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VILLE DE NICE

Des funérailles publiques seront faites aux victimes de l’incendie du théâtre, à l’Eglise du Port.

Le cortège officiel se réunira à la salle d’asile Saint- Augustin, au pied de la montée du Château, aujourd’hui vendredi 25 mars, à 9 heures du matin.

Les autorités civiles et militaires sont priées de vouloir bien assister à cette doidoureuse cérémonie.

Le Maire : Borriglione.

Dès le matin, tous les magasins sont fermés en signe de deuil et les habitants se sont portés en masse au Château, sur le parcours du cortège, et aux alentours de l’Eglise du Port. — A 9 heures 30, le défilé funèbre commençait. — Un piquet du 111e ouvrait la marche, suivi de la musique Municipale, — ensuite toutes les Congrégations religieuses, les Confréries, Monseigneur Balaïn, entouré du Chapitre de la Cathédrale. Le Clergé des paroisses St- Augustin et du Port précédait les cinq chars funèbres, entourés de serge noire, de crêpe, couverts de fleurs et contenant les dépouilles des victimes. — Ces chars, montés sur des prolonges d’artillerie, étaient traînés par des chevaux conduits par des artilleurs en grande tenue. De chaque côté, les Chevaliers Sauveteurs, le Corps des Pompiers et les Cessolines, derrière, les parents en deuil, la musique du 111e de ligne, puis toutes les autorités civiles et militaires. Précédée des appariteurs de la Mairie, Mme la vicomtesse Vigier (Sophie Cruvelli), suivait les chars. Toute la population assistait au triste défilé — c’était lugubrement imposant de voir cet immense cortège descendre lentement du Château, au milieu des longues allées bordées d’arbres de haute futaie.

Arrivés à la porte qui donne sur la place Bellevue, les chars ne pouvant passer, il fallut démolir cette porte.

Une foule énorme, émue et respectueuse s’écartait pour

laisser le cortège parvenir jusqu’à l’Eglise, où un autel provisoire avait été dressé sous les portiques. Là, les chars sc massèrent et la cérémonie religieuse fut célébrée au milieu d’un profond recueillement. Les chœurs du théâtre italien chantèrent différentes parties de la messe et, à plusieurs reprises, la Musique Municipale exécuta des morceaux funèbres. C’est Monseigneur Balaïn qui donna l’absoute et une allocution de circonstance fut prononcée par le Maire, M. Borriglione. Ensuite, le cortège reprit le chemin du Château.

Dès le lendemain, des souscriptions furent ouvertes à la Mairie, à l’Evêché, dans les bureaux du Phare du Littoral, etc. Parmi les principaux souscripteurs : Mme Blanc et ses enfants, xo.ooo francs; la Société des Bains de Monaco, 15.000; le Maire, 500; chacun des adjoints, 400; MM. Chauvain, 1.000, Vial, 1.000, Gai, 1.000, A. Bounin, 200, A. Barberis, 3.000, vicomte Vigier, 1.000, comte d’Osmond, 500, Rosa Bonheur, 200, baron A. de Rothschild, 2.000, Cercle de la Méditerranée, 5.000, Cercle de Bellegarde, 3.000, Chassepot, 1.000, le Corps des agents de change, 600, la Société Immobilière, 5.000, Société du Gaz, 5.000, la Chambre de Commerce, 500, Cazalet, 5.000, le docteur E. Scoffier, 100, le Consul d’Italie, 1.000, Monseigneur Balaïn, 200, Lafitte, 500, comte de Bethune, 100, comte Rapallo, 1.000, etc.

Les souscriptions s’élevèrent avec une telle rapidité qu’elles atteignirent 200.000 francs, en la ville de Nice seulement.

Hélas ! sur la façade intacte du théâtre on put voir, pendant plusieurs jours, deux affiches colossales de couleur rouge et noire, encore apposées :

Dernière Représentation de Mademoiselle Biânca Donadio

1 *LUCIA DI LAMF.RMOOR

et le nouveau Ballet Vera ( Eclairage à giorno)

Ces affiches que le feu et l’eau avaient épargnées, semblaient une amère ironie !

Douloureuses études du cœur humain.

J’ai vu au plus fort du désastre des groupes, rares [\ est vrai, composés de garçons et de filles très en gaieté et je les ai entendues dire en riant : « En voilà qui font Saint- Michel ». A la sortie du théâtre, un individu qui venait d’échapper à l’incendie demandait si on lui rendrait son argent — un monsieur indigné, lui répondit à coups de canne en plein visage. Je voudrais savoir le nom de ce dernier ; mais toujours ignorer celui des autres. Il est des monstruosités de cœur aussi navrantes que les plus déplorables sinistres.

Heureusement que les nombreuses manifestations de sentiments nobles et dévoués donnent sinon 1 oubli, du moins, atténuent l’âpreté de tels souvenirs.

fON'l) . M aybyr.

NOTES ET SOUVENIRS

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