‹ Nice et ses environsChapitre 9 sur 12 · LE CARNAVAL DE NICE · texte numérisé non relu

LE CARNAVAL DE NICE

Le Carnaval populaire. — Les batailles de confetti.

— Le Carnaval mondain. — Veglioni et redoutes. — Redoute aux couleurs du Carnaval.

— Redoute Hanche. — Les batailles de fleurs.

— Les batailles d'automobiles fleuries.

« Surfait, disent les grincheux. Un défilé lie chars magnifiques, je vousTaccorde. mais magnifiques sans art et sans originalité. Une foule masquée qui s'agite bêtement, et une pluie de confetli qui menacent de vous éborgner ! »

Le grincheux a tort. Si telles des fêtes niçoises ont peut-être une réputation exagérée, le Carnaval dépasse en pittoresque tout ce qu'on a pu se figurer.

Les Niçois ont pour le carnaval te goût ardent

qu'ont les Espagnol '^ pour les courses de taureaux .

Leurs instincts héréditaires de tragédiens, de

comédiens et de mimes les poussent à rechercher

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nn travestissement sombre ou éclatant, tragique ou joyeux. Ils créent, ils improvisent, ils meatent facilement, et ils aiment l'illusion, ce mensonge grandiose. Un peu de soie, un peu d'or, ou sira* . plement nn peu de toile, un peu de papier, et ce gueux, perché sur son char de carton, se croit un roi promené triomphalement au milieu de sou peuple en délire.

Les gens du Nord, plus froids et enfermés dans une personnalité plus stricte, eiTarouchés d'abord de celle exubérance, de ces couleurs crues, de toute cette gatté violente sous un soleil violent, ont besoin d'un peu de temps pour comprendre et partager ce goût ardent de mascarade qui met quelques jours la ville en folie. Et, à cOlé de ces fêtes de plein air, gaies et bon enfant, pour la population, il y a, pour les riches, les veglioni et les redoutes. Le domino commode et le masque discret favorisent les aventures, permettent les mois qui hésitent au bord des lèvres réticentes, et qu'on n'ose dire qu'avec toute cette nuit sur le visage.

Nous allons essayer d'évoquer ces journées, célèbres dans les fastes de Nice, mais, auparavant, nous empruntons à M. Octave Justice les détails suivants qu'il a recueillis après une enquête sérieuse sur ce qu'on pourrait appeler « les dessous du carnaval. »

« Depuis près de trois mois, dans les hangars K soigneusement clos qui servent d'ateliers « pour l'élaboration de ces pièces et de ces n fantoches et dont les deux principaux sont

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ET ses ËNVIHO^S 147

« ceux de MM. Robaudy frères, oq travaille « sans relâche. Il n'est guère de char qui ne re- « vienne au moins àqualre ou cinq mille francs. e Si l'on évalue le nombre des chars, la magniw ficence de certains, la moyenne de ce qu'ils ■ coûtent, la dépense nécessitée par les costumes « des cavacaldes, des ânaJcades, des groupes et « des masques isolés, les quantités d'étoffe de « luxe utilisée pour les redoutes, les veglioni, « les corso, etc., les monceaux de projectiles H parfumés lances aux batailles de fleurs, le B prix moyen des violettes par exemple, étant «de 1 fr. ^ le kilogr, celui des roses t fr. 30, « 3 francs, 4 francs le cent, selon la qualité, celui « des mimosas 1 franc et 1 fr. 25, etc., si l'on « suppute la dépense de l'installatiOD du kiosque « de l'égrillarde majesté, sur la place Charles- M Albert, des tribunes devant le casino municipal, n devant la Préfecture, sur la promenade-des- < Anglais, celle de la décoration des principales « artères où défilent les cortèges et où pleuvenl « les confetti, celle des illuminations et du feu « d'artifice, si l'on y ajoute les 80 000 francs de « prix distribués, sans compter les bannières, si « l'on réfléchit à tout ce que ces fêtes font vivre « de monde et activent de commerces divers, on • est étonné d'avoir à constater, sous la frivo- B lité de l'apparence, un fait économique d'une « réelle importance et Ton comprend que ce « carnaval est un agent essentiel de la vitalité, « un facteur prépondérant de la prospérité de ce « pays. Si jamais, par la calamité de quelque

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■ révoluliOD, le monarque bonhomme et gouail- • leur était détrôné et aboli, ce serait pour Nice a une ruine, mais rien ne présage ce désastre. »

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