‹ Nice d'antanChapitre 12 sur 51 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

La Bibliothèque — Les vieux Musées — Les Expositions — Quelques Artistes — Anecdotes — Cordier et Nadaud, Rossini et Charlet, Docteur Baréty — Ziem, Desboutins — Dépouilles oppimes de la Reine Pomarè — Victor Emmanuel II et RosaThérésa Vercellana

La Bibliothèque Municipale date de 1846. Le nombre des volumes était peu important, lorsque la comtesse de l’Escarène fît le don de 4.000 volumes, en 1864. Elle s’accrut ensuite, par les achats et les dons du Gouvernement impérial. Et un Musée y fut adjoint. Deux autres musées existaient déjà : celui de M. Baria, herbier, champignons et géologie, et les musées particuliers de M. Vérany, histoire naturelle ; de M. Baudin, fossiles ; de M. Bruyat, insectes et reptiles ; de M. Coutennier, coquilles et papillons ; de M. Marguet, minéraux ; de M. Gény, herbier, fossiles et minéraux ; de M. Saise, éponges et minéralogie ; de M. Risso, géologie et histoire naturelle. La plupart de ces collections ont été, en partie du moins, transportés au Musée d’Histoire Naturelle, 60, boulevard Risso, et toutes provenaient du pays.

La Bibliothèque possède une collection de médailles, legs du comte de l’Escarène et une autre provenant des collections de M. Guilloteau ; dans cette dernière, des bijoux

de l’époque romaine et des pièces d’argenterie de Napo léon Ier. Elle possède encore des fragments de monuments et des objets antiques trouvés dans les fouilles de Cimiez et du Château et des sculptures grecques.

La Bibliothèque s’est enrichie d’un très grand nombre de volumes, 100.000 environ et plus même; une Bible manuscrite du XIIIe siècle, un livre d’heures du XIV siècle et plusieurs du XVe et du XVIe siècle.

Mais au pays du soleil, de la lumière et de la couleur, les arts s’implantèrent promptement. Le mouvement artistique se développa sous une intelligente et énergique impulsion, et nous voyons à la tête de ce mouvement des personnes influentes du pays et mêmes étrangères, qui s’y dévouèrent avec ardeur, et dont les efforts ont été couronnés de succès, si bien qu’en 1853 une sorte de Société Artistique se forma, sous le nom de Société des Amis des Arts, pour organiser une petite Exposition au Palais de 1 Intendance. Le mot palais est bien ronflant pour une simple maison de la rue Saint-François-de-Pàule. L’inauguration eut lieu le premier février 1853. Quelques noms célèbres y figuraient.

Plus tard, la Bibliothèque servit en même temps de Musée, puis on lui adjoignit un local sur le boulevard Dubouchage (galerie Portalier). Là étaient groupées des œuvres d’artistes plus ou moins célèbres : Barbiéri, Dutertre, Trachel peint par lui-même, Roux, Costa, Mossa ; le grand aquarelliste Fricero qui épousa, dans un âge très avancé, une Altesse Impériale russe laquelle s’était énamourée de l’artiste. La famille impériale la renia à tout jamais. Elle ne fut pas heureuse, cette romanesque princesse. J’ai maintes fois rencontré cette altesse déchue chez le comte Charles Laurenti. Grande, svelte, la tête aux traits réguliers, elle ressemblait au tzar Nicolas.

Mais une morne tristesse était répandue sur ce visage impassible, et qu’une parole rare et lente ne venait pas animer. Fricero était alors un vieillard maussade, et bien que grand artiste son art lui rapportait médiocrement. Le bien-être ne régnait donc pas dans la maison. J’en ai gardé une grande impression de tristesse.

Nous voyons encore dés œuvres de : Paul Delaroche,

Decamp, Troyon, Diaz, Ciceri, A. de Dreux, Lucas, Dauzat, Lamy, Ferri, Giraud, Loubon, Luminais, Rochegrosse, Brouillet, Clément, Trouillebert, Hugrel, P. Bertrand, Bonnefoy, Bertier, Alheim, Buttura, Chabal-Dussurgey, peintre de fleurs admirable, Cordouan, Lematte, Luigi Loir, Moreau de Tours, Félon, Rossi, Roubaudy, le sec et froid Clérissy, Valenzais, Ziem, Alice Vasselon, Henriette Brown. Et qui domine tout, l’œuvre principale : « Thésée, vainqueur du taureau de Marathon », par Carie Vanloo, né à Nice en 1706.

Il faut aussi admirer les belles œuvres de Carlone et celles d’Alphonse Nègre qui inventa plus tard l’héliogravure.

N’oublions pas deux types bien originaux : le portraitiste Bonjour, résidant fidèle, qui peignait toujours le même portrait et qu’on vit longtemps dans les rues de Nice tout blanc, tout rond, tout jovial comme un bonjour. Puis, un bohème qui prit droit de cité : Marcellin Desboutin. Il mourut à Nice, il y a une vingtaine d’années. Le Musée possède son portrait par lui-même. Sa manière est sombre et dure, c’est pourquoi on ne s’explique pa$ que l’Etat lui ait commandé la reproduction des Fragonard de Grasse, par la gravure. Un mécontent me disait : Pourquoi l’Etat a-t-il choisi ce Zola de la gravure, pour les Fragonard de Grasse dont les originaux ont été transportés et vendus en Amérique ; puisque les Grassois tenaient à conserver une reproduction aussi fidèle que possible de l’œuvre de ce grand peintre, dont le talent tout fait de charme et d’élégance, contraste avec celui de Desboutin. J’estime que le seul artiste capable d’en fournir la meilleure reproduction était Bouguereau, dont le dessin parfait rappelle la manière de Raphaël.

Mais revenons aux débuts de ces réunions d’œuvres d’art — des Expositions. Elles devinrent intermittentes, très rares même. Et le plus bel essor qui leur fut donné, date seulement de 1877 où, avec la haute compétence et la généreuse initiative d’un grand seigneur du pays, le comte Caravadossi d’Aspremont, une magnifique Exposition eut lieu au Palais Marie-Christine.

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