ment ; mais tu t*égayes, tu souris, tu deviens c aimable... Milord change d'opinion sur ton f compte , et redevient content aussi ; cornc prends^tu? — Parfaitement; mais il n'a pas

< encore parlé ton lord Beef , est-ce qu'il ne c sait pas le français? — Il ne l'entend pas

< trèÇ'bien et n'en sait encore que peu de c mots... c'est pour cela qu'il tient beaucoup c à l'expression des physionomies. Attends, c je vais le faire parler. •

Darbois se tourne vers lord Beef, et lui frappe sur le genou, en lui disant : < Eh bien !

NI TOUJOURS. SK

4 milord, cette santé est toujours bonne?

€ Salut, monsieur! > répond TAnglais eu

secouant la tète et en serrant affectueusement

la main de mon collègue ; celui-ci reprend :

< Sommes-nous en bonnes dispositions pour c le déjeuner, milord? Bonjour, monsieur! » répond TAnglais en secouant de nouveau la main de Darbois.

c Et ferons-nous une foule de conquêtes « en voyage , milord , ainsi que je me le suis € promis?

c — Bonsoir, monsieur I » répond lord Beef en lâchant cette fois la main de mon ami.

i Eh bien ! j'espère que c'est gentil , > me dit Darbois , qui se pince lejs lèvres en me regardant. € Voilà à peu près tout ce qu'il sait « de français , mais il place cela très-adroi-

< temeot! — Comment! indigue menteur, c voilà l'homme avec lequel tu voulais faire ( seul un voyage d'agrément? — El pourquoi

< pas? je parle pour deux, moi, et milord « mange pour quatre ; je t'assure que c'est un « compagnon de route très-agréable; excellent « homme du reste , et qui est toujours con-

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