‹ Ni jamais ni toujoursChapitre 76 sur 78 · CHAPITRE VII ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII ET DERNIER

L^adjoint do nuire.

Clémence a entièrement recouvré la santé ; elle est jolie, aimante» bonne comme autrefois : et je crois que je la chéris cent fois plus encore, car j'ai eu une occasion de savoirque les femmes qui nous aiment réellement sans caprices, sans coquetterie, sont aussi les seules près desquelles nous sommes vraiment heureux.

Je me suis informé de la situation de mon père; j'ai appris qu'après être sorti de prison, il avait vu de nouveau accourir près de lui ses hautes connaissances , ses amis du grand monde, presque tous gens titrés comme lui , qui ne lui auraient pas avancé un sou pour sortir de prison , parce que ces personnes-là n'aiment pas à prêter de 1 argent , ce qui , d'ailleurs, leur serait souvent difficile, mais qui se

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sont empressées de lui offrir leur appui, leur crédit près des ministres et des personnages en faveur : car il ne faut pas croire que les hommes obligeants soient rares , au contraire , entre gens de la même caste , on aime à se rendre service, à se soutenir mutuellement; mais il ne faut pas que cela aille jusqu'à prêter de l'argent , c'est là que viennent échouer les meilleures dispositions.

Par le crédit de ses amis, et grâce au nom honorable qu'il porte, le baron de Harleville vient d'être nommé à un emploi important dans la maison du roi, et , ce qui est mieux , c'est qu'il a daigné accepter. Le voilà donc en faveur, en crédit, et à même surtout de faire des heu^ reux; car, sa charge le mettant continuellement en relation avec les gens en place, il lui est facile d'en obtenir ce qu'il leur demandera. Mais je connais le baron , et je suis certain qu'il n'emploiera jamais son crédit que pour les personnes qu'il en jugera dignes.

Tranquille sur le sort de mon père, pouvant maintenant voir Clémence chaque jour, et passant près d'elle tout le temps que je ne

Ni TOUJOURS. 14S

donn€ pas au travail, je devrais être entièrement heureux; mais il y a encore quelque chose qui trouble mon bonheur, qui m'afflige au fond de Tâme, et que je ne sais comment faire cesser.

Je me suis aperçu que Clémence est dans la gêne, qu'elle s'impose mille privations; elle a essayé , mais en vain , de me le cacher. Entre nous il ne peut y avoir de mystère ; nous devinons ce que nous ne nous disons pas. Je Tai priée , suppliée de partager ce que je possède encore; elle m'a refusé; refusé avec fierté, avec fermeté; elle ne veut de moi que mon amour; elle m'a dit qu'elle se fâcherait si je lui faisais encore de semblables propositions. J'ai été obligé de me taire; mais cependant je me désole de ne pouvoir changer sa situation.

Un soir je l'ai quittée tard; elle est encore faible des suites de sa maladie, elle a besoin de repos, elle m'assure qu'elle va s'y livrer. Je m'éloigne, mais je suis inquiet, agité, et, au bout d'une demi-heure, quelque chose me ra. mène chez Clémence.

Je la trouve encore levée, travaillant près de

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sa lampe , usanC ses yeux sur ces ouvrages de femme qui demandent tant de temps et rapportent si peu. Je lui arrache sa broderie en m*écriant:

t Clémence! vous voyez bien que tous me trompez.... TOUS vous tuez pour gagner quelques sous... et TOUS refusez mes serrices !... c — Arthur, je rougirais deTant vous si j*étaisàTOtre charge... Jesaisque, pour payer les dettes de TOtre père, tous aTcz été obligé à de grands sacrifices... et d*ailleurs, je ne Teux pas être entretenue!...

< — Quel mot prononcez-Tous là!... Votre fierté est déplacée, ridicule!.... quand on s'aime comme nous nous aimons tout doit être commun...

c — Mais mon Dieu , je suis heureuse ! je TOUS vois tous les jours , tous m*aimez, c*est tout ce que je demande... Je suis bien la maîtresse de traTailler, j'espère !... — Non, TOUS n*étes pas maîtresse d'altérer votre sauté, de prendre sur votre repos... si vous le faites, c'est que vous y êtes forcée. De grâce, répondez-moi franchement ,

lis

combien votre mari vous donue-t-il de pension?... — Mais... — Et ne me mentez pas, ou je me fâche aussi. — Il me donne... quatre cents francs... — Quatre cents francs!... un homme qui a quinze mille francs de rente!... — J'ai été coupable... je n'ai pas le droit de me plaindre... — Quatre cents francs!... Pauvre femme!... et on veut que vous viviez avec cela?... — En travaillant beaucoup, je puis en gagner à peu près autant. Cela me suffirait ; mais si je suis un peu gênée, c'est ma maladie qui en est cause... et puis M. Moncarville ne m'envoit pas toujours exactement ce qu'il doit me donner... — C'est-à-dire que, non content de vous laisser dans la misère, ît ne vous donne pas encore le pain qu'il vous promet!... — Arthur... je dois souffrir en silence; tout cela est la suite de ma faute... mais puisque je ne me plains pas, puisque je me trouve heureuse, moi. — Si vous avez été coupable, j'en suis la cause c'est donc à moi de vous tirer de cette pénible position... Vous ne pouvez rester dans cette

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