LA VIEILLE VILLE
Aspect. — Le marché de Nice. — Un Théâtre populaire. — La procession du Jeudt-Sainl. — Coutumes niçoises. — La Pêche au feu.
Des rues tortueuses bordées de maisons, dont les unes ont des plaies béantes, les autres des emplâtres de chaux neuve, toutes noires, déjetées, ne laissant entre leurs deux rangées qu'un étroit couloir demi-obscur.
On se croirait là dans une ville du nord si, au bout de la plus sombre ruelle, une 'sorte de portique ne se dressait, encastrant un coin de mer d'un bleu vibrant, et si, là-bas, sur cette petite place, on n'apercevait un bouquet de palmiers et de dattiers.
Dans les boutiques se réFugient les menues
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industries locales, fabriques de chapeaux toul plats comme des assiettes de paille, magasins de n vermicelles », nom géDérique de pâtes délicieuses, rubans et papillons d'un jaune pâle dont se nourrii le peuple à Nice, enfin les échoppes où les palmes des Rameaux sont joliment tressées selon l'imagination des « artistes ». Et tout à coup, devant soi, la soudaine vision de la montagne à laquelle s'adosse la ville. Du roc surgissent des figuiers de Barbarie, étranges comme des monstres de l'Apocalypse, des aloës aigus, tels des faisceaux de lances, et, en haut, les croix du cimetière, qu'on aperçoit de tous eûtes, symbole de la mort qui, éternellement , plane sur les êtres et les choses.
Le marché de Nice.
Le marché, bourdonnant et multicolore, installé sur un large » cours » de la ville ancienne, le cours Saleya, loin de la ville moderne, la ville aux étrangers, a conservé une franche physionomie niçoise.
Dès l'entrée, on est assailli par une horde grouillante de petites gueuillardes, une corbeille platée «un couffin * comme elles disent, sur la tête.
Et. partout, dans le marché, elles s'attachent à vos pas, disparaissent un instant, chassées par un geste brusque, une injure violente, pour revenir aussitôt comme un essaim de mouches har-
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celantes, criant d'un accent saccadé et nasillard : M Faites-moi l'étrennel Taites-moi l'élrennel » Laides pour la plupart, et d'une saleté tout italienne, avec des cheveux touffus abritant des nichées de poux croissant et multipliant en paix, et des vêtements dépenaillés cachant aux regards indiscrets une peau noire dévorée de vermine, elles sont là une légion, traînant leur flânerie au teau soleil matinal, dans l'espoir souvent chimérique d'une pièce blanche. Point honteuses de leur crasse et de leurs loques, elles regardent les petites filles qui vont à l'école ou dans les ateliers avec ce mépris pour le travail qui est au fond de tout vrai méridional.
Sons le soleil flambant, les vieilles maisons se revêtent d'or fluide que les volets, à demi rabattus selon la mode du Midi, rayent de larges ombres bleues. Là-bas, sur le ciel transparent, on aperçoit les palmiers du jardin de la Préfecture, un grand bâtiment blanc, trop solennel et comme dépaysé sur ce cours Saleya, rendez-vous autrefois du Tout Nice, maintenant déchu jusqu'à devenir vulgaire et populacier.
Sous des petiles tentes en toile blanche s'étalent, d'un côté, des fruits couleur de soleil, citrons, oranges, kakis du Japon, et, bien rangées dans des bottes, des dattes de Biskra, savoureuses et veloutées.
De l'autre côté, c'est une des choses les plus exquises de Nice la belle, le Marché aux (leurs. Des fleurs, rien que des fleurs, dans des corbeilles, dans des hottes, en gerbes, en tas, une
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floraison rare el délicieuse, lout épanouie, baiguée de lumière, triomphante et embaumée.
Partout du mimosa, et encore du mimosa ; on dirait qu'il a neigé de l'or. Et c'est une splendeur que cet or p&le sous l'or vif du soleil. Dans quelques corbeilles, des œillets chifFonnentleurs collerettes dentelées, roses, blanches, ou rayées de rose et de blanc, ces œillets d'une chair si délicate, d'une nuance si fraîche, qu'on cultive làhaut, dans les jardins de Mont-Boron ou sur la route de Villefranehe, bien alignés comme un pensionnat frêle et élégant, et le soir, douillettement couverts d'un toit de paille.
Dans l'étroite allée laissée entre les buissons fleuris, c'est une coulée ininterrompue de gens divers et amusants. Des misses, lestement descendues de leurs hautes bicyclettes, tout en longueur, longues jupes, longs bras, longeons, achètent u a little bouquet ■ pour fleurir leur corsage, et les voilà reparties, droites et raides.
Des ménagères niçoises, affairées, bousculant, jacassant, avec cette exubérance de paroles et de gestes qui prête aux méridionaux une apparence d'activité, marchandent, âpres au gain, obstruant le passage, tandis que le patois local roule ses torrents d'rr.
Des étrangers, souliers jaunes et chapeau mou, ne regardent pas les fleurs, mais les fleuristes, si d'aventure il s'en trouve de jolies. Par-ci, par-là, un chasseur alpin, culotte courte et béret sur l'oreille. Tout ce monde va, vient, s'agite, parle. C'est cette joie-du Midi, faite d'har-
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iponiea simples, sous le ciel bleu, dans la graade lumière; le rire des êtres tintinnabulant dans le rire muet des choses.
Hais Toici l'heure du déjeuner. La foule se disperse. Viteles fruits dans des charrettes, les fleurs dans des paniers adroitement portés sur la tête, tous ces reliefs multicolores disparaissent, et bientôt la grande place reste déserte sous le flamboiement du soleil de midi.
Un théâtre populaire.
Pour connaître tout à faille vieux Nice, il faut pénétrer dans un théâtre populaire.
On suit le quai Risso, pauvre et populeux, planté de maigres arbres, bordé de sordides boutiques, qui serait navrant sous un lourd ciel du nord, et qui est pittoresque sous le ciel méridional, car la misère s'égaye au grand soleil, comme certaines laideurs s'embellissent aux lumières.
Une grille s'ouvre sur la cour, — si boueuse quand il pleut, mais il ne pleut jamais! — d'une misérable auberge, l'auberge du Lion d'or. Au fond, une porte étroite ; c'est le théâtre Risso.
— Un théâtre là !
— Comme je vous le dis.
— Que joue-l-on 7
— Regardez l'affiche.
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En grosseslettres, avec une réclame qui tire l'œil : TRAGICO SPETTACOLO.
HEDEA.
Et, à la fiD, cette mentiOD :
. FATTICA PARTIGOLARE DE L'ATTRICE ■