‹ Ni l'un ni l'autreChapitre 9 sur 13 · MO · texte numérisé non relu

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— De par Napoléon prcmior, et Pamoln, la reine de mes pensées, si lu fais un pas de plus, boule-dogue de la Grande-Bretagne , je te casse la tête !

Il y eut alors un moment de stupeur parmi tous les assistons.

Bernard, le bon Bernard , Tennemi intime des batailles, Phomme pacifique par excellence, était capable de tout quand il voyait une injustice, une oppression. Son âme douce et timide s'exaltait, s'enflammait de fureur devant une action lâche et méchante. Vous savez tous qu'il était devenu un héros à la flamboyante épée, parce qu'un cosaque, ayant tué par-derrière Rodolphe , Paide-de-carap, s'était mis à rire comme un ignoble Baskir qu'il était , en lelirant sa lance du corps de Pinforluné militaire français.

Lord Pelham se jetant grossièrement sur Heni'y, venant ajouter à la somme d'inquié-

tudes qu'un duel apporlait déjà à ce jeune homme , lui produisit le même effet que ce cosaque, et chacun vit dans son accent , dans sa figure pâle , qu'il était homme à accomphr la menace qiTil venait de formuler.

— Retirez-vous, vieillard grossier, retirezvous, disait Bernard, ou je vous tue.

Le gentilhomme qui avait accompagné les deux cousins, et ces deux cousins eux-mêmes arrêtèrent lord Pelham, et le menacèrent même de le lier à un arbre sHI continuait ses grossières attaques conlie Henry. Pelham , Phomme le plus violent des quatre parties du monde écumait; il criait qu'd voulait absolument casser le manche du fouet avec lequel il corrigeait ses chiens^ sur la têle de Henry ; puis, par inleivilleil leculait précipitamment en voyantBernard l'ajuster en jurant, par Napoléon et J^amcla.

Il (iriit par entendu* raison, mais < pour se

dédommager de cette contrainte il cria à ses neveux :

— Tuez-le ! ohl tuez-le bien, mes garçons !

La distance fut mesurée et les adversaires convinrent de marcher Tua sur Tautre et de tirer à volonté, après un signal que Bernard lui-même leur donna.

Sydney fit deux pas, mit en joue et tira.

Le coup de Henry partit en même temps que le sien.

On vit, alors, Sydney chanceler, et tomber sur le tapis de neige qui couvrait la prairie.

Henry et le témoin qui avait accompagné les deux cousins se précipitèrent vers le blessé. r ni -lar

— Je suis quelque peu docteur , dit ce témoin , et je vous annonce la mort de Williams Sydney, écuyer.

On eut des peines infinies, alors, à conte-

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Le fougueux gentilhomme, s^inquiétant fort peu du danger que Henry avait couru , oubliait que ce brave jeune homme nVn avait tué un autre qu^à son corps défendant. Il ne voyait que le fait matériel de la mort du malheureux Sydney, et il voulait, disaitril, punir Tassassin.

Calme, respectueux même, Henry opposait aux brutales paroles de lord Pelham, une tenue et des expressions pleines d^une dignité qui eût désarmé tout autre que le père d'Arabelle, mais qui ne faisaient qu^augmenter la fureur de celui-ci.

Bernard, chassé une fois encore hoi*.s de sa sphère par la force desévèriemens, eut recours d^ nouveau à rargiiiuenl du pistolet braque sur le lord qui recula en disant :

— Mais ceîj deux hommes sont des scélérate! T. M. a

— CVst ce qui vous trompe, dit tran(|inllf ment Bernard. Henry vous prouve, depuis mu quarl-d heure, qi^il est lejeune homme le pins doux et le plus patient du monde. Quant à moi, je suis la bienveillance faite homme. .. mais je vous tue, si vous levez encore le manche de voire fouel sur mon ami.

— Le fait est, mon très cher oncle, que vou"^ vous conduisez un peu plus mal qu'un pal frenier, dit Hamilton avec un grand sangfroid. Vous êtes ici spectateur, pas davaiUa- ^e... Capitaine Henry Belton, à nous deux, maintenant !

— M. Hamilton, dit Henry, nVst-re donc pas assez d'aune victime ?

— Dans d'autres circonstances, monsienr, je ne me battrais certainement pas «\ côié du corps de mon pauvre cousin... ! boii Sydney, c''était un honnête et brave genilcm;in... ! mais ils''agit de Thonneur de la famille \ oui»

lez donc prendre votre distance , monsieur.

— Mais, permettez...

— Ah! monsieur, finissons-en, ditHamilton; il fait ici un froid de douze désirés et le froid est mortel pour ma poitrine.

Henry et Hamilton .se placèrent.

— Si tu le lues, mon brave Hamilton, je (e donne mon attelage bai, cria lord Pelham.

— Ce .sont de belles et nobles bêtes, dit Hamilton, avec une grave froideur et ajustant Henry, oui de belles bêtes... ; une encolure un peu normande cependant...

Et il fil feu au même moment que Henry.

Les témoins, après la détonation, regardèrent les deux adversaires. Henry, ferme à sa place , dit à Bernard :

— Je ne suis pas touché. Donne-moi un autre pistolet, car, sans doute, nous allons recommencer.

(Cependant Hamilton, se baissant v(;rs le sol.

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y appuya la main et il s'assit avec difficulté dans la neige.

Tous coururent à lui.

— Êtes- vous blessé, M. Hamilton? dit Henry avec empressement.

— Je ne danserai plus, mon cher capitaine Bellon! vous m'avez cassé la cuisse!'! Si quelqu'un de la société voulait être assez bon pour appeler mes gens qui sont là-bas derrière ces arbres... je demande un peu de célérité, car ce siège de neige est déplorablement malsain.

En un clin d'oeil, les gens d'Hamillon arrivèrent et se disposèrent à l'emporter à bras d'homme vers sa voiture, que les rigoles creusées dans la prairie empêchaient d'arriver jusqu'au champ de bataille.

Mais , pendant que Henry se penchait pour les aider, le poing encore lourd de lord Pelhai)i tomba d'aplomb sur sa lêle. Etourdi

d'abord, Henry roula sur la neige à côté dUamilton.

Quand il rephi ses sens il vil lord Pelham contenu par Bernard, qui le tenait par sa cravate, et mis enjoué par Hamilton qui, toujours assis dans la neige, disait à son oncle, en le tenant bien ajusté :

— Un mort, un blessé suffisaient, je|crois, pour rendre intact l'honneur de la famille. Mais cet honneur où est-il lorsque vous, vieillard grossier, vous frappez ainsi , comme un matelot ivre, ce brave jeune homme ? L'oncle, aussi vrai que mes chiens courans senties meilleurs du comté, j'ai une envie féroce de vous brûler le cervelle. Arrière ! goddam I arriére!

Pelham recula en grondant comme un ours (|«e l'on vient de museler.

— Maintenant, Belton, sauvez-vous, leprit Hamilton. Retournez en France et laissez le cadavre du pauvre S\'dnev se refroidir.

Epuisé par la douleur, Hamilton s''évanouiU Son témoin et lord Pelham remportèrent vers sa voilure, tandis que ses gens se chargeaient du corps de Sydney.

Henry, ignominieusement frappé par le vieux Pelbam avait été au moment de se ruer sur lui el d'en finir avec ce grossier personnage comme avec une bête enragée, en Passommanl. Mais la vue de ces deux horajiies que l'on emportait, Tan déjà défiguré par la mort, l'autre blessé et sans sentiment, agit plus puissamment encore sur son âme que la fureur. Il se laissa emmener par Bernard et, à grands pas, il suivit cet ami fidèle jusque dans le bouquet de bois oi^i le prévoyant M. Jones avait fait tenir une voiture prête.

Mais, chez un homme dont la vie s'est éco^»léedans les agitations de la chasse au renard, des courses de chevaux et dans les plaisirs grossiers de la bouteille, chez un homme

comme loril Pelhain qui, dès le malin même fie ce jour fatal, avait donné de fortes accolades à son vin de France et à son excellent genièvre de Hollande, chez un homme de cette trompe, la colère est un besoin terrible, fé- 1 oce, qui a besoin de s'épancher^ el de se satisfaire. Pelliam ayant bien recommande le blessé au témoin, promit d'aller le voir dans la journée, puis, montant sur son cheval qui l'avait amené, il s'élança ventre à terre sur les traces de Henry , en criant à son domestique de ne pas le suivre et de retourner au château.

Or, Pelliam, vieux elrond comme une futaille, montait à cheval comme un Anglais. 1 -es (ossés, les ruisseaux creusés dans la prairie, rien n'arrôtait sa course. Il labourait*les flancs de son coursier à coups d'éperons, il lui sciait la bouche avec le mors et l'animal, dUbsi luncux i|ue son inaiire, allait comme l«

vent. Enfin Pelham arriva dans le peiit bois qui fermait, du côte du nord, la vaste prairie, il y pénétra bravement en faisant sauter à son cheval une barrière qui lui fermait le chemin ; son cheval, après ce bond prodigieux , reprit son galop, et le vindicatif père d'^Arabelle aperçut enfin Henry et Bernard qui s^avancaient rapidement vers leur voiture dont ils étaient encore éloignés et il cria :

— Arrête! arrête! bâtard! arrête! misérable !

Henry et Bernard pressèrent le pas.

Or, un homme caché à touslesyeux par une haie avait long-temps grelotté derrière ce rampart de houx neigeux pendant les évènemens que nous venons de rapporter. Cet homme , c^étailM. Jones, le vieil ami de Henry Bellon. Il avait vu celui ci se tu'er avec autant de bonheur que d'audace du double duel. L'aclion infâme de lord Pelham après le combat.

et au moment même où Henry donnait ses soins au blessé, avait indigné Thonnête légiste. Voyant ensuite le même Pelbam traverser comme un trait la prairie glacée pour courir sur les traces du brave et généreux jeune homme, Jones s^était dit, en quittant sa place :

— Cours ! cours ! butor ! vieux sanglier! le brave Henry est déjà bien loin.

Ensuite il avait repris le chemin de sa maison en donnant un mélancolique regard à la masse imposante du château , de celte belle et noble demeure qui allait rester long-temps encore silencieuse et déserte. Un coup de feu ayantretenti dans Péloignement, le bon Jones avait dit, en savourant une prise de vir^'inie :

— Quelque bracq|inier , qui profile de Tab-

sence du maîlre mais il fait froid, les

vivres sont hors de prix, et Henry, lui-môme, serait enchanté qu\m de ses paysans mangeât en famille une cuisse de chevreud.

M. Jones rentra chez lui.

Le lendemain, mon lé sur sa vieille jumentv la bêle la plus douce de lout le comlé, il se mit en roule pour aller voir à quelques milles un client qu^il devait détendre dans un procès.

Le froid élail devenu plus piquant encore que la veille , la tjrande prairie qu'il traversait était balayée par un vent du nord qui lui envoyait dans la figure des tourbillons de neige. Jones, habitué aux intempéries du ciel , s'arrêia un moment et jela un long regard sur toutes les dépendances de cette vieille seigneurie de Belton, que le maître fuyait alors parce qu'elle avait été le (héàlre dVm combat où il avait tué un hcteime en se défendant.

— Allons, dit-il en sou()iranl, majordome, garde-chasse el valets se promèneront encore ici Ict. bras croisés pondanl bien long-lcmps ,

et (lire que le propriétaire de loul cela est plus malheureux que le dernier de ces paysans dont les chaumières fument là-bas : vanitas \mnitatum.

M. Jones vit ensuite accourir à lui deux domestiques du château qui avaient un air très affairé.

— Eh bien ! qu"*est-ce , mes maîtres? estce qu^il ne fait pas plus chaud dans la grande cuisine du château qu'ici ? par le temps quHl l'ail, il n'y a que les loups et les hommes de loi qui osent rôder dans la plaine.

L'un de ces hommes lui remit les armes du combat qui avait été oubliées, et qu'il avait trouvées dans la neige.

— Vous remettrez cela , dit Jones, à monsieur VVillis, rintendant. Uélas ! mes enians , il y a une de ces armes-là , qui a lue un homme.

— banb compter^ votie honneui , dil un

des valets, que Ton coupe ce matin la cuisse droite de sir HamiUon.

Jones s'avança vers le petit bois, où la veille Henry avait retrouvé sa voiture , et les deux domestiques du château qui Taimaient , parce qu'il était bon pour tout le monde , lui faisaient ce qu'on appelle un bout de conduite. Tous deux savaient dans quelle estime l'intègre légiste était auprès du lord Henry Bellon, et l'un le suppliait de solliciter sa seigneurie pour qu'elle le fît venir près d'elle au lieu où elle allait se réfugier, l'autre demandait à monter en grade dans les écuries du château. Jones promettait de faire pour le mieux , et, tout en devisant, on entrait plus avant dans le bois. Tout d'un coup , l'un des compagnons de l'honorable W. Jones, cria d'une voix alarmée :

— Un loup!

— Turcves, dit tranquillement l'homme

de loi, tu rêves, mon enfant! grâce î» nos lois sur la chasse, TAngleterre et TÉcosse «sont délivrées de

Il s'interrompit , et, d\me voix plus basse, il reprit :

— CVst ma foi vrai ! c'est un loup ! peutêtre le dernier de cette espèce dans le pays. Mais, par saint Hubert , c'en est un. Courons dessus en criant, il prendra la fuite.

Les trois hommes se mirent à pousser de grands cris , et ie loup s'clançaut dans un taillis , disparut.

Alors une exclamation d'horreur échappa à Jones et à ses compagnons. L'homme de loi sauta en bas de son cheval qui, les oreilles dressées, les naseaux ouverts et les yeux fixes , regardait du côté où l'animal dangereux avait pris la fuite.

Un homme élait étendu dans la neige , inanimé, raide, et le loup avait dévoré une parlie de ses cuisses.

Cet homme , cVf ait lord PclliRm.

Habitué par état à commander à ses émotions, Jones examina le corps du malheureux vieillard. Il ju«^ea qu'il était mort depuis la veille, et il ne fut pas long-temps en doute sur la cause de cette mort.

Lord Pelham avait la tête traversée par une balle, et Jones qui poursuivait son examen avec le sang- froid ordinaire aux gens de sa profession, cl assisté des deux domestiques du château de Belton, reconnut que le vieux gentilhomme avait reçu un coup de feu parderrière. Les pas de son cheval, du haut duquel il était lombé, avaient laissé dans la neige des traces qui fuyaient dans la direction du sud où le château des Pelham était situé. La bourse pleine d^or, la montre et deux bagues de prix avaient été laissées à leur place.

El Jones se perdait en conjectures.

Bienlôt après, plusieurs valets du défunt qui cherchaient leur maître depuis la veille, parurent dans Tallée du bois où le crime avait été consommé.

— Marchez avec précaution dans cette neige, leur cria maître Jones, suivez les bas côtés du chemin. Une trace importante peut s*'effacer sous un soulier feri-é.

Tous obéirent avec le respect dû au caractère de M. Jones.

L'un des domestiques du château deBelton poussa un cri en disant :

— Je tiens les meilleurs renseifrnemens. Tenez!... un pistolet et la bourre que la patle du loup avait enfoncés dans la neii^e.

Jones ouvrit le papier brûlé, sur U'S bords. C'était un fragment de lettre. Il lut :

— A Al. Henry Belton, capitaine à Pari?. Jones ensuile examina le pistolet. Le pom-*

mrau de celle arme élail orné d'un écusson

— lis — anx MMtj, très bien oonmies, dLe Hennr lfK>i

— Drcà. li siUE, dit (ranqaii&eiBiait un des asBâstuiSv que lord Bdtoa aassassiné lord Pelhiz: ~ de pîslolet poor an coup de

d de fioiiet, c est trop.

— Ml i c >âble<« répondit Jones dont les cheTeiix se hén^aienL. Xous stoos tr :es lesartnes là-bas dans la prairie Oli - T "es* iâvré.

— j'.e. dit im antre, ▼oos arez trcKiTe ks - :- . . ^ -^^ celle» qoelord Bdtonaïaît prise* an dialeBa. Mais œUe-là est de fraiRÎqae firancaîse... i&iyex^ bsez plmôt : PARIS, iài5; — eiie Tient du même pajs que la b^uorre. Là capuaine, tout le monde ie sait, amfe de PariSf etil aTait sass doote ces p«stolct-« sor loi cnmwip arme de ¥OTa^e seoie-

0 aî4cn(.

— £c oo pend trèi i>.ea un ;Ki&aiâui« dit un autre.

— Par le cou, ajouta un troisième.

Jones et les domestiques du château de

Belton baissèrent la tète.

L''inlendant de Pelham, chargé par Arabelle de guider les domestiques dans leurs recherches , dit à Jones ;

— Vous, avez vous-même , mis la justice sur les traces de Tassassin. Votre tâche n'est pas finie.

— Je la finirai, monsieur. Suivez-moi tous chez le shérif.

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