LE CARNAVAL POPULAIRE
Les batailles de confetti.
Plusieurs jours avant l'ouverture des fêtes, S, M. Carnaval trône sous un immense portique édifié place Masséna, où l'on va admirer ce géant somptueusement vêtu de satin.
S. H. Carnaval fait son entrée ofRcielle le soir et parcourt l'Avenue de la Gare, tout illuminée de lampions multicolores. Cette arrivée à la nuit esl un peu solennelle et beaucoup s'abstiennent d'aller le saluer alors, préférant le voir en plein jour, sous l'éclatant soleil qui met tout le monde en joie.
Le dimanche suivant, première bataille de confetti, mais confetti de papier, confetti parisiens, toujours sur l'Avenue de la Gare. Il y a beaucoup d'animation, pourtant ce n'est point encore la vraie fête niçoise.
Cette rëte -là commence le dimanche gras, avec la bataille de confetti, petites dragées en plâtre.
La ville entière est en liesse : mâts enrubannés, terrasses pavoisées, balcons tendus d étoffes aux couleurs du carnaval- Chaque année, le comité des fêtes choisit deux couleurs différentes. Dès
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le malin, od voit dans les rues de petits étal^ avec des sacs de toile grise remplis de confetti, des H masca n , masques de fer légers comme des tamis, et des petites pelles nommées « picciona sansula. » A toutes les devantures de magasins, des dominos, et encore des dominos, carce jour-l& nul ne peut traverser la ville sans être revêtu de l'uniforme carnavalesque. Tout est désert et silencieux, on se prépare aux grandes réjouissances de l'après-midi.
A. deux heures, boum ! un coup de canon. Et une foule bariolée surgit des bicoques de la vieille ville, des belles maisons de l'Avenue de la Gare, des luxueux iiôtels de la Promenade des Anglais; c'est un subit épanouissement de dominos rouges comme des fleurs de cactus, jaunes comme du mimosa, blancs comme de grosses giroflées.
Boum ! un second coup de canon. Les cuivres entament une marche triomphale, et le joyeux et magnifique cortège se met en route. D'aiord S. M. Caroaval, un géant de carton, nouveau roi chaque année, et toujours fort bien habillé, automobiliste conduisant son automobile, gros campagnard à cheval sur un dindon, aéronaute dirigeant son aérostat, puis madame Carnaval, géante de carton magnifiquement vêtue, elle aussi, puis des chars énormes et somptueux supportant de gigantesques fantoches de carton autour desquels Se groupent une masse de personnes costumées, des cavalcades, des ânalcades, des personnages isolés. Enfin des chars particuliers drapés aux couleurs du carnaval, dans lesquels on voit
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des domiDos tous semblables, nae voiture de bébés greenaway, un landau de dominos de toile grise, des «gens du monde ». La toile grise etla satinette blanche sont très bien portées.
Et, sur la chaussée, c'est une foule multicolore dans laquelle dominent pourtant les couleurs du carnaval.
Boum ! troisième coup de canon, signal de la bataille. Chacun, arméde sa petite spatule, prend dans son sac de toile, suspendu en bandoulière, une pelletée de confetti, et tac! un coup sec habilement donné sur le manche envoie les confetti cingler le masque J'yJh visé. On bataille avec ar- / deur. Sur la place Masséna, entre la foule et les tribunes, c'est une lutte acharnée.
« Bonbons .' bonbons ! qui n'a pas ses confetti ! u glapissent les voix aigués des marchands, et vite, vite on remplit de nouveau son sac quand les projectiles sont épuisés.
Celle place Masséna, vue des fenêtres du Cercle
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ET SES EKVIRONS tSl
OU d'aa balcon, <^re un aspect vraintent pittoresque. Ou dirait là, en bas, une multitude de confetti tournoyant sous Tédatante lumière.
Les chars, suivis de leur joyeux cortège, déllleot sur le Corso, devant la Préfectore, à laquelle sont adossées des tribunes pleines de dominos, et devant les terrasses des maisons basses, également pleines de dominos. Ici la gailé est délirante. Des couples valsent et polkent, il y a des rondes et des farandoles. C'est l'endroit peuplé. Les femmes du monde timides ne s'y aventurent pas, p<tr crainte d'être serrées à la taille un peu vivement ou prises dans une de ces rondes échevelées. Mais, en somme, tous ces gens-là s'amusenl de bon cœur, sans grossièreté. Il n'y a aucune bousculade, jamais de querelles. Chose curieuse dans ce tohu-bohu, il s'établit des distinctions, une hiérarchie, tout comme dans un salon où l'on aurait été présenté.
Les gens du monde se battent, à coups de confetti, entre eux, et les gens du peuple entre eux. Mais, dira-t-on, comment se reconnaitre sous le domino presque identique pour tous? On se feconnatt aux gants et aux souliers. Les gens du monde mettent des gants de peau et des souliers jaunes. Les gens du peuple, de gros souliers et point de gants. A.utre signe distinctif : tes gentlemen ne portent point de dominos, mais des cache-poussière de coutil gris.
On a commencé mollement, puis on s'anime au jea, c'est une lutte acharnée, la mitraille blanche est lancée furieusement à pleins sacs. On bom-
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barde ce joli masque rose. Là-bas, uae bande de femmes en dominos blaocs s'acharoent contre uo JeuDe homme qui se défend comme un diable bleu et accable de confetti les friponnes qui se sauvent, riant aux éclats. Des chars, une pluie blanche inonde les piétons.
La musique trépidante, enragée, vient encore surexciter l'animation générale. Le même courant de gaîté électrîse la foule batailleuse; les masques sur leschars, les piétons sur la place, les gens du peuple et les gens du monde se mettent à danser, puis ces élres multicolores bondissent et rebondissent, c'est du délire, c'est de la folie.
Mais l'ardeur s'épuise, la bataille se fait plus molle, les yeux brûlent, un peu aveuglés par la poussière de confetti qui passe à travers le masque.
Le soleil, lentement, disparaît. C'est une lumière plus pâle, tendre, dans laquelle a passé de l'or, et qui devient rose.
On marche sur un épais tapis blanc qui craque sous les pas, un peu d'air frais se glisse sous le masque derrière lequel ou étouffait.
Boum ! un dernier coup de canon qui annonce que c'est la Qa. Les dominos se dissémineut, disparaissent dans toutes les rues et toutes les avenues. Les uns traînent, regrettant que ce soit si tôt fini ; d'autres, fatigués, s'en retournent vite chez eux,
11 est alors de mode pour les gens « sélect » d'aller c'iiez un pâtissier en vogue de la place Hasséna.
Les tables des deux salons sont prises d'assauti
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on s'interpelle de l'une à l'autre ; inal§;ré le masque de velours noir, on se reconnaît presque toujours. Les gens « entraînés ■■ ont pour cela un coup d'œil infaillible. Le tutoiement est de rigueur. Ou en dit de spirituelles quelquefois, de raides presque toujours. Damel en carnaval I
Le mardi gras, c'est la même chose, mais, ce jour-là, les rues et les places sont laissées au populaire. La « société » ne va que chez le p&lissier, après le coup de canon qui clôt la bataille de confetti.