PACL DE KOCK. — TOME IV
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c tent quand on a Tair gai et quand on a bon ( appétit. — Malgré cela , j^ayoue que sa conc versalion me parait un peu décousue ! — Tu € t'y feras. >
Nous avons pris la route de Lyon. Darbois veut visiter les Apennins, le Piémont; mais à chaque poste il change d*avis, nous ne sommes jamais certains la veille du chemin qu'il nous fera faire le lendemain. Je me laisse conduire; peu m'importe quelle route nous suivrons, par quelle ville nous passerons. Je vois d'autres lieux , des pays nouveaux pour moi , c'est tout ce que je désire. Quant à lord Beef , quand Darbois lui demande s'il préfère voir Nice ou Milan » il répond : c Bonsoir, tnonsieur! >
Lorsque Darbois est content de la cuisine d'une ville, il n'y a plus moyen de la lui faire quitter. Ensuite, que ce soit notre chemin ou non , il nous fait passer par les pays dont on vante quelques produits. Dans l'un, nous restons huit jours à cause des pâtés; dans un autre , nous en passons quatre pour son vin ; Darbois, qui aime beaucoup la charcuterie, nous fait rester quinze jours à Lyon,
Irouvant toujours un prétexle pour retarder notre départ. Cependant, le pauvre lord Beef, qui n^aime ni la hure ni le saucisson, répond : I Bonsoir^ monsieur ! > d*un air de fort mauvaise humeur, quand Darbois lui offre de la charcuterie, et baraguine ensuite plusieurs minutes dans un jargon que nous ne pouvons comprendre; malgré cela , Darbois prétend que milord s*amuse beaucoup dans notre compagnie, et qu'il est fort satisfait de son voyage d'agrément. Nous arrivons enfin à Milan. Pendant que je visite la ville et les environs, que lord Beef se promène en roulant de gros yeux et en disant : I Bonsoir, monsieuvy i à toutes les personnes qui Fexaminent, Darbois, qui cherche probablement un sujet de pièce avec les Milanaises, disparait le matin après le déjeuner et me laisse toute la journée en société avec milord. En toute autre circonstance» je me fâcherais de la conduite de mon collègue, qui s*est débarrassé sur moi du soin de tenir compagnie à son Anglais, et me fait faire un singulier voyage d'agrément. Mais heureusement pour Dar« bois que mes souvenirs de Paris ne sant pas
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entièrement bannis de ma mémoire, el lorsque je suis avec lord Beef, comme rien ne m*empéche de me croire seul , je puis tout à mon aise me livrer à mes pensées et me transporter en idée dans ce Paris que j^ai quitté si pré^ cipitamment.
Darbois nous fait aller à Florence, à Gènes, à Parme; mon collègue a pris un grand amour pour le macaroni, et dans les villes où on le fait le plus à son goût, il nous assure qu*i! y a une foule de choses curieuses à voir. Lord Beef, amateur de tout ce qu*on lui dit être curieux, ne se lasse pas de se promener; mais je commence à me lasser de îe conduire et d*en tendre ses bonsoir ou salut, monsieur. Il y a déjà quatre mois que nous voyageons; Tagrément me semble se prolonger beaucoup, et j aurais déjà quitté Darbois et son Anglais, sans le souvenir de ces baisers que j'ai entendu donner et recevoir si près de moi... Maudits baisers!... si doux pour un autre, et qui m*ont fait tantde mal!... je crois vous entendreencore! et c'est ce qui m*erapéchede retournera Paris. Si je rencontrais Clémence, il me sembleque je
ne pourrais m'empêcher de lui reprocher sa perfidie... Et à quoi cela ra'avancerait-il?... cela serait tout aussi inutile que de la supplier de m'aimer encore.
Darbois* qui a sans doute laissé à Milan quelque jolie femme qu'il désire revoir, nous y ramène en nous soutenant quec'estle chemin pour aller à Naples; et un malin, en me promenant dans la ville, je ne suis pas peu surpris de me voir accosté par ce même jeune homme avec lequel je causais toujours dans les salons de M. de Reveillère.
I C'est vous, M. Arthur... vous à Milan? — Pourquoi pas? vous y êtes bien... — Oh! moi c'est par ordonnance du médecin ; on me conseille quelques mois d'Italie... je vais aller à Rome... si j'en ai le courage, car je n'ai quitté Paris que depuis huit jours et je m'ennuie déjà... — Donnez-m'en donc des nouvelles, à moi qui suis absent depuis près de cinq mois. — Oh ! j'en sais de fort piquantes!... Vous vous rappelez bien la baronne de Harleville... cette jolie femme ci-devant
madame d'Asveda... dont vous prétendez
n'avoir pas été amoureux. . — Eh bien ! la baronne... achevez... — Au bout de fort peu de temps de ménage, son mari, déjà jaloux , Tavait emmenée en Angleterre... — Ah! ils sont en Angleterre... — Attendez donc : là , il parait qu'un jeune lord a fait les doux yeux à la baronne... nouvelle fureur de ce pauvre mari qui, ne sachant plus que faire, se décide à ramener sa jolie femme à Paris!... Mais le jeune lord les avait suivis en cachette. Cependant le baron fait ce qu'il peut pour que sa femme oublie les plaisirs de Londres; il lui prodigue fêtes, cadeaux, parures, il fait pour elle mille folies ; et pour récompense, savez-vousceque sa chère épouse a fait?... vous ne devinez pas, mon cher?... — Parlez, de grâce... — Elle s'est fait enlever par l'Anglais et a laissé là son vieux ba* ron, après avoir, à ce qu'il parait, emprunté de l'argent et souscrit des billets que son époux se croit obligé de payer... — Ah! grand Dieu !... que m'apprenez-vous!... — Rien de bien extraordinaire... ce que j'avais prévu... prédit... — Mais le baron ? — Le
baron, dont les affaires étaient déjà dérangées par suite du train de vie qu'il menait' depuis son mariage, mais dont vous connaissez la fierté, n'en a pas moins reconnu toutes les dettes de sa femme pour faire honneur à son nom ; et, en attendant qu'il puisse les payer, il s'est laissé conduire en prison. — En prison !... mon... M. de Harleville en prison pour dettes!... — Il n'a que ce qu'il mérite : un homme raisonnable n'épouse pas une femme galante , madame d'Asveda n'était pas autre chose!... Mais dites-moi, à votre tour, que fait-on dans ce pays? Gomment s'amuse-t-on ? Les Milanaises sont-elles aimables?... — Pardon... je n'ai pas le temps... je vous salue. > Je quitte si brusquement le pauvre jeune homme qu'il en reste interdit au milieu de la rue. Mais j*ai déjà pris mon parti, et je me hâte de retourner à l'hôtel où nous logeons ; je commande des chevaux de poste et fais surle-champ les préparatifs de mon départ. Lord Beef est seul à l'hôtel ; en me voyant aller eA venir avec précipitation, il cherche à deviner
il . NI lAMAISf
ccquî m^occupe, et, voulaut me questionner^ m'accable de : Salut, monsieur!
Darbois est capable de ne revenir que le soir; les chevaux bont prêts; je ne veux pas attendre ; je laisse un mot pour mon collègue, dans lequel je lui apprends qu'un motif impérieux m'oblige à partir sur-le-cbamp pour Paris. Puis, serrant la main de lofd Beef qui me regarde avec inquiétude, je lui dis adieu, en réponse à un bonsoir, monsieur, qui n'a jamais été si bien placé.
Me voilà en route; dans cinq jours je serai à Paris ; j'ai le temps de réfléchir tout à mon aise; je ne puis supporter l'idée de savoir mon père en prison. Habituée vivre dans l'aisatice, à l'âge oïl l'on ne devrait plus connaître les ennuis, les tracas de la vie, être en prison!... Je ne l'y laisserai pas , tant que mes moyens me permettront de l'en tirer. Mon père m'a privé de sa tendresse , mais cela ne doit pas m'exempter de faire mon devoir, et d'ailleurs je sens bien que je Vaime toujours, moi, et que la nature n'est pas muette dans mon cœur comme dans le sien.
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Je vendrai mes rentes , tout ce que je possède, si cela est nécessaire pour libérer mon père ; je suis jeune encore, je puis travailler, je puis supporter des privations : mais le baron de Harleville ne doit pas être obligé d'avoir recours à des étrangers ; il mourrait plutôt en prison... Oui, je le connais; il est trop fier pour endurer la moindre humiliation.
J'arrive à Paris, moulu par le voyage; mais je ne prends pas le temps de me reposer. A peine ai-je été chez moi pour changer de vêtements, que je cours chez un jeune avoué qui s^entend parfaitement aux affaires; je lui apprends mes intentions : il se chargera d*abord de savoir pour quelle somme le baron de Harleville est détenu à Sainte-Pélagie. Il promet de me le dire dès le lendemain, et j'attends avec impatience ce moment.
Mon avoué me tient parole : le lendemain je sais que mon père a reconnu des dettes pour quarante-trois mille francs. C'est pour cette somme qu'il est détenu; avec les frais, cela pourra monter à quarante-cinq mille francs. Je respire !.,. je puis facilement réaliser
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cette somme. A la vérité, il ne me restera plus que douze à quinze cents fraucs de rente; mais qu'importe! un auteur nVt-il passa plume?... Il est vrai que malheureusement les scènes dramatiques semblent de préférence s'adresser à la fortune : l'auteur qui a besoin de travailler pour vivre est presque toujours l'auteur qu'on sifflera; mais ces réflexions ne changeront rien à ma résolution.
Je vais trouver un agent de change; je vends mes rentes; j'ai la somme qu'il me faut, et après m'étre muni d'une permission , je me rends à Sainte-Pélagie où je demande à parler au baron de Harleville.
Mon père a une chambre pour lui seul ; on me permet de l'y voir. Je ne puis rendre ce que j'éprouve en traversant les tristes corridors de la maison d'arrêt; en suivant l'homme qui me conduit près de mon père , je me rappelle toute la haine que le baron me porte , la défense qu'il m'a faite, les sentiments qu'il me suppose pour sa femme, et au moment où Ton m'ouvre la porte de sa chambre, je me sens frémir et trembler comme si
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je venais pour faire une mauvaise action.
Mon père est assis devant une table , la tête penchée sur sa poitrine ; il porte , suivant sou usage, une redingote bleue, un gilet blanc, un col noir ; ses cheveux me semblent déjà blanchis; sa physionomie est triste, mais n'a rien perdu de sa fierté. A mon entrée dans sa chambre, présumant, sans doute, que c'est le porte-clefs, il ne tourne pas la tète, et je reste quelques instants à le considérer, sans qu*il se doute que son fils est auprès de lui.
Je me décide cependant à faire quelques pas vers lui, en balbutiant : c Pardon, M. le baron , « si j*ose... >
Ma voix le fait tressaillir, il lève vivement la tète, fronce les sourcils en m*apercevant et s écrie :
« Vous ici, monsieur ^. que venez-vous y € faire?... Qui vous a permis de venir m'y € poursuivre? Avez-vous oublié la défense que I je vous ai faite?
€ — Non , monsieur, mais j'ai cru que les 4 murs de cette prison me permettaient de € l'enfreindre...
c — Vous avez eu lorl... doublement tort... venir me voir dans cette maison... n'est-ce pas encore pour insulter à mon malheur?... c — Ah !... monsieur ! pouvez-vous me supposer cette affreuse pensée !
c — Oui, oui, je dois croire capable de toutes les perfidies celui qui n'a pas craint de porter des regards criminels sur Tépouse de son père, et qui, bravant ma défense, méconnaissant mon autorité, poursuit en tous lieux Fobjet de sa honteuse passion... Si j'avais pu excuser, pardonner un égarement passager, votre obstination à nous suivre, lorsque j'emmenais ma femme loin de Paris, votre présence à Gros-Bois, dans Fauberge où nous étions , sont des faits qui suffiraient pour motiver mon courroux.
< — Monsieur. . . vous méjugez bien mal !... vous m'accusez à tort !... sî vous saviez quel motif me faisait agir alors... mais, hélas! vous ne me croiriez pas ! vous êtes tellement prévenu contre moi !...
c — Si jef us injuste pour vous jadis, vousavez bien pris soin, depuis, de me donner raison ! »
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Le baron se lève , marche avec agitation dans la chambre, en prononçant qnel<)iies mots que je ne purs comprendre, puis, s'arrétant tout à coup devant moi, il me montre la porte, en me disant :
< Sortez , monsieur, sortez ; et désormais, c dispensez-moi de vos visites. >
Le ton dont mon ^ère me dit ces mots a quelque chose de si dur et de si méprisant, que je sens à mon tour ma fierté renaître; mon front rougit, mais ce n'est plus de crainte; mon courage est revenu, ma conscience me dit que je ne dois point trembler comme un coupable , et loin de sortir, je réponds à mon père, d'un ton calme , mais ferme :
f Non, M. le baron, je ne vous quitterai c pas ainsi. Il y a trop longtemps que je suis € en butte à vos mépris , à votre haine> sans en
< deviner la cause... car ce n'est pas de votre c mariage avec madame d'Asveda que date c Taversion que vous me témoignez ; vous € m'avez renié pour votre fils , depuis que , « malgré vos remontrances, j'ai embrassé la
< profession des lettres; mais il n'est pas