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CHAPITRE XVII

Affaire des Congrégations — Monseigneur Sola — Manifestation en faveur de Garibaldi — Le Général Turr

Pendant l’été 1880, à l’occasion de l’exécution des décrets du ier Empire, ressuscités contre les congrégations, une vive agitation s’était produite en France. A Nice, plus particulièrement elle se trouvait justifiée par cette considération que le traité d’annexion de 1860 avait spécialement garanti aux Niçolis le maintien de tous les établissements existant à cette époque dans le comté. L’exécution de ces décrets d’une illégalité flagrante avait été fixée au 30 juin 1880. Plusieurs magistrats du Parquet démissionnèrent alors, afin de mieux protester. Le premier substitut du Procureur de la République à Nice, magistrat fort distingué, homme d’une grande loyauté et de valeur indiscutable, M. Bernard-d’Attanoux, rattaché par son mariage avec Mlle Gautier, à une famille très importante du pays, M. Bernard-d’Attanoux, dis-je, fut naturellement du nombre de ceux qui refusèrent de s’associer à cette mesure doublement arbitraire. Le Ministre d’alors, M. de Freycinet ordonna de surseoir à l’exécution, et finalement, pour le moment, les droits des

Niçois, si outrageusement méconnus depuis, furent respectés.

Les couvents de Cimiez, de Saint-Barthélemy, de Saint-Jaume ne furent pas inquiétés.

Néanmoins, la maison hospitalière des Missions Africaines établie a la place Croix-de-Marbre, postérieurement à l’annexion ne bénéficia pas du même avantage.

Dès les premiers jours de novembre, le préfet, comte de Brancion, ancien officier de cavalerie, décida l’expulsion de ces religieux. Craignant une manifestation en leur faveur, il prit des dispositions militaires. Un bataillon d’infanterie cernait la place Croix-de-Marbre, empêchant l’accès du couvent aux amis de ces religieux panni lesquels se trouvait le fameux Père Dorgère, dont le concours fut depuis si précieux pour la conquête du Dahomey, que la République en fit un chevalier de la Légion d’honneur. Malgré toutes ces mesures, des scènes émouvantes eurent lieu dans la chapelle et dans le couvent au moment de l’expulsion par la police.

Ces faits furent relatés dans les journaux de l’époque, notamment dans Le Petit Niçois qui venait à peine d’être fonde par un groupe de réactionnaires. Le premier numéro avait paru le Ier août 1880, il avait alors comme rédacteur en chef le fougueux polémiste Alziary de Roquefort. Ce n’est que quelques années après que M. Borriglione ayant acquis la majorité des actions sous l’administration de M. Pascal Robaglia, donna au journal une autre direction que celle donnée par ses fondateurs.

En 1880 Monseigneur Sola mourait le 31 décembre à 1 âge de 91 ans. Il fut évêque de Nice pendant vingt ans, son grand âge lui avait fait donner sa démission en 1878, il eut pour successeur Monseigneur Balain. Depuis cette époque, il vivait l’hiver à la villa Sorgentino, route de Gênes, propriété de la famille Barberis qui lui donna l’hospitalité, et l’été dans les terres épiscopales de Drap, comté apanage des évêques de Nice.

Né à Carmagnola (Piémont), Monseigneur Sola avait ete précepteur de V ictor-Emmanuel et du commandeur.

Nigra. — Il était officier de plusieurs ordres et notamment de la Lég-ion d’honneur. — Très doux, très indulgent, très bienveillant, et charitable jusqu’à la faiblesse, tel était le caractère du digne prélat. — Il passait pour un esprit quelque peu libéral. — Aimé dans le pays, il laissa d’unanimes regrets.

Après avoir été embaumé, le corps revêtu des habits épiscopaux fut exposé dans une chapelle ardente, pendant trois jours. Une foule recueillie lui donna un dernier adieu. Les obsèques eurent lieu le mercredi à la cathédrale, au milieu d’une grande affluence de monde — clergé, autorités, confréries, congrégations, etc., Monseigneur Sola, selon l’usage fut inhumé le jeudi suivant dans les caveaux de la cathédrale de Nice.

Six mois plus tard, le 9 juin 1882, un vendredi, à l’heure même où avaient lieu à Caprera les funérailles de Garibaldi, la ville de Nice faisait une imposante manifestation en l’honneur de cet homme illustre auquel elle s’honore d’avoir donné le jour. A quelque point de vue que l’on se place il faut reconnaître que Garibaldi a su conquérir dans l’histoire une place de premier ordre : sa popularité est si grande qu’on pouvait lui appliquer, aussi exactement qu’à Victor Hugo, ce vers de Coppée :

Il est entré vivant dans V immortalité.

Si, à Nice, la manifestation en son honneur a été si grandiose, si chaque Niçois avait tenu à y prendre part, c’est que dans notre ville on est très fier de ce compatriote qui, parti de la plus humble condition, avait su si bien faire son glorieux chemin dans le monde.

Dans cette foule mmense qui suivit le cortège, de la place Garibaldi au cimetière, il y avait bien des Niçois qui avaient connu le héros tout enfant, alors qu’il s’amusait au port ; d’autrès avaient combattu sous ses ordres, ou connu intimement ses parents, ses amis. Tous, étaient attachés par un lien étroit à ce Niçois dont la renommée a rempli le monde !

A 9 heures, un cortège, comprenant les autorités et de nombreuses délégations, s’était réuni sur la place Garibaldi, décorée pour la circonstance. Le bassin avait été mis à sec et rempli de massifs de plantes ; au centre on avait placé un buste de Garibaldi couronné de lauriers.

Le cortège défila devant ce buste, puis il prit la rue Cassini, pour se diriger vers le Château.

Le but de ce pèlerinage était là, au cimetière, où se trouvent les tombes de la-mère et de la femme de Garibaldi, Rosa et Anita.

Divers discours furent prononcés sur les tombes, pendant que l’on y déposait les couronnes et les fleurs, offertes par les diverses sociétés, par la ville de Nice, et par des particuliers. Le nombre de ces couronnes était si grand que, bientôt, les tombes étaient littéralement cachées sous leur amoncellement.

A midi seulement, nous quittions le cimetière, vivement impressionnés par la cérémonie qui venait d’avoir lieu devant les tombes, renfermant les deux plus chers amours de 1 illustre Niçois : son amour de fils et son amour d’époux.

Quelque temps après, les dames de Cività-Vecchia offraient à la ville de Nice, la calotte de Garibaldi confectionnée par elles. On peut la voir au Musée de Nice. Elle est en velours couleur prune, et ornée de broderie en or de deux couleurs.

Et l’on contemple avec un léger soUrire ce couvre-chef d aspect intime de cet illustre guerrier.

En 1860 la ville de Nice avait offert à son illustre enfant Garibaldi une épée d’honneur. La poignée représentait Minerve appuyée sur un bouclier aux armes de la ville de Nice. Elle était admirablement ciselée et d’un dessein artistique exquis. Cette épée d’honneur témoignage de sympathique admiration de la Municipalité Niçoise fut votée au mois de juin 1859 et fut offerte en février 1860.

A propos de Garibaldi, un dé ses plus brillants officiers passait tous ses hivers à Nice dans les dernières années de sa vie, j’ai nommé le général Turr. Né en 1825 à Baja, en Hongrie, il s’engagea comme volontaire dans un régiment d’infanterie Hongroise. Quand la Révolution éclata

il était sous-lieutenant. Au premier mouvement en Italie, il passa en Piémont et fut chargé par le roi Charles-Albert d’organiser et de commander la Légion Hongroise. C’est en cette qualité de commandant de la Légion Hongroise qu’il prit part à la bataille de Novare.

Ensuite, Etienne Turr, aussitôt que la Révolution éclata dans le grand-duché de Bade, y prit du service et fut promu au grade de colonel. De là, il partit pour Londres, Constantinople et la Valachie. Il fut alors reconduit en Hongrie et condamné comme déserteur. Mais le gouvernement Britannique s’interposa et obtint sa mise en liberté. Lors de la guerre d’Italie, Etienne Turr suivit Garibaldi à Varese et devint son chef ’ Etat-Major.

C’était un très vaillant soldat et un fort bel homme, de très haute taille, à l’allure martiale, aux moustaches formidables, à la tête énergique. Il avait épousé Adeline Bonaparte-Wyse, sœur de Mme Rattazzi et plus belle encore que cette dernière. Il en eût un fils.

A Nice, le général et sa femme vivaient très retirés dans un bel appartement du boulevard Victor-Hugo qu’ils durent quitter ruinés par l’inconduite de leur fils ! Il mourut à Budapest le ier mai 1908.

NOTES ET SOUVENIRS

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