Pavillon de Pomone. î tableaux
N° (. Vertumne métamorphosé m vieille parlant à Pomone. Gravé par Fantuzzi d'après le Rosso. Bartech. Anonymes de Fontainebleau, 61.
N» î. Nummrs et femmes cultivant un jardin au pied du terme de Priape. Gravé d'après Primatice par Léon Davent. B. 43.
NICCOLO DELL' ABBATK.
alla par la suite orner la porte du château d'Ànet. Le célèbre orfèvre florentin prétend que les intrigues et l'inimitié de la duchesse d'Étampes lui firent enlever cette commande, pour la donner au Primatice. Il est certain, du moins, qu'il quitta la France dans les premiers jours de 1545, laissant bien des ouvrages inachevés. 11 est donc à croire que Primatice dut s'emparer sans tarder du travail que la retraite de son rival mettait hors de contestation. 11 y déploya toutes les grâces de son génie
9* Salle aucieiwe du Conseil , faisant partie du pavillon des Poésies. « Là est un lambry avec les chiffres et devise de François I". Mais ce « qui s'y voyoit de plus remarquable, c'estoient plusieurs tableaux à « frais, les uns du sieur Rousse, et les autres du sieur de Saint-Martin ; a ensemble leurs bordures de stuc, et quelques figures de relief qui ser- « voient d'ornements, que les iniures du temps ont presque entièrement u ruinées. » (Père Dan, pag. 131.)
Nous ne pouvons que rapporter le passage du père Dan , qui traite de ces peintures, probablement faites avant l'arrivée de Niccolo, et dont nous ne saurions indiquer les sujets. Tout le pavillon des Poésies fut jeté à bas et rebâti par Louis XIV en 1703.
Outre ces énormes travaux , tous consacrés à l'embellissement do château de Fontainebleau , le Primatice et Niccolo dell' Abbate avaient exécuté de nombreux ouvrages soit & Paris soit en d'autres endroits.
< . Vestibule de la Porto dorée.
Côté de l'ÉLmg :
N* L Hercule se laissant habiller m femme par Omphak. Gravé par Léon Davent. Barlsch, 55.
N« t. Hercule dan» Us bras a" Omphale réveilU par la Sagesse. Gravé par Léon DavunL Barlsch, 50.
Côté de la Cour Ovale :
N* 3. Tilon et V Aurore. Voussure. Gravé par FanUizzi (Barlsch, 7), et par Caylus, d'après le dessin original qui appartient au Musée.
N* 4. nercule débarque A Cokhoe. Voussure. Barlsch, Anon. de Fontainebleau. 65. Gravé aussi par Léon Davent. B. 44'.
N* 5. Céphale enlevé" par l'Aurore. Le Sommeil le couvre du ses ailes, l'iafond. Non gravé.
N* 6. Les Titans foudroyés par Jupiter. Plafond. Non gravé.
N* 7. Diane et Endymion. Voussure. Non gravé.
N* 8. Péris blessé par Pyrrhus. ( La désignation de ce sujet nous scmblo fort douteuse). Voussure. (Barlsch, t. XV, p. 415.) Le dessin original appartient au Musée.
Il ne restait presque rien de ces peintures, qui ont du être refaites à peu près en entier par M. Picot, membre do l'Institut. Le n* 5 nous parait être le seul où les traces •lu travail ancien sont encore visibles.
Voici ooe liste succincte de ceux dont la connaissance est venue jusqu'à nous :
1» L'hôtel de Ferrare, dont l'entrée faisait face au château de Fontainebleau, possédait une salle de bains « ornée sur son plafond de quela ques riches peintures de l'habile Saint-Martin, dit Le Primatice, pareilles « a celles de la voûte de la galerie d'Ulysse. » (Guilbert, II, 140.) Il n'en existe plus rien aujourd'hui.
2* La chapelle du château de Fleuri, prés de Fontainebleau, avait été également ornée de fresques par Le Primatice, s'il faut en croire le graveur A. Garnier , qui en a mis au jour plusieurs compositions formant en tout dix -sept pièces. On en peut voir le détail dans le tome VIII du Peintre-Graveur Français de M. Robert Dumesnil (n- 2,10, 32 à 46).
3* L'ancien pavillon de Mendon, qui fut détruit sous Louis XIV, avait été décoré par Niccolo, sous la direction du Primatice. (Voy. Vasari et Félibien.)
4° La chapelle de l'hôtel de Guise avait été ornée entièrement de la main de Niccolo. On y admirait, du temps de d'Argenville, les voyages d'Abraham et de Jacob peints au plafond*; sur les murs, les Pèlerins d'Emmaûs, une Résurrection, un <\'oli me fangere } saint Pierre marchant sur les eaux, et enfin l'Adoration des Mages. Sauvai nous apprend en outre (tome III, page 105,) que dans la chambre de Madame, se voyaient quelques peintures de Messer Niccolo.
L'hôtel de Guise subsiste encore, considérablement agrandi par la famille de Soubise, et en dernier lieu par le gouvernement On n'y voit plus trace de peintures du xvt* siècle.
5< On voyait à la même époque, à l'hôtel de Toulouse, plusieurs dessus de porte représentant des jeux d'enfants, de la main de Niccolo.
6* Hôtel de Montmorency (rue Sainte-Avoie). Voici ce qu'en dit Sauvai (tome 11, page 143) : « On y voyoit, il n'y a pas longtemps, une gal- « lerie peinte par Niccolo de Modène, que l'on connott sous le nom de a Messer Niccolo, sur les dessins de François Primaticbe, abbé de Saint- « Martin, le Raphaël et l'Apelles de son siècle et du royaume. Mais on l'a « ruiné pour y faire un corps de logis... »
Il existe une suite d'estampes représentant les Vertus, tirées de « l'hostel
t. Une composition d'hommes chargeant un chameau, gravée par Léon Davent (Bartach. 63) pourrait bien, malgré l'inscription Bai. i*r*ntt*rà FonlahubUau, avoir bit partie de ces voyages d'Abraham et de Jacob.
u de Montmorency », à Paris chez N. Langlois, sansnom de graveur. Saint- Martin-de-Boulogne inv. et pinx.
7* Chantilly. Le même Sauvai nous apprend (ibid.) qu'on voyait dans le jardin une galerie peinte à fresque par Niccolo. Quant au château d'Écouen, autre précieux témoignage du goût et de la magnificence du connétable de Montmorency, les fresques qui le décorent et qui sont encore en assez bon état, ne nous paraissent ni inventées par Primatice ni peintes par Niccolo. On pourrait peut-être y voir l'ouvrage d'un imitateur du Rosso.
8« Maison proche les Bernardins. — Cette maison dont a parlé Félibien, est décrite en ces termes par Sauvai, tome 111 , page 2 : La « maison « du conseiller Le Tcllier est remarquable par un grand corps de logis a dont l'architecture est magnifique et majestueuse, mais assez mal n entendue dans toutes ses parties; joint qu'elle a encore un crypto- « portique ou gallerie basse à la manière des anciens, où messire Niccolo « a peint à fresc quelques métamorphoses d'Ovide, qui ne sont pas les « moindres ouvrages de ce grand génie. »
lr> Le château de Beauregard, près de Blois, parait avoir contenu d'importantes peintures de Niccolo. Félibien dit qu'il les exécuta d'après les dessins du Primatice. D'Argenville ne nomme pas ce dernier. Voici la nomenclature qu'il en donne : Lne descente de croix (sur le maltreautel probablement) ; dans le plafond, dix anges portant les instruments de la Passion ; sur les murailles, la Résurrection du Sauveur. Le tout est anéanti aujourd'hui.
Le temps a également détruit la plupart des tableaux de moindre dimension que dut peindre Niccolo à la cour de France. Nous savons qu'il avait fait le portrait du roi et de la reine. En 1556, nous trouvons mention d'un tableau « qu'il a cy devant fait pour mettre en la cheminée de n la chambre du roy... » Le nombre des autres travaux de ce genre, en détrempe ou à l'huile, qu'on lui demanda, dut être considérable. Sauvai parle de ces tableaux qui miraient la rour, et dont les sujets empruntés au paganisme étaient souvent un peu libres. U prétend que la reine Anne d'Autriche, à son avènement à la régence, en 1643, fit brûler à Fontainebleau pour plus de cent mille écusde peintures qui choquaient la décence. Bien des ouvrages de notre artiste auront péri daus cet auto-da-fé.
Une aussi rigoureuse exécution suffit, d'ailleurs, pour nous expliquer l'extrême rareté des tableaux de chevalet du Primatice, de Niccolo, et des autres artistes de l'école de Fontainebleau. Nous n'en saurions indiquer qu'un seul, existant aujourd'hui dans ce même palais qui en renferma un si grand nombre. Et encore, est-ce le hasard qui l'a fait acquérir par
l'État dans une vente publique, U y a quelques années. On l'a porté à Fontainebleau, et avec raison, car jl est à peu près certain que c'est en ce lieu qu'il fut peinU C'est une figure de Diane debout, peinte à l'huile sur panneau et de grandeur naturelle.
Elle est vue de profil et marche vers la gauche. La tète, de trois quarts, se retourne vers le spectateur. Une légère draperie voltige autour de son corps qui est nu. La main droite est armée d'une flèche, la gauche tient l'arc. Un lévrier blanc marche à côté de la déesse. Fond de paysage.
Cette belle peinture, assez bien conservée, est certainement l'ouvrage de Primatice ou de Niccolo. Quant à nous, à la limpidité du ton, à la facilité du contour, à l'analogie frappante que présente la figure tout entière avec celles du tableau d'Alexandre et Roxane, dans la chambre de madame d' Étampes, nous sommes bien porté à y voir l'œuvre de Niccolo. Ne seraitce pas ce tableau qu'il venait de peindre, en 1656, pour la cheminée du roi Henri H? Le sujet est bien tel que ce prince devait le demander.
Nous trouvons dans le Dictionnaire d'Architecture de Roland le Virloys, notre artiste cité comme architecte et comme autenr du tombeau de François V x et de l'ancien château de Meudon. Tiraboschi a déjà remarqué que cet écrivain était le seul qui eût produit ce renseignement. Il nous parait d'autant plus erroné, qu'en parlant du Primatice, Roland le Virloys lui-même attribue avec beaucoup plus de fondement à ce dernier artiste le dessin de Meudon et du tombeau.
Mais si rien ne prouve qu'il ait été architecte, nous savons qu'il était paysagiste fort habile. Les comptes nous fournissent plusieurs mentions de paiements qui lui sont faits pour travaux de ce genre : en 1561, 30 livres pour « quatre tableaux et paysages qui ont esté posés au cabinet du roy » ; dans le même compte, on lui alloue 62 liv. 10 s. pour « avoir peind plusieurs toilles et paysages qui restoient à achever pour la « décoration du cabinet du roy , et aussi pour avoir peind plusieurs « paysages et un passage entre la chambre de la Reyne mère du Roy et le « cabinet de ladite Dame. » En 1571, enfin, on lui paie 215 liv. 12 s. 6d. pour de nombreux travaux, entre lesquels sont comptés, outre la restauration d'un tableau représentant une Femme couchée, du Titien, « plu- « sieurs tableaux de figures et paysages. »
Les paysages de notre artiste existaient encore dans la première moitié du xvh* siècle, et avaient été réunis dans le cabinet des peintures de Fontainebleau, ainsi que le prouve le passage suivant du père Dan (page 138) : « Là sont encore huit grands paysages faits à détrempe « par messer Niccolo, et sont ces tableaux fort estimés. »
Le tableau bien connu de l'Enlèvement de Proserpine qui, après avoir
N1CC0L0 DELL' ARBATE.
fait partie de la galerie du Régent à Paris, est passé à Londres dans le cabinet du duc de Sutherland, présente en effet un fond de paysage de la plus grande richesse et exécuté d'une façon très-remarquable.
Niccolo delT Abbate avait acquis une grande réputation due à ses travaux. Sa position de fortune devait être excellente, 11 habitait ordinairement Fontainebleau, ainsi que le prouve le registre de l'église d'Avon, sur lequel il figure plusieurs fois comme parrain. Nous avons vu, cependant, par ce qui précède, que son talent ne fut pas exclusivement consacré à la cour, et qu'il travailla souvent pour des particuliers dans Paris et en province. Lors de l'entrée solennelle du roi Charles IX et de la reine Elisabeth d'Autriche, sa femme, les 5 et 23 mars 1571, la ville de Paris s'adressa à lui comme à un artiste éprouvé, et le chargea de tous les travaux de peinture, en même temps qu'elle demandait à Germain Pilon les sculptures qui devaient figurer dans les brillantes décorations qu'elle faisait élever sur les pas des deux augustes personnages.
La Revue Archéologique (V année, 2* partie) a publié un extrait des comptes authentiques concernant ces deux entrées. Notre artiste s'y engage, moyennant une somme de onze cents livres tournois, à exécuter « tous et ebacuns les ouvrages de paincture » faisant partie des arcs de triomphe élevés à la porte Saint-Denis, à la fontaine du Ponceau, à la porte aux Peintres, à la fontaine des Innocents et au pont Notre-Dame.
Pour la seconde journée de cette grande fête, avec l'aide de son fils Giulio Camillo, il avait peint, moyennant un salaire de 700 livres tournois, dans la grande salle de l'évêché, seise grands tableaux d'histoire et figures poétiques, suivant les inventions des poètes Ronsard et Daurat. Le marché est du 8 janvier 1571.
Ces décorations eurent un grand succès, ainsi que le constate l'un des principaux ordonnateurs de la fête qui en a décrit longuement toutes les particularités... « à quoy sa majesté et ceulx de sa suitte s'arrestèrent « longuement, car oultre la beanlté du suject de cette histoire, qui fut « trouvée bien à propos; ces tableaux avoient été faicts par le premier « peintre de l'Europe. »
Il est probable que Niccolo mourut dans cette même année 1571. Le Forciroli, cité par Tiraboschi, l'affirme et ajoute que cette mort eut lieu à Fontainebleau. Rien ne contredit son assertion, qui n'est d'ailleurs pas autrement prouvée. Mais il est bien certain que l'artiste vit au moins les premiers mois de 1671, et c'est par erreur qu'on l'a fait mourir en 1670.
Le nom de ce maître ne resta pas bien longtemps en France aussi illustre que vers 1570. La réputation du Primatice attira tout, et peu à
NICCOLO DELL' ABBATK.
peu on s'habitua à donner à ce dernier tout l'honneur de l'école de Fontainebleau, et à ne plus célébrer Niccolo qu'en second ordre. 11 n'en fut pas de même en Italie, où les ouvrages de sa jeunesse, faits sans collaboration , maintinrent sa renommée vivante. La ville de Bologne, qu'il avait ornée de ses belles fresques, le retint et l'honora comme un des maîtres de son école. Tout le monde connaît le fameux sonnet que fit Augustin Carrache à sa gloire. C'est un brillant hommage rendu aux grands talents de Niccolo. Si cependant il fallait prendre cette poésie à la lettre, et considérer le peintre de Modène comme réunissant en lui toutes les qualités d'un Raphaël, d'un Michel-Ange et d'un Corrége, nous n'y saurions plus voir qu'un assez fade jeu d'esprit.
Après tout, ce sonnet, sonnet si bien tourné, vaut seul un long poème. Nos lecteurs le retrouveront avec plaisir, et il nous donnera l'occasion d'ajouter à cette étude un peu aride quelques considérations générales Le voici :