HI3T0IBE DE NICE
Nous allons tâcher de résumer en quelques pages le passé de la ville qui, avant de devenir une grande dame aristocratique et parfumée, fut une obscure personnalité sur laquelle s'acharnèrent tous les désastres, et, par sa vaillance à se relever de ses maux, nous donne une leçon d'énergie.
Les Phocéens qui avaient fondé Marseille, inquiétés par les Liguriens, leurs voisins, bâtirent à l'embouchure du Var, trois cents ans avant Jésus-Christ, une ville qu'ils nommèrent Nikaia(du grec : Nikè) en souvenir d'une victoire remportée sur ceux-ci. Cette cité s'édifiait près de Céménélum (Cimiers), construite par les Védiantiens. ,
Les nouveaux venus avaient d'abord étendu
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leurs maisons le long de la mer, puis, pour se défendre, ils se hissèrent sur le roc et s'entourèrent de murailles.
La république avait été adoptée par les Niçards comme forme gouvernementale. Des assemblées populaires Dommaientles magistrats, rédigeaient des lois. Le peuple plantait des oliviers et des orangers, avec le secret souci de recréer les ombrages familiers de la Grèce.
Les Lombards, se ruant en Italie, détruisirent Cimiers, et Nice se développa plus librement, n'ayant plus à se garer des incursions de sa voisine.
Aiinibal ne put pas détacher Marseille et Nice de leur alliance avec Rome, qui, après la troisième guerre punique, protégea assez les alliées pour * qu'elles étendissent leur commerce et devinssent très florissantes, malgré les invasions des Cimbres et des Teutons. Mais Auguste enleva à Nice son arsenal et le transporta à Fréjus. Cimiers, alors, se réédilia assez rapidement pour inquiéter sa rivale. Tibère réunit tes deux cités, chacune conservant la liberté de se régir d'après ses propres lois et de nommer ses magistrats.
Cependantles apôtres du Christ prêchaient la foi évangélique dans le monde entier, et pendant le règne de Claude, saint Barnabe venait à Nice, avait des disciples, puis, à son tour, saint Dalmas baptisait les néophytes. Basgus, son disciple, fat martyrisé d'après les ordres du préfet de Cimiers, Perennius.
Pontius, évéque de Nice, fut décapité à l'en-
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droit où l'on construisit l'abbaye de Saint-Pons.
En 407 après Jésus-Christ, soup le règne d'Honorius, Nice subissait l'iovasion des Goths et des Vandales qui ravageaient successivement Aix, Marseille, Préjus, Antibes et Grasse. En 574, de nouvelles hordes barbares assaillirent Nice et Cimiers, qu'ils détruisirent complètement, brûlant les maisons, égorgeant les habitants. Ceux qui échappèrent au massacre se réfugièrent h Nice, dont la prospérité augmenta.
- Plus tard, en 741, Nice fut soumise aux Francs- D'abord, elle n'eut qu'à s'applaudir de ses maîtres, puis, sous les successeurs de Charlemagne, elle connut de menus troubles, prélude d'une terrible catastrophe, l'invasion des Sarrasins qui, en face de Saint-Tropez, avaient construit un fort, le grand Fraxinet, et menaçaient les Alpes-Maritimes.
En 970, ils venaient assaillir Nice, mais un moine, Bobon, excita le courage des habitants qui repoussèrent les infidèles. Ceux-ci, pour se venger, détruisirent l'abbaye de Saint-Pons, puis allèrent occuper le promontoire de Saint-Hospice, et là, construisirent un poste, le petit Fra- , xinet. A la tète des Niçards, Bobon s'empara de la montagne qui sépare Nice de Villefranche et y construisit un fort. Sans doute en souvenir du moine qui l'avait si courageusement défendue, cette cplline fut nommée par la populace Mont Bobon dont, plus tard, on fit Mont BoroD.
Une croisade, prêchée par le pape Martin IV contre les Sarrasins, força ceux-ci à abandonner
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^i&tivemeat Saint-Hospice et à se réfugier sur leurs vaisseaux.
Dans la première moitié du onzième siècle, t'abbaye de Saint-Pons atteignit une grande richesse, car en leur terreur de la &□ du monde, les fidèles prodiguaient leurs dons au clergé.
La seconde moitié du onzième siècle fut troublée par la guerre civile, suscitée & Nice par deux familles rivales, également riches et puissantes, les Caïs, dévoués aux comtes de Provence, et les Padat, qui favorisaient la république, afin d'en exploiter eux-mêmes les avantages. L'influence de ceux-ci prédomina, et Nice s'organisa en république. Trois consuls exerçaient l'autorité administrative, et un chef militaire était chargé du pouvoir exécutif. Raymond Bérenger 111, comte de Barcelone etde Provence, vint en 1166 assiéger Nice, par terre et par mer. La ville, menacée d'une entière destruction si elle ne capitulait pas immédiatement, se défendit avec un héroïsme tel que les assaillants s'enfuirent après que leur chef eut trouvé la mort, en se jetant dans la mêlée.
En 1176, Alphonse I", roi d'Aragon, bloquait Nice, la réduisait par la famine et l'obligeait à capituler ; mais, moyennant une redevance (2SO.00O sols melgoriens pour frais de guerre et 2.000 sols de tribut annuel), il accorda la paix et maintint le municipe dans son intégralité.
En cedernier siège, les Templiers avaient moDtréun grand héroïsme. Ils vivaient dans une villa au bord du Var, entourée de jardins merveilleux,
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ET SES ENVIROHS 9
recevaient les seigneurs et les prélats, s'exerçaient aux armes.
Bérenger IV, par ud traité signé en 1228, maintint les vieilles franchises, et Nice fut très prospère. Elle était alors partagée en quatre classes, chacune représentée par un consul, les nobles, les bourgeois, les marchands, les. cultivateurs et ouvriers,
■ La justice était rendue par des podestats, délégués par les consuls; on pouvait appeler sa cause devant le juge mage de Provence et recourir en grâce au sénéchal. Les Niçards s'adonnérentau commerce. La cour de France appréciait infiniment leurs fruits confits, leurs parfums, leur huile d'olive et leurs vins. L'argent étant rare, les échanges se faisaient en nature.
En ce temps-là, les modes ne se succédaient point comme aujourd'hui avec une rapidité telle qu'à chaque saison l'apparence de nos contemporaines se modifie. Du douzième au quatorzième siècle, l'habillement ne varia guère. Sur le quai du Midi, sur la place de la Poissonnerie, on rencontrait des femmes du peuple en long surcot, pardessus lequel était passée une mante sans manches. Leurs cheveux étaient roulés en couronne au-dessus du front, et elles se coiffaient d'une capelHna de forme cubique à larges bords. Elles cachaient leurs visages sous des masques de couleur, car seules les courtisanes sortaient à figure découverte, étrange coutume, de par laquelle lés femmes honnêtes se dissimulaient sous l'hypocrisie d'un faux visage, laissant aux tristes pros-
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tituées la joie de promener leur grâce dans les rues populeuses. Les dames nobles vêtaient un surcot d'étoffe précieuse et une tunique descendant aux genoux. Un long voile enveloppait leur chevelure et leur visage.
Tandis que les paysans et les ouvriers s'habillaient d'une épitoge à capuchon, les hommes des classes aisées portaient des robes à longs plis et se drapaient noblement de larges manteaux.
Sur leurs cheveux flotlants, ils posaient de petits chapeaux de velours noir.
'Ces costumes décoratifs s'harmonisaient avec ce ciel lumineux mieux que nos modernes complets aux plis rigides. Et ces silhouettes se mouvaient à l'ombre des pins et des cyprès. Sous l'influence des Trouvères, la noblesse cultivait le « gai saber 11, s'intéressait aux études juridiques et géométriques, s'efforçait d'affirmer, par une supérioriorité intellectuelle, la différence arbitraire des castes, louable effort dont il la faut approuver. Le bas peuple était condamné à une ignorance absolue, sous l'influence d'un clergé illettré. Sur dixhuil moines profës de Saint-Pons, quatorze ne savaient pas écrire leur nom.
Béranger IV institua sa dernière fille, Béalrix, légataire universelle. Elle épousa Charles I" d' Anjou, comte de Provence.
Ce règne fnt long et malheureux. Les calamités se succédaient. D'abord, les Vêpres Siciliennes, les victoires de Don Pedro d'Aragon, la captivité du flls de Charles I". Nice, ruinée, avait perdu les trois quarts de sa populatioa
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quand Charles I" mourut. Mais, vaillammeot, elle se mit à organiser le port qui, en ce temps-là, comprenait deux bassins : le premier, à l'emplacement actuel, le second, plus rétréci, de la pointe des Ponchettes à l'embouchure du Paillon.
Sur le terrain qui, depuis, a été converti en promenade, se bâtit un arsenal et un chantier où tout négociasl, ayant droit de cité, pouvait construire sans frais. Une muraille flanquée de tours carrées en pierres de taille assurait la défense.
Après l» paix de TarascoD, Charles II fonda la station maritime de Villeft-anche.
Pour protéger le port, il fit construire une ville entourée de fortes murailles, et bientiït des ouvriers, des artisans, des cultivateurs afiluèrent dans la nouvelle cité.
Le dernier actedeCharles II fut d'abolir l'ordre des Templiers en 1308, mesure qui amena la révolte du peuple de Nice.
En 1343, régnait cette Jeanne de Naples qui, lasse de son mari, le faisait très simplement
Elle vint à Nice pour atlendre sa comparution devant le tribunal du pape, qui, d'ailleurs, condut à l'innocence. Cette princesse, jeune et charmante, devait périr victime de Charles de Duras en 1382. Comme si ladestinée tragique de Jeanne influait sur les choses, les désastres se succédaient à Nice. D'abord une pluie de sauterelles, puis la peste, si invraisemblable ea ce beau climat que les opinions les plus diverses
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cherchaient k l'expliquer. Les médecins l'attrîbuaient à une pluie de petits serpents invisibles, les savants, à un combat à outrance que, disaient-ils, se livraient les constellations et qui exerçait une pression funeste sur le soleil et les masses aqueuses de l'atmosphère. 11 plaisait aux imaginations de chercher dans le domaine du fantastique une explication aux désastresdont on souffrait si cruellement.
Après la mort de Jeanne, Nice se déclara pour le fils de Charles de Duras, Ladislas, âgé de onze ans, sous la régence de sa mère Harguerite. Mais un parti tenait pour Louis d'Anjou, soutenu par le grand sénéchal d'Arles qui assaillait Nice par terre tandis qu'une escadre bloquait le port. La régente Marguerite, à qui les Niçu^ demandaient secours, leur répondit :
B Qu'elle ne pouvait les assister, mais que, » comme il n'était pas juste de les rendre vic- >> times de leur fidélité, elle les autorisait à choi- B sir pour défenseur tel prince qui leur inspire - » rait confiance, pourvu qu'il n'appartint pas à » la maison d'Anjou, sous condition expresse » que le roi Ladislas ou ses héritiers rentreraien l » dans leur droit de suzeraineté sur la ville de j> Nice et ses vigeries, si, dans l'espace de trois » ans révolus, ces héritiers pouvaient rembouro ser au prince protecteur tous les frais de guerre , » d'occupation et de défense. »
Le comte de Savoie, Amédée VII le Rouge, avait une haute réputation comme législateur et comme guerrier. 11 réunit les suffrages des no-
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ET SES ENVIBOBS i^
tables qui s'étaient assemblés dans la cathédrale, et reçut leur déclaration officielle qui fut signée le 6 août 1388.
Alors Amédée vint s'établir à Nice, à la tête d'une armée considérable dont une partie s'installa à Cimiers, l'autre à l'abbaye de Saint-Pons. Les assiégeants repassèrent le Var.
Le 4 septembre 1388, les consuls, l'évéque et une députation de douze conseillers se rendirent à Saint-Pons pour engager le comte à prendre possession de la ville, mais Amédée voulut que fût conclue auparavant la convention définitive. Cette charte, conservée dans les archives de Nice, est datée du 28 septembre.
Nice, en reconnaissant la maison de Savoie comme souveraine, conservait une infinité de privilèges, le consulat, la haute et basse juridiction, l'exemption des droits de gabelle, le tarif du sel et le droit de cavalcade, c'est-à-dire la levée d'hommes d'armes t cheval devant suivre le monarque au delà du Var.
Le 1" octobre 1388, Amédée, à cheval, en habit de guerre, entrait triomphalement à Nice. Grimaldi, le gouverneur, apportait les clés du château ; le peuple suivait, chargé de branches d'olivier. Une action d.e grâces fut célébrée & l'évéché.
A la mort d'Amédée, pendant ta régence de Bonne de Bourbon, quelques troubles eurent lieu, malgré le serment d'obéissance prêté au jeune Amédée Vlll. Celui-ci, à dix-sept ans, prit le pouvoir, conclut une trêve avec Louis d'Anjou
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et, par un traité signé h Chambéry en 1419, Nice fut défiDilivemeat annexée à la Savoie, à laquelle, jusqu'en 1839, elle resta attachée, mérilant son nom de « Cité très fidèle ». Ses emblèmes furent une femme debout, sur un rocher baigné par la mer, le casque en tête. Un glaive armait sa main droite. Son bras gauche tenait un bouclier et un aigle. A ses pieds, un chien reposait, près de cette inscription : Niceat fidelis !
Les ducs de Savoie construisirent alors trois forts, l'an au-dessous de l'autre pour protéger le cbàteau.
La fin du quinzième siècle fut remplie de catastrophes pour Nice ; incendies, pestes se succédaient. Il faut mentionner un épisode intéressant d'histoire locale.
Jean Galléan, navigateur hardi, fit construire sur la plage de Nice un formidable navire, le Saint-Jean, dont il composa l'équipage avec le plus grand soin. 11 débuta par des expéditions heureuses sur les côtes d'Espagne, d'Afrique et de Sicile, et sa renommée excitait les puissances maritimes à se l'attacher. Mais deux Génois, se glissant nocturnement dans la rade de Villefranche, tentèrent d'incendier le Sainl-Jean. Indignés, les Niçois armèrent, pour «scorter le Saint-Jean, une galère, deux galiotes, un brigantin. Attaqués par les Génois, que commandait Julien Magneri, lesNiçois se défendaient avec héroïsme ; aussi recourut-on & la trahison pour les vaincre. Galléan, attiré sur un vaisseau
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ennemi, fut chargé déchaînes, subit une longue captivité, et, pour recomTer sa liberté, dut renoncer au Sainf-/ean. Les comtes de Savoie récompensèrent son héroïsme malheureux.
Encore des années de lourds désastres, les comtes de Savoie aus prises avec Louis XI et Charles le Téméraire, des révoltes favorisées par Louis Xll, enfin la latte de François I"' et de Charles-Quint, à laquelle Nice se trouve mêlée sans cesse.
Des fêtes préludèrent au désastre, pour célébrer les noces du duc de Savoie et de l'infante Béatrix de Portugal, qui aborda à Villefraache escortéedeviDgt-cinqgaléres.Soi] cortège déploya UD faste inouï ; les chevaliers, parés de bijoux somptueux, montés sur d'admirables chevaux couverts de pourpre et de panaches, étaient suivis d'oiseaux rares, d'animaux inconnus, d'esclaves. Et ce furent des fêtes éclatantes.
Bientôt après se déclarait entre Charles-Quint et François I*' la guerre dans laquelle Nice allait se trouver immiscée- Celle-ci donna d'ahord asile aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui, chassés de l'Ile de Rhodes, s'yétablirentprovisoirement ainsi qu'à Villefranche j usqu'au moment où Charles-QuiD t leur donna l'ile de Malte.
Quand Charles-Quint traversa Nice pour aller à Aix se faire couronner roi de Provence, ses troupes dévastèrent le pays, coupant les oliviers et les vignes, ahtmant les récoltes. A Nice eurent Heu les entrevues de Charles-Quint, de François I" et du pape Paul 111, et on y signa une trêve
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de dix ans. Pour en perpétuer le souvenir, lea, coDSuls érigèrent cette croix de marbre qui a donné son nom & un quartier de Nice.
Les hostilités ayant repris en 1S43 et François I", le roi très chrétien, ayant signé une alliance avec Soliman II, toute la chrétienté s'en émut. D'immenses préparatifs furent faits pour franchir la frontière des Alpes- Maritime s, et le duc de Savoie conduisit aussitôt des renforts à Nice.
Tout d'abord, un succès excita l'ardeur des Niçards, qui organisèrent leur défense tandis que la flotte ottomane s'avançait, commandée par Barberousse.
Vingt-cinq mille hommes devaient attaquer par terre, d'innombrables voiles par mer, et Nice avait, pour défendre son château, trois cents hommes tout juste !
Ceux-ci jurèrent de s'ensevelir sous les murs de la ville plutôt que de se rendre.
Le gouverneur de la cité, André de Montfort, les magistrats Barthélemi Gallano, Léonard Guisoli, Gaudolphe et Laurent Blançon organisèrent la résistance. Et les femmes se rangèrent près de leurs pères et de leurs maris, inaugurant ainsi le vrai féminisme qui ne lutte pas contre l'homme, mais s'associe avec lui pour le seconder.
Le 5 août 1543, l'assaut commençait. Barberousse, qui occupait déjà le mont Gris et le mont Boron, envoya des messagers à André de Montfort. Celui-ci répondit : « Je me nomme Montfort, mes armes sont des pals, avec l'aide de
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Dieu et le courage des habitants je défendrai ces remparts tant qu'il me restera un souffle de vie. »
Les défenseurs tinrent jusqu'au 15 août. Us priaient avec ferveur la sainte Vierge, comptant sur l'aide divine pour les secourir. Le 15 août, deux colonnes composées de Turcs, de Toscans et de Français livrent nu combat furieux, sont d'abord repoussées, puis leur masse renverse tout, un soldat plante sur la brèche le drapeau vert. Mais voici qu'une femme surgit, abat d'un coup de hache le janissaire, rallie un groupe de Niçards aux cris de «Victoire! Victoire!», les janissaires, en désarroi, s'enfuient.
Les Niçards sont tentés de croire à un miracle de cette Vierge qu'ils ont tant priée. Ce n'était point Marie la divine, mais une humble femme du peuple, Catherine Ségurauce, surnommée « la maufaccio », très populaire parmi la foule, qui connaissait déjà sou patriotisme ardent et son zèle à monter la garde parmi les défenseurs.
Onluiéleva plustardunestatue sur la porte Parolière.
Nice fut absolument mise à sac par les Turcs, qui dévastèrent les maisons, pillèrent les églises, violèrent les femmes. Des scènes d'une brutalité inouïe se déroulèrent.
Cependant le duc de Savoie vint délivrer sa ville, qui l'accueillit avec des transports de joie, et le traité de Crépi (1543) termina cette lutte.
Alors, peu & peu, Nice se releva.
On rebâtissait le couvent de Sainte-Croix, le pont Saint-Antoine, la tour de l'Horloge ; Emma-
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nuel-Philibert faisait cOotiouer le fort de Saint- Hospice et foodait celui de Hontaiban qui existe encore.
En 1585, des fêtes inimitables se succédèrent en l'honneur de Catherine d'Autriche qui venait d'épouser le duc de Savoie.
Ce fut une représentation nautique, Jason disputant k Ulysse la Toison d'or, fête couçue avec le faste espagnol. Et de ce passage, Nice garda quelque temps les coutumes espagnoles. Le goût français prédominait cependant, car, trois ans après, on organisait une exquise pastorale, avec des ballets dans lesquels figuraient les seigneurs.
Jusqu'en 1689, Nice vécut paisible, construisant ce sanctuaire de Laghet, très vénéré encore maintenant, où l'on signalait des miracles. Le clergé exploitait habilement d'ailleurs la foi des Niçards, exigeait les distinctions rigoureuses des classes aux fêtes publiques, empêchait le peuple d'allumer plus de deux flambeaux, alors que les artisans avaient droit à quatre, les bourgeois à cinq, les nobles à six. Chaque curé tenait note des hérétiques, des vaudois, des blasphémateurs, des femmes séparées de leurs maris, des adultères. Ce clergé, si autocrate, avait cependant lui-même desmœurs assez douteuses pour que son évéque fût obligé de lui interdire de se masquer au carnaval, de fréquenter les cabarets, de se vêtir d'habits laïques, de prendre à. son service de jeunes, personnes.
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ET SES ENVIBOtiS 19
Henri IV songea sérieusement à reprendre à la maison de Savoie ses provinces ti-aoçaises, mais Richelieu et Hazarin y renoncèrent.
Louis XIV avait fortifié l'alliance avec la Savoie -quand se forma contre lui la ligue d'Augsbourg. Le duc de Savoie, Victor Amédée II, après des hésitations, s'unit aux ennemis de la France. Il en résulta pour Nice une série de calamités.
D'abord le siège de Nice, eo 1691, par Catinat, qui attaqua furieusement le château, força les défenseurs àcapituler. Puis, en 1703, leducde la Feuillade vint menacer les forts de ViUefranche et assiégea Nice en bombardant l'église Sainte- -Réparate. ensuite il alla vers le château, oil le gouverneur, M. de Corail, organisa une défense intrépide, mais fu.t forcé de capituler ; ea 1706, Louis XIV fit raser les fortifications de Nice et de Saint-Hospice. 11 ne laissa debout que les forts de Hontalban et de Villetranche.
Le traité d'Utrecht termina, pour Nice, les luttes. La vaillance de la ville semblait presque épuisée, et la terreur que la peste de Marseille ne parvint chez elle l'affola.
Le roi Victor décida alors de s'occuper du relèvement de la cité, et il y consacra d'énormes sommes. A cette époque fut construite la place Saint-Dominique, une caserne, l'église de Saint- François-de-Paule. Le faubourg Croix-de-Marbre s'étendit, et, sur les remparts détruits, qui éternisaient le souvenir des désastres, on planta des orangers et des pins, qui celèrent de leur verdure
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heureuse les .blessures de la ville. Le port fut abrité par une jetée. Enfin les ruines de l'ancien château furent transformées en cimetière. Toutes ces constructions existent encore.
. A cette époque vécurent Jean Dominique Cassini, l'astronoine, Jacques Cassini, son fils, qui traça une carte de France, Jean et Dominique Haraldi, l'astronome et le mathématicien. Carie Vanloo était né à. Nice d'un charpentier hollandais venu pour exécuter des travaux, et de la fille d'un sculpteur.
Un retour offensif des troupes françaises dans le comté de Nice, en 1746, précéda la signature du traité d'Aix-la-Chapelle.
Et la ville continuait la série de ses embellissements, ornait de portiques la place Victor, bâtissait le théâtre Macarani.
Mais en 1788, une nouvelle série de désastres accabla Nice ; l'imagination populaire y vit, plus tard, l'annonce céleste de la Révolution. Car cette fois, c'étaient des orages terribles, d'effrayants éboulements dans la vallée de Roccabigliera, une tempête de neige qui gelait les orangers et les oliviers.
Là-bas, dans ce nord que les Niçards évoquaient ainsi qu'un pays de rêve, le passé désagrégé sombrait dans la Révolution, et s'occupait à édifier une autre société.
Nice, territoire neutre, allait cependant être mêlée à. ces grands événements, car la maison de Savoie était alliée des Bourbons, les émigrés de Provence et de Languedoc arrivaient en foule
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ET SES ENVIBOBS 21
à Nice, orgaaisaient à Saint-Dalmas une légion que devait commander un neveu du grand Colbert. Nice devenait ainsi un centre d'émigration rapproché, et redoutable pour la Convention.
L'Assemblée Constituante comprit le danger, et envoya, sous les ordres du général Anselme, des volontaires marseillais qui campèrent entre Ântibes et Cagnes. Aussitôt le duc de Savoie, Victor Amédée II, composa une armée de dix mille hommes commandés par le général de Courtens.
Cependant les émigrés mécontentaient les Niçards par leurs exigences et leur dédain. La situation du consul, M. Le Sueur, devenait très embarrassante, il demanda ses passe-ports, on les lui refusa. L'amiral Truguet vint, délégué par la Convention, et adressa au commandant de place la dépêche suivante- » C'est sous la garantie « d'un pavillon parlementaire que je vous envoie « un officier chargé de lalettre que j'ai l'honneur « de vous écrire. Je réclame de votre loyauté un « réprésentant de la nation française que vous ne « pouvez retenir malgré lui, que vous ne pour- « riez refuser à mes instances sans violer égale- « ment le droit des gens et celui de la guerre; j'ai « de votre caractère, monsieur, une trop haute « idée pour penser qu'à l'exemple des régences « de Barbarie vous vouliez exercer une violence « criminelle envers un consul de France. »
On lui répondit que l'on n'avait point cru dépasser les bornes de la courtoisie, et que l'on
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désirait garder les meilleures relations entre les deux Dations.
H. Le Sueur rallia l'escadre, qui Bt voile vers- Toulon. Hais le soirmëme, après que l'armée piémontaise se fut retirée des bords du Var, une de ces paniques brusques comme an coup de mistral affola les habitants. Ils se h&tèrent de cacher leurs objets précieux, de fermer leurs maisons, et nobles, magistrats, bourgeois aisés, se précipitèrent sur la route de Turin, Les défenseurs du Var suivaient, dans un désordre qui s'accrut de plus eu plus.
La foule des émigrants s'arrêta dans les villages des bords de la route ; les plus compromis, seuls, passèrent en Italie.
La populace de Nice s'était mise à piller les maisons abandonnées, et le conseil dut implorer le secours du général Anselme.
Il arriva, k la tête de 6.000 hommes et de 6 pièces de campagne aux portes de Nice, et ses troupes défilèrent dans un ordre absolu. Huit bataillons de ligne, qui portaient l'uniforme blanc, précédaient les volontaires du Var commandés par Hasséna.
Celui que Napoléon surnomma « l'enfemt chéri de la Victoire » était né à Levons, de ces montagnards qui, en se donnant à Amédée Vil, s'étaient réservé le privilège de marcher toujours armés d'un long couteau. Le héros futur de Rivoli et d'Essling montrait cet esprit, cette pénétration et cette galté qui furent les traits distiactifs de son caractère. Dans cette troupe
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- des Alpes, Bonaparte servait comme capitaine d'artillerie
A la première sommation, les forts de Montalban et de Villefranche se rendirent, et le Comté demanda sa réunion à la République française qui en lit le département des Alpes-Maritimes.
Les émigrés français et niçards avaient abandonné leur argent et leurs effets. On leur assigna un délai pour les retirer, et, comme ils ne se présentèrent pas, la confiscation eut lieu.
L'Autriche, ayant signé un traité d'alliaoce avec le roi de Sardaigne, attaqua alors la frontière du Var, et dans les Alpes-Maritimes se déroula la grande guerre.
En 1793, 1794, 1795, l'armée des Alpes, perdue dans les neiges, subit toutes les souffrances avec un héroïsme inouï.
A Nice, les représentants de la Conveution, Frérou, Robespierre le jeune se montrèrent fort humains et peu de victimes furent désignées par la loi des suspects.
Avec Robespierre le jeune était arrivé Bonaparte, général de brigade, jeune homme froid, taciturne, à la fois autoritaire et affectueux pour ses soldats. 11 logeait chez un geatUbomme niçard, le comte Joseph Laurenti. Par ordre du représentant Laporte, il dut garder les arrêts deux mois. Le comte Laurenti le cautionna, et son hôte, en parlant pour Paris, ne put que lui laisser son fusil de chasse en remercîment de ses soins.
Après la pais avec l'Espagne (1795), six mille
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hommes vinrent, dirigés par le médiocre général Schérer, qui, fort heureusement, eut pour lieutenant Masséna. Celui-ci obtint de son chef J'autorisation d'attaquer les austro-sardes qu'il refoula jusqu'au camp de Ceva.
De i795 à 1796, Nice reprenait son industrie, son agriculture, son commerce, fort négligés durant tous ces événements.
A Paris, un projet d'invasion delà Haute-Italie, .élaboré par le Directoire, fut envoyé à Schérer, qui se déclara incapable de l'exécuter. Barras, alors, donna le commandement de l'armée d'Italie à Bonaparte, qui arriva à Nice le 22 mars 1796 et trouva, sur la place Victor, des bataillons indisciplinés refusant de partir; son âscendantles décida à le suivre. Un mois après, il signait l'armistice de Cherasco, et le 15 novembre un traité de paix qui cédait le Comté 4e Nice k la République française.
Le 18 fructidor, les émigrés, eu leur désir de contre-révolution, causèrent à Nice quelques troubles que le général Lannes apaisa bientôt en expulsant les aristocrates.
Des hostilités entre l'armée autrichienne et l'armée française, le Consulat, l'amnistie, enfin la paix d'Amiens et le Premier Empire.
Depuis le 18 juillet 1760, le département des Alpes-Maritimes était administré par des préfets. Le vicomte Joseph Dubouchage se fit remarquer par son dévouement intelligent à la ville. On fonda un lycée dans l'ancien couvent de Saint-Jean-Baptisle. On construisit une muraille
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poarprotéger le torrent du Paillon ; Napoléon I" faisait commencer cette route de la Corniche qui fut terminée en 1814.
Hais les Niçards avaient des dispositions antiimpérialistes qui s'accrurent lorsque le pape Pie VII, transféré à Savons, s'arrêta à Nice. On lui fit une ovation.
Le IS avril 1815, la nouvelle de la chute de l'Empire fut accueillie avec joie, par les cris de ia populace : « Vive Victor Emmanuel ! Vive notre souverain légitime ! »
Un régiment de cavalerie hongroise occupa Nice, dont le sort fut encore débattu. On décida de la rendre au roi de Sardaigne, et, le 12 juin, un commandant vint, au nom de celui-ci remplacer le préfet Dubouchage.
Le 23 juillet 181S, un armistice fut signé entre la France et la Sardaigne au nom du général Brune, et au nom du général en chef des troupes sardes par le major général Avogadrb.
La cour de Turin ne ratifia pas ces conditions; elle envoya des troupes, suivies d'une colonne autrichienne, sous les murs d'Antibes, qui refusa d'abord d'ouvrir ses portes aux alliés, mais finit par consentir à. recevoir une compagnie sarde, qu'elle expulsa ensuite. Et elle subit un blocus de quarante jours, avant de céder.
L'histoire héroïque de Nice se termine en 1813.
De 1813 à 1860, elle fut une station d'hiver, fréquentée par les malades, petite ville charmante, environnée par des champs de roses et d'oeillets qui embaumaient les convalescences.
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Après 1860, époqu^deraiinexiODdéHDttive à la France, Nice deviat une vaste cité que ne recherchent guère le) souffrants, mais bien tous les privilégiés qu'attristent les lugubres hivers du nord, aux ciels mêlés de nuit, les mondains, attirés par les fêtes du littoral si variées, si amusantes, les artistes, charmés par ces paysages variés à l'infini qui se déroulent autour de la ville.
Nous [AcherODS donc d'exprimer cette séduction de Nice, cette civilisation raffinée, si bien adaptée aux sites les plus merveilleux, que la beauté des choses se trouve môlée à toutes les minutes de l'existence.
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