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CHAPITRE VIII

Types Niçois. — Costumes. — Usages et coutumes. — Cuisine et flore. — Festins et rondes de mai. — La Saint-Pierre sous les orangers. — Sérénades. — Chansons Niçardes. — Industrie. — Commerce. — Négrin historien moderne de Nice et ses environs.

Le type niçois est beau et, par plus d’un trait, accuse l’origine grecque et le sang sarrasin. Mais avec plus de finesse souvent. Les hommes sont de taille assez élevée et bien découplés. Ils ont les lignes assez pures, des cheveux abondants et noirs, de la vivacité dans le langage et le geste, et cependant il^ cultivent volontiers le far niente. A Nice, le costume du pêcheur et même du campagnard rappelle celui du napolitain. Il se compose de la chemise ouverte, de la culotte brune, courte, retenue par une ceinture de couleur, la tuïola, et du long béret rappelant le bonnet phrygien. Le tout s’alliant bien avec le costume des femmes : robe claire et courte, corsage ouvert et lacé, canigou, le fichu évasé, le coquet tablier à poches et la ravissante

coiffure : la torsada de velours noir, s’enroulant autour de là tête pour venir se nouer et retomber en longs rubans sur le col et les épaules. Les cheveux sont disposés en bandeaux. Souvent, une capelina, petit chapeau plat, de forme d’origine grecque, orné de velours noir et doublé de rose ou de bleu, se porte droit sur la tête; et comme généralement les femmes sont de taille élégante, de port gracieux, tout ce costume offre un ensemble charmeur.

Les femmes âgées sont coiffées le plus souvent d’un petit bonnet ( keireou ou ca'ireou) de tulle brodé ou de dentelle, relevé d’une bande tuyautée et qui encadre la figure entièrement. Les femmes âgées sont encore coiffées d’une résille ( escoffiou ou scouffia ) en chenille de couleur, et qui accompagne la torsada de velours. Les bijoux sont de grandes boucles d’oreilles en or, une chaîne de cou avec une croix d’or et émail. Et, l’éventail en main, la coquetterie bat son plein.

Aux promenades, au marché et dans les rues, les accortes filles vendaient de frais bouquets de violettes, et de plus petits bouquets de cassis à la fleur d’or exquisement parfumée. L’on vendait aussi de petits faisceaux et de petits paniers de lavande fleurie, tressés de faveurs bleues ou roses et qui allaient embaumer les armoires à linge et les tables à ouvrage.

Que de poésie s’en est allée avec ces costumes et ces bouquets ! Il ne nous reste que les grands couffins remplis d’oranges et de citrons et les éventaires de violettes.

Mais si, de la poésie, nous nous abaissons jusqu’à la prose vulgaire, nous voyons encore dans les rues les poissardes vendant la poutina, composée de minuscules poissons de toutes races, et la fameuse bouillabaisse ; et les vendeuses de pâtés de polenta ou maïs ; de pois chiches. La socca, la punisse. Dans la cuisine, nous trouvons les courges farcies, les fleurs de courge également farcies, les plats de poivrons rouges ou jaunes ou verts, grillés ou bouillis. Mais les célèbres plats niçois sont, d’après la recette du vieil auteur Risso :

Les raïola : un hachis de volaille ou de chair de bou-

cherie et de poirée, bien assaisonné et enveloppé d’une pâte fine, coupée en petits carrés et qu’on fait cuire dans du bouillon et mitonner dans du beurre, du jus de viande, du fromage et parfois, saupoudré de safran.

La pissaladiéra : sur une feuille de pâte, ayant la forme d’une tarte bien ronde, on étale un hachis d’oignons bien cuits, assaisonné d’huile, d’anchois et d’olives salées.

La tourta est composée de poirée assaisonnée d’œufs, de fromage, d’huile, d’épices et qu’on met entre deux feuilles de pâte et qu’on fait cuire au four.

La troucia, omelette de poirée finement hachée avec œuf et fromage et qu’on fait cuire au four ou à la poêle.

Le tian, mélange de fèves fraîches et de petits pois, ou de tomates, aubergines, courges, oignons, assaisonnés avec des œufs, du fromage, des épices et de l’huile et qu’on fait cuire aussi au four ou dans la poêle.

J’avoue avoir trouvé ces mets niçois fort appétissants et fort bons. Seulement, il ne faut pas souffrir de l’estomac pour en manger. Arrosez-les de vin de Bellet, mais ils seront toujours un peu lourds à digérer. Surtout si j’ajoute le stockfish, que Négrin désignait moitié poisson, moitié copeau, et qui exhale un parfum n’ayant rien de commun avec la flore du pays ! Ce n’est pas autre chose que de la morue séchée. Une fois bien trempée, on l’assaisonne de pommes de terre, sauce tomates, olives, et... ce n’est pas mauvais.

Quant à l’industrie et au commerce, le champ est restreint, mais il est très intéressant. Le commerce des fleurs, dont l’exportation est due à l’initiative d’Alphonse Karr, les parfums, les fruits, les olives et l’huile, et l’industrie du bois de Nice, industrie artistique et curieuse, qui s’est presque perdue. Pourquoi ? Je l’ignore. Perdue avec celle des galets sur lesquels étaient peints des types du pays et des paysages maritimes. Mais les bois de Nice sont des objets tels que boîtes, albums, garnitures de toilette et de bureau, meubles, coffrets, etc., en bois de citronnier, de jujubier, d’olivier, de figuier, de rosier, etc. Ce sont de merveilleuses marquetteries, avec gravures en creux formant des ornements les plus artistiques, les sujets les

plus gracieux, les types et les sites les plus recherchés. Et cependant cette industrie se perd, faute d’acheteurs. Claude Gimello fut un grand artiste en ce genre, et l’inventeur. En 1822, il occupait 40 ouvriers. Et, en 1860, lorsque Napoléon III vint à Nice, le vieux Gimello eut la joie de voir l’Empereur lui acheter une table pour les Tuileries.

Cette industrie rapporta beaucoup et fut une excellente réclame. Aussi ^ommes-nous de l’avis de Négrin, qui demandait qu’on donnât le nom de cet inventeur niçois à l’une des rues de la ville.

La flore du pays est très riche certainement. La nomenclature en serait longue. Les roses, la fleur d’oranger, les violettes, la tubéreuse, l’héliotrope, le jasmin, la jonquille, etc. La flore arborescente : l’eucalyptus, l’olivier, le figuier, l’arbousier, le jujubier, le caroubier, le myrte, le néflier du Japon, le grenadier, le citronnier, l’oranger, le cassier, le figuier de barbarie, le bigaradier, le poivrier, le mimosa, l’araucaria, le palmier, le laurier, l’agave, le cactus, etc., et des vignobles réputés. Le commerce est aussi représenté par : l’huile, le vin, les cédrats, les kakis, les oranges, les pamplemousses, les citrons, les olives, les parfums, les fleurs, etc., et c’est à peu près tout, et c’est assez pour avoir produit des fortunes. Et c’est trop, puisqu’on coupe et supprime les arbres dans nos jardins publics et nos promenades. Si bien, qu’aujourd’hui notre Nice ressemblera bientôt, avec ses hautes maisons et ses arbres quelconques défeuillés l’hiver, à n’importe quelle ville du Nord.

Ce qui pousse en plein air et prospère, radieusement, sur notre littoral, et fait la gloire des serres, dans les autres villes, on le dédaigne et le détruit sans vergogne, comme sans remords.

Les fêtes les plus populaires sont les festins. Bals en plein air, et enguirlandés, et toujours installés soit sur les places publiques de la banlieue, soit dans des propriétés privées. On y danse à cœur joie, on y boit de la limonade, de l’orangeade et du vin, et on y mange des échaudés. Mais le plus beau est le festin des cougourdons , à Cimiez, sur la place de l’Eglise des Capucins.

C’est une rare curiosité que cette collection de cougourdons gravés et peints, offrant de véritables chefs-d’œuvre de composition et d’exécution, et des récipients varies par leurs formes.

Ils représentent des monuments, des sites et des types du pays. Ce festin est le plus beau, le plus célèbre, le plus en vogue. Il a conservé un cachet pittoresque, et j’espère qu’il le conservera toujours. « L’Eclaireur » de Nice, l’a fait ressusciter avec éclat.

La danse joue aussi un grand rôle, parmi les réjouissances, et le mois de mai est le mois favori. En ville et à la campagne, on tourne le Mai. Des guirlandes de fleurs sont suspendues et s’entrecroisent d’une maison a 1 autre. Un mât surmonté d’un bouquet enrubanné soutient le tout, et filles et garçons, se tenant par la main, dansent en rond en chantant Lou roussignoù que vola. Il y avait aussi de charmantes sérénades données par de jeunes travailleurs qui, après souper , chantaient dans les rues, en s’accompagnant de la guitare ou de la mandoline. Car les Niçois ont de jolies voix et le sentiment de la musique.

Et tout cela, hélas ! s’évanouit dans la nuit des temps !

Il est aussi une curieuse fanfare, La Vespa (V Abeille). Les instruments sont faits de courges de toutes formes et de toutes dimensions, représentant, selon les peintures, des bêtes fantastiques ou non et des poissons aux couleurs éclatantes. Ces instruments rendent un son semblable au bourdonnement de l’abeille.

A ces festins, à ces mais, (on chante des chansons niçardes, pleines de couleur locale et d’esprit du terroir, telle que : Lou roussignoù que vola, laquelle ayant fait souche, j’entretiendrai mes lecteurs des chansonniers niçois dans « Nice d’aujourd’hui ».

Et le mois suivant, juin, la Saint Pierre, fête des pêcheurs, qui, sur la plage, au milieu des rondes et des chants, offre le spectacle impressionnant d’une vieille barque en flammes illuminant la nuit ; et mêlant les crépitements du boi-s qui flambe à la voix joyeuse des pêcheurs.

Mais je ne veux omettre de citer un charmant et curieux usage qui consistait à louer, chez des propriétaires de jardins ou de campagnes, des orangers. Lorsqu’ils étaient en fleurs ou en fruits, les locataires de ces arbres

allaient s installer quelques heures sous leurs ombrages, presque journellement, et là offraient des rafraîchissements à leurs invités. On y respirait les fleurs ou on y mangeait les oranges. C était d’une simplicité poétique et pleine de charme idyllique — à moins que ce ne fût encore quelques lieux de... commérages !

Quand on parle de Nice et de la seconde partie du siècle dernier, il est impossible de ne pas citer Emile Négrin, qui écrivit un petit livre très précieux aujourd’hui; car il n’a plus été réédité depuis longtemps, et les éditions sont épuisées également depuis de longues années. Je veux nommer Les Promenades de Nice. Ce pauvre écrivain-poete, frappé de cécité, modeste, trop modeste, et que je rencontrais dans ma prime jeunesse, long, pâle, maigre avait un talent délicat et spirituel, plein de gaîté, de verve et d’humour. Il décrivait ses souvenirs avec une rare précision cinématographique. Il était très instruit, très artiste, et collectionnait des documents sur Nice avec une indiscutable autorité. Il a dit des choses exquises et de charmantes ironies sur Nice d’autrefois ; tout en s’intéressant, avec zèle et une intelligence pratique, a son commerce et à ses industries. Ecoutons-le :

Emile Négrin, je l’ai déjà dit, voulait qu’on développât l’industrie de la mosaïque des bois de Nice, si peu prisée aujourd’hui, et qu’on tournât ses efforts vers la parfumerie, afin d’arracher à Grasse son « vieux sceptre odorant ». Puis, il se plaignait des « exploiteurs » et citait les loueurs de chambres et d’appartements, et les maîtres d’hôtels, lesquels, alors, selon lui, étaient pleins d’arrogance. Et, facilement ironique, il écrivait :

Toute auberge à Nice a l’adresse De s’intituler Grand-Hôtel :

Dès lors, sur la note qu’il dresse,

Doit bien se montrer le Vatel Incapable de petitesse.

Puis il s’écriait : « Que je voudrais que nos visiteurs pussent voir en été ce maître d’hôtel contre lequel ils se

récrient tant. Londrès, groom, équipages bottes vernies, barbe parfumée, Monsieur exhibe tout cela. Qu’ils viennent essayer de lui parler, ils seront renvoyés du domestique en livrée au domestique en cravate blanche, du domestique en cravate blanche au comptable en pantoufles, du comptable en pantoufles à l’intendant en robe de chambre, lequel les regardera avec des protections dans les yeux, et leur répondra dédaigneusement : « Monsieur fait sa sieste. » Il est plus facile de parler à un Empereur qu’à un maître d’hôtel de Nice. Un jour, l’un d’eux me fit répondre par son laquais, ajoute Emile Négrin : « Monsieur ne reçoit pas, il compose. »

Aujourd’hui, si les maîtres d’hôtels de Nice ne sont pas toujours visibles, ils sont plus convenables.

Décrivant la flore du pays, Négrin s’exclamait : « Que je voudrais être botaniste, pour pouvoir donner moi-même une idée des belles plantes tropicales qui ornent le plus grand de nos jardins publics. »

Enfin, il excursionne du côté de : Villefranche, Saint- Jean, Cap-Ferrat, Beaulieu. Il a vu donner le premier coup de pioche pour la route nouvelle en 1860. Au premier contour de la route, sur le promontoire, il signale une construction, réalisation d’un « rêve d’Hoffmann, désespoir de tous les architectes classiques », et dénommé ie Château de l’Anglais, parce qu’il fut construit par le colonel anglais Smith.

A Saint-Jean, on y allait à ânes manger la bouillabaisse dans les pittoresques auberges, sur la place, ou dans les bois qui bordent la mer. Au Cap-Ferrat, il se promène dans le bois de chênes et de caroubiers ; il visite le phare construit en 1732 et s’arrête devant la tombe de Y Anglais. La tradition veut que cet Anglais mourut d’amour. Néanmoins, les uns disent qu’elle est vide, d’autre qu’un jeune Anglais mort à Nice fut apporté là par fragments embaumés, parce que, à cette époque, il était défendu de sortir du Comté le cadavre d’un protestant.

Dans ces parages, on pratiquait la chasse aux lézards, mesurant souvent 50 .centimètres de longueur. Négrin connut un Anglais qui, pendant toute la saison, paya

5 francs par jour un g'amin pour chasser les lézards, dont il récolta une ample provision. Et le gamin fit, ce me semble une belle saison. Cette sorte de lézards (j’ignore si elle existe encore) était facile à apprivoiser. Alphonse Karr en possédait qui vivaient en cage fort sagement.

Beaulieu, qui devrait s’appeler Bon-Air, eût sa route achevée en 1868, et sur la Croix qui le rappelle on avait inscrit :

Une route entre Nice .

Villefranche et Beaulieu NAPOLEON III le 13 septembre 1861 Prions pour le bonheur de las Famille Impériale

Les oliviers monstres de Beaulieu furent justement célèbres. On a parlé souvent de 7 mètres, et même 12 mètres de circonférence et de 770 ans d’âge. Mais ils ont disparu presque tous aujourd’hui, ces patriarches glorieux, tout comme le « bonheur impérial » gravé sur la pierre du chemin.

Le Château. — Catarina Ségurana. — Projet de jardin d’acclimatation.

Quelles nouvelles, grands dieux ! On coupe encore de beaux arbres au Château ! N’est-ce pas assez de cette affreuse carrière de pierres qui lui ronge le pied ?

Le Château ! un 1 des plus beaux joyaux de la riche nature de notre ville privilégiée ! Un des plus beaux fleurons de sa couronne !

Un poète a dit : « C’est la plus séduisante promenade enfermée au sein d’une ville. Ç’est une agrafe en diamant sur la chlamyde dorée de Nice ! »

Et là, on s’égare dans de longues allées ombreuses, dans des sentiers verdoyants et fleuris, dans des bosquets d’yeuses et des massifs de lentisques, de lauriers-roses, d’agaves, de cactus, de myrtes ; au milieu d’une forêt de chênes verts, de caroubiers, de pins parasols, de cyprès et de pelouses que sillonnent des allées larges et longues, ou étroites et tortueuses ; le bruit de l’eau en cascade se mêle au chant des oiseaux, et ajoute à l’impressionnante poésie du site incomparable. Arrivé sur la plate-forme,

s’élevant à ioo mètres et une superficie du plateau de 6 hectares, on est saisi d’admiration à la vue d’un des plus magnifiques, des plus grandioses panoramas, dans un horizon circulaire qui embrasse : La ville, la mer, la campagne, les collines boisées, le triple rempart des Alpes et ses hautes cimes, les vallées profondes, le Paglion ou Paillon, ce torrent intermittent, qui s’est creusé un large sillon, en partageant en deux parties inégales, la Ville de Nice, et enfin, une vaste partie du littoral, de la Corse à la pointe d’Antibes; et l’immensité de la bleue Méditèrranée se confondant à l’horizon avec l’azur du ciel ensoleillé.

Cette promenade du Château a été conçue par le baron Louis Miollis et son exécution est due à M. François Bottini, vice-syndic de Nice, ainsi qu’une inscription de 1855 l’indique.

Au Château, ça et là, des massifs de verdure, surgissent les vestiges de remparts formidables, car ce Château fut un château-fort dont on voit quelques pierres des fondations de l’ancienne cathédrale et la base du donjon. Des quatre tours principales, il ne reste que celle de Bellanda. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1822 qu’on déblaya le château détruit par les canons du duc de Berwick, et ce ne fut qu’en 1827 que des fouilles mirent au jour le tombeau de Béatrix de Portugal, mère d’Emmanuel-Philibert.

On trouva au même endroit : trois pierres tumulaires qui ont été laissées sur les murs, à côté de l’allée des Palmiers, allée qui ne date que de peu de temps avant l’annexion.

Le donjon dominait toute la ville. Et quand, en 1827, des fouilles furent commencées et promptement abandonnées, elles nie laissèrent à découvert que des débris de murailles et des ouvertures de canaux. Toute son antique histoire à ce château-fort célèbre, est ensevelie dans les décombres, hélas !

Deux montées conduisent au Château : l’une du côté de la mer, l’autre du côté de la ville. Cette dernière est appelée aujourd’hui l’avenue Eberlé, du nom de ce général qui, au mois de mai 1814, mit fin à une collision sanglante entre les 500 cavaliers hongrois qui avaient accompagné Napoléon se rendant à l’île d’Elbe, et des troupes françaises

qui revenaient d’Italie. Grâce à la valeur du general Ebeile et à son courage invincible, l’ordre se rétablit.

Mais si nous évoquons l’ombre de la tragique héroïne niçoise, nous verrons que c’est du haut de ces remparts que la fameuse Catarina Segurana, que 1 on compara à Jeanne d’Arc et à Jeanne Hachette, se rendit célèbre en arrachant des mains d’un Turc, l’étendard qù il portait, en montant à l’assaut du bastion Sincaire, lors de l’attaque des Turcs et des Français en I543- Catarina était, disent les uns cantinière, blanchisseuse, disent les autres. Elle mangeait la soupe avec son mari, dit Scaliero, le chroniqueur niçois, lorsque l’alarme fut donnée. Elle accouiL, apparaît aux créneaux, culbute un Turc et s’empare de son étendard. Scaliero ajoute, sans malice aucune . « Cela suffit pour mettre les ennemis en fuite ». Il ne dit pas le surnom que, moins discret, nous confie 1 historien Durante . la Maoufacha. Aussi les mauvaises langues prétendirent que lorsqu’elle apparut sur les remparts, les dures amateurs de belles femmes, et connaissant Nice de réputation, avec une louable ardeur desiraient s emparer de la \ille , mais qu’à la vue de notre Catarina, ils se dirent : « On nous a trompés ! » Et incontinent prirent la fuite avec horreur.

U y eut de tous temps des méchantes langues, et a beau mentir qui vous raconte choses lointaines.

Toujours, est-il que Mme Rattazzi et Toselli, jetèrent les hauts cris, parce que la Municipalité n’avait pas commandé au sculpteur Megret la statue de Catherine Ségurane.

Mais Scaliero ne nous a-t-il pas dit qu'un buste de cette fameuse Catarina était jadis placé dans une niche, à la porte Pairolière, buste très grossier, et qui fut transporté dans la salle des archives de l’ Hôtel-de-Ville. Cette brave Catarina a cependant inspire plusieurs maquettes a des sculpteurs niçois ou autres.

Enfin, pour -en revenir au Château proprement dit, je ne puis que déplorer son abandon. Cependant en 1886, un projet fut présenté à la Municipalité par le docteur Ussnei , un étranger. Ce projet mentait tous les encouragements,

car il s’agissait d’une concession comprenant une partie du Château pour en faire une sorte de Jardin d’ Acclimatation. Des animaux, des oiseaux originaires des pays chauds y devaient être élevés ; la flore du Littoral y aurait été réunie r puis venaient se grouper une petite ferme modèle, un café-restaurant, un aquarium, des jeux, un kiosque pour la. musique. Et un lac aurait été formé sur le plateau, avec poissons et oiseaux aquatiques.

Pour la montée, une sorte de funiculaire aurait été installé, et les places fixées au prix de 0,20 centimes.

C’eût été une heureuse entreprise à tous les points de vue. Naturellement, il fallut laisser le projet dans les cartons, comme tant d’autres ! Et parce que la Ville de Nice, co-propriétaire du Château avec le ministère de la Guerre et de la Marine, n’a pu obtenir l’autorisation demandée ! C est déplorable. Il avait été question aussi du projet d’un chemin permettant aux voitures d’accéder au sommet du Château et partant des Ponchettes. Le relief de ce projet existe au Musé de Nice.

A quand l’exécution de tous ces beaux projets ? ? ?

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