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beurre, de coofilares; là ce sont des pommes^ du jambon ; mais pour tous c'est le même appétit. Cependant je remarque quequelques-uns rôdent autour de celui dont le déjeuner est le plus succulent ; alors on se propose des échanges.
c Francis , donne^moi de ce que f as , je te donnerai de ce que j'ai.». — Qu'est-ce que t'as, toi?... — Des pommes cuites joliment sucrées , va ! — Ah I ben , c'est ça , je vais lui donner de mes confitures pour ses pommes... pas si bête !... — Et les fois que j'avais de la bonne graisse dans une tasse ,. je t'en ai bien donné , moi ! — Tiens ! c'était pas le Pérou, ta graisse,.. — Voyons, veux-tu mêler? — Non* — Une fois deux fois? — Je te dis non ! — C'est bon, ne viens plus m'emprunter mon bilboquet alors, je ne te prêterai plus rien ! > Pendant ce colloque, plusieurs élèves ont donné chacun un sou à l'un des grands qui part, et revient bientôt avec une feuille de papier couverte de pommes de terre frites : c'est un mets en grande faveur dans les peu-
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siens : celui qui s'est chargé de la commission fait aussi la répartition » mais bientôt des plaintes s'élèvent.
c Fissart en a plus que moi,.. j*ai pas ma • part... — Si, t'as ta part. — Non... il en a t plus, lui..» d'ailleurs comptons, je veux f compter, moi;... Tois-tu, j'en ai que dix-
< neuf et il en a vingt-trois? — Mais les tiennes ( sont biea plus grosses. — C'est pas vrai ! « — Tu DOQS ennuies l fait*il du train pour « quatre méchantes pommes de terre ! . . . tenez, « il va pleurer. — C'est que c'est pas juste, « on me fait toujours des traîtrises,,. Comme
< l'autre jour pour la mélasse... C'est toujours « les autres qui lèchent le papier et jamais
< inoi...hi! hi! hi! »
Pendant que l'écolier lésé va pleurer dans nn coin , des cris partent d'une autre partie delà classe : c'est un élève qui n'a rien trouvé dans son panier , il bouscule tous les autres en s'écriant :
c J'avais du fromage à la crème étalé sur
< mon pain... On m'a pris mes tartines, on « m'a volé mon déjeuner; je vais le dire à
c monsieur. — Il dit toujours qu*on lai prend f quelque chose , celui-là ! >
Pendant quelques moments, ce ne sont que réclamations et menaces ; mais le premier appétit satisfait , on ne songe plus qu*à jouer. II n*y a pas moyen de s*exercer aux barres, ni au chat , puisqu'on est restreint à la classe , on s*en dédommage par le cheval-fondu , la main-chaude , cachc-tâmpon. J'aperçois beaucoup d*élèves rassemblés autour d*un petit garçon d'une douzaine d'années, à la figure fine et spirituelle, qui semble pérorer et dominer sur ses camarades. Dans toutes les réunion^ , il y a un homme au-dessus des autres, qui , dès qu'il le voudra, saura par son esprit et son éloquence se mettre à la place que la nature lui a destinée, et diriger les volontés des autres de manière à ce qu'on fasse toujours la sienne. Il en est de même chez les enfants. Celui que l'on entourait était le grand génie de la classe; on l'écoutait avec respect , on riait de ses moindres plaisanteries , on le pressait de raconter des histoires. Ce monsieur se faisait prier quelquefois, mais quand il
daignait se rendre aux désirs de ses camarades, il ne fallait pas qu*on eût Tair de douter de ce qu*il disait.
Au moment où je m*approche, tous les petits garçons faisaient des yeux étonnés et ayaient la bouche béante , car le jeune narrateur, qui avait été au spectacle la veille, leur conte les merveilles du Festin de Balthazar.
( Figurez-vous... non, c*est pas ça; figurez-vobs un roi qui a les cheveux très-noirs, une grande barbe, enfin Tair méchant...
vous savez, comme monsieur quand il vous donne de la férule : c*est le roi Ballhazar ; il n*aime pas les Juifs, je n*ai pas trop compris pourquoi... mais enfin il ne peut pas les sentir ces pauvres Juifs. Voilà donc d'abord un beau palais qu'on voit au premier acte, et le roi qui dort, t — Est-ce pour de vrai, Paul ? — Quoi de vrai ? — Si le roi dort tout de bon ? ~ Mais oui , puisque je le dis que j*ai vu ça hier à TÂmbigu-Gomique... est-il béte dem'interrompre pour me direça!... Quinze-Onces,
c si tu dis encore quelque chose, nous allons « te rosser. »
Le petit bonhomme que Ton appelle Quinze- Onces , parce qu*il a douze ans et n*en parait pas sept , tire la langue à ses camarades et va se rouler à terre, en disant : c Tiens, ça ( m^ennuie, moi, son roi qui a de la barbe 1... « j^aime mieux faire la culbute. > Le jeune Paul reprend son récit :
c Je vous disais donc : le roi dort ; il lui c descend des nuages sur le nez... plein la « chambre, ça veut dire que c*est un rêve;
< le roi fait un vilain rêve , car il se tortille c sur son lit comme s*il avait la colique. G*est ( le premier acte.
€ — Et le festin? — Attends donc! On
c voit ensuite une campagne... oh 1 la belle
t campagne!... Les Juifs viennent, ilsonlTair
< d'être ep chemise... G*est un pays chaud « apparemment. Le roi Balthazar arrive... en « chemise aussi et avec un gros bâton , on se
< bat...
€ — Pour de vrai ?... — Veux-tu me laisser « parler... si vous m'interrompez encore, je ne
f conterai plus rien. On se baU les Juifs sont c rosses, ils chantent, et on s*en va.
< — Et le festin ?
< — Attendez donc!... On voit le roi dans un palais encore plus beau. Balthazar arrive sur un cbar dor massif...
f — De l'or vrai?... — Oui, de For vrai, j'en suis bien sûr, puisqu'on disait auprès de moi que ce char-là avait coûté plus de cent écus ! Ensuite ça change, et cm voit la salle des bains avec un grand réservoir et un jet d'ean dans le milieu... et ce n'est pas de l'eau pour semblant; le petit Gérard qui connaît le fils du souffleur a monté sur le théâtre et
c en a ba!
c — Est-elle bonne?...
c Délicieuse !... il dit que c'est comme du
< coco.
c — Tiens! j'aurais bien voulu me baigner
< dans le coco, moi !
c — yeu](-tu te taire, Jules ! Alors il y a un c petit garçon qui fait peur au roi et qui se t cache... — Le roiî — Non, le petit garçon, i Enfin on voit le festin... une grande table
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en fer à cheval comme à la noce de ma cousine au Cadran-Bleu. Us ont tous des cruches d*or devant eux; on chante, on boît^ il fait de Forage; le tonnerre, en tombant, écrit quelque chose sur une porte. Le roi ^ qui ne sait pas lire apparemment, fait venir un jeune homme , qui est au moins en troisième et qui traduit couramment. Puis il tombe un pétard sur le roi^ il meurt, on voit le palais tout en feu violet... G*est magnifique !... et voilà tout ! > Un murmure d'approbation accueille ce récit; le jeune Paul promue sur ses camarades des regards qui semblent dire : < Vous < êtes bien heureux que je vous aie conté ça ! » Puis il rit d*un air moqueur, tire la langue à Fun , fait la grimace à Vautre , va donner un coup de poing à un troisième , celui-ci riposte, les deux écoliers luttent à qui se jettera par terre, mais sans animosité et toujours en riant; enfin Tun d'eux glisse, tombe, se fait une grosse bosse au front et se relève aussitôt en s'écriant : c Je ne me suis pas fait c mal! >
Je laisse ces messieurs se rouler dans la grande classe ; je me rappelle que je suis venu principalement pour voir le fils de madame Ulysse. Je Favais oublié!... Le tableau que f avais sous les yeux me reportait au temps où j*étais écolier moi-même! Le présent avait fui, le passé éeul m'occupait.
J'entre dans la seconde classe , qui n'est séparée de la première que par un vitrage. J'aperçois dans un coin un tout petit garçon qui ne joue pas avec les autres, et tient à sa main une tartine bien légèrement couverte de beurre, à laquelle il n'a pas touché; je m'approche de cet enfant, dont la figure a déjà quelque chose de mélancolique. J'éprouve de la peine à voir de la tristesse sur ses traits si jeunes, qui ne devraient respirer que le plaisir; car j'aime beaucoup les enfants : j'avoue que je les préfère aux hommes; il y a des personnes qui aiment mieux les chiens.
En considérant ce petit garçon , je pense que ce pourrait bien être celui que je désirais voir. Le maître n'a pas chargé le portrait en
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disant que c'était Télèye le plus sale de la classe. Le pauvre enfant a un pantalon déchiré à plusieurs endroits, une veste trouée aux coudes , et à laquelle il n*y a plus de boutons pour se fermer, et tout cela plein de taches, en loques... Ah ! madame Ulysse, en regardant les vêtements qui couvrent à peine votre fils, je ne vous trouve plus si jolie !... et vous voulez faire des contes pour l'éducation des enfants ! Je commence à croire que votre mari abien pu sependre... si toutefois vous avez eu un mari.
< Pourquoi ne jouez-vous pas, mon ami ? > dis-je en m*arrétant devant le petit garçon.
11 lève les yeux sur moi, fait une petite mine moitié triste, moitié honteuse, et balbutie, en me montrant ses camarades : f Ils « ne veulent pas jouer avec moi... ils disent
< que je suis trop sale... ils m'appellent
< déguenillé... »
Pauvre enfant! déjà essuyer le mépris de ceux qui Tentourent, déjà éprouver des humiliations!... et ces autres petits hommes de cinq et six ans, qui ont de Torgueil, de la
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fierté; qui attachent déjà de Fimportance à ane veste > à un pantalon!... Je le répète, noQs naissons avec nos défauts; je commence à croire au système des bosses, c Vous vous nommez Oscar , n'est-ce pas * mon petit ami? — Oui, monsieur. — Et votre maman s'appelle madame Ulysse? — Oui, monsieur. — Et. .. vous aime-t-elle bien votre maman ? — Oh I... oui... quand je suis bien sage. — Est-ce que vous n*étes pas toujours sage? — Dame, c*est qu'à la maison maman ne veut jamais que je remue , parce que ça fait du bruit... Quand je remue par basard , elle me tape , et puis elle me dit : Oh ! que tu es vilain ! tu ressembleras à ton papa!... Je te prendrai en grippe!... > 11 me parait que le souvenir du pendu n'est pas agréable à sa veuve ! Voilà un enfant qui est bien heureux!... chez lui il ne peut pas ranuer, jouer, sous peine d'être t^pé ; et ici ses camarades le rqpoussQut et ne veulent pas l'admettre à leurs jeu^ ^. *
Comment faire pour forcer ces petits drôles i regarder le petit Oscar comme leur égal?
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Je me grattais Toreille... je me sentais aussi embarrassé que pour trouver un joli dénoûment de comédie, et cependant j*étais bien résolu à ne point m*en aller sans avoir mis le pauvre enfant dans une autre position vis-à-vis de ses camarades.
Tout à coup, en me regardant, je m*aperçois que j'ai pour boutons de chemise deux petits ronds d*or émaillé de peu de valeur, mais assez jolis ; je les détache d'après moi, et je les mets au gilet du petit Oscar, que je boutonne avec cela, en ayant soin de lui dire bien haut :
c Tenez , mon ami , votre mère n'a pas f encore eu le temps de vous faire faire une c autre veste et un pantalon ; mais voici des c boutons d'or qu'elle vous envoie pour ferc mer votre gilet. >
Le petit garçon se laisse faire sans rien dire. Déjà les élèves s'étaient arrêtés autour de nous; ils regardaient d'un air surpris, (^ je les entendais murmurer entre eux : c Oh ! c les beaux boutons!... c'est plus fin que de t l'or!... •
J'embrasse l'enfant et je m'éloigne; mais
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aTaBt de descendre je me retourne pour regarder dans la petite classe... Tai réussi ; les boutons ont fait leur effet : le petit Oscar joue avec ses camarades;, il prend sa part de la fécréation*
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