LIN* DILIGENTI
Une manière gentille et naïve de rappeler au public ^goïsle la peine qu'on se donne pour l'amuser. La salle est petite, peinte à la chaux. Trois rangs de fauteuils en damas rouge, les autres en paille. Au fond, des chaises de bois, en haut, deux galeries.
La scène est étroite, sans profondeur. Quels décors? Des toiles peintes grossièrement.' Quels meubles î Des chaises qu'on recouvre de housses' rudîmeutaires, des tables vermoulues qu'on drape d'un bout d'étoffe. C'est tout.
— Et on joue là des drames historiques, des tl^gédies grecques?
— Oui.
• — Nous allons bien rire !
— Attendez I
La salle est pleine. En bas, de petites gens endimanchés ; aux galeries, des gens du peuple, niçois ou piémontais, — ils se ressemblent, types de brigands, mais de brigands lourds et abrutis. Ah! qu'on est loin du voyou parisien, ignoble pochard quelquefois, mais spirituel" titi souvent.
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Pour faire patienler le public, un :
hâve joue des valses et des polkas.
Par la porte ouverte entrent des traînées de soleil, des bouffées d'air tiède. Comme la salle est froide, le public laid, Todeur désagréable, le piano agaçant ! Detiors il fait chaud, il fail lumineux, il fait gai, pourquoi diable?...
Trois coups, le rideau se lève sur Médée. Des colonnes suffisamment grecques. Au milieu, une statue. Pas mal, le décor I Attendons les person- . nages. Drapés sculpturalement dans des étoffes aux tons chauds, à peine grimés, visages et bras d'un beau brun méridional, ils sont u dans la note », juste assez pour donner l'idée d'une époque.
Voici que parait Médée, la prima donna dont le nom s'étale en vedette sur l'affiche, madame Lina Diligenti-Harquez.
C'est une femme grande, majestueuse, drapée daus une lourde étoffe d'un violet sombre. Elle a les cheveux épars, des traits réguliers sans dureté, des yeux gris bleutés très limpides, des yeux italiens dont le regard ne se fixe pas, mais flotte, comme alangui de douceur et de teudresse, la bouche gracieuse, l'ensemble du visage noble et pensif. Elle s'avance, lente et sévère, et c'est une femme vue mainte et mainte fois dans les tableaux du Titien. Laquelle? Peut-être sainte Catherine de Sienne, peut-être la Madeleine, peut-être une des Saintes femmes au tombeau, ou peut-être elles toutes simultanément.
Elle a une diction parfaite, une voix riche, pro-
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foDde. Ohl l'adorable langue italienne! El lagéaiale tragédienne I Car elle est géniale, elle atteint ce degré au dessus du talent qui ne laisse aucune place à la critique, ce n'estplus l'art dans la nature, c'est la nature même, ou du moins ce sont la nature et Tart si intimement liés qu'on ne les distingue plus.
Elle s'agenouille, le cou incliné, les mains tendues, suppliante- Elle s'appuie, immobile et souibrc, contre une colonne. Elle se drape dans un long manteau noir dont elle relève un pan sur son front. Le poignard à la main, le masque crispé par un volonté tragique, les yeux comme illuminés d'extase, elle marche vers Creuse. Re- (Iressée, superbe, solidement campée de face, elle pose les deux mains sur la lète de ses enfants, deux beaux bambini au teint brun, au joli corps souple sous leurs draperies ; elle se penche, ses mains se détendent et pressent et caressent avec une tendresse affolée les petits bras nus qui l'enlacent. Et chaque attitude, d'une belle simplicité de lignes, avec je ne sais quelle mollesse voluptueuse, évoque une vision picturale. C'est l'antiquité vue à travers l'Italie.
Comment, nous étions au Risso! Voici la petite salle pauvre, le pianiste hâve, lesboutiquiers endimanchés el les voyous piémontais et niçois .. Oh I comme la grande tragédienne avait su évo quer un autre temps, une autre race, d'autres sentiments!...
Parmi tous ces gens qui l'ont applaudie, beaucoup ne comprennent pas l'italien, et cçux.qui
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comprennent les mots, comprennent-ils la pensée?
Je ne le crois pas. N'importe, ils ont vaguement seDti qu'elle avait du génie, et ils sortent du Risso avec une émotion respectueuse.
Chaque soir, infatigable, madame Diligeati- Harquez Joue une pièce différente, Elisabeth d'A nglelerre, Hamlel, Lorenzaccîo, la Tosca, etc. etc., et chaque soir sur cette petite scène elle crée quelque inoubliable flgure, toujours diverse en restant toujours elle, c'est-à-dire une grande artiste passionnée.
Un journal de Nice, l'Union artistique et littéraire, intelligemment dirigé par Léon Sarty, parla avec éloge de cette gloire méconnue. La " société a s'aventura d'un pas méfiant dans ce quartier populeux, elle eut un moment d'enthousiasme, puis elle fut bîentàt lasse. La Diligeati continua à jouer devant son ancien public, indifférente à l'absence des snobs. Puis, un jour, le théâtre Risso fut flésertê, on se porta vers le Politeama pour voir jouer Zaza, U signore direttore, toutes les nouveautés parisiennes.
La procession du Jendl-Saint.
Dans la vieille ville a lieu chaque année, le Jeudi Saint, une procession pittoresque. C'est d'abord la croix portée par un sacristain, puis
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les pénitents noirs, blancs et bleus qui, avec leurs cagoules, semblent des masques évadés du carnaval, les enfants de Marie, vieilles filles jaunes et parcheminées sous la couronne des vierges, enfin, les petites filles des sœurs, vêtues de bure comme des petites nonnes, un voile blanc posé en bandeau sur le front et retombant eu plis souples autour du visage. Des cierges piquent leurs points lumineux dans l'ombre de la rue- Sur le passage de la procession se presse une population très fervente. Des vieilles femmes versent des larmes, clamant : « Jésus ! Jésus 1 » les petites filles, vêtues en religieuses, ont des regards d'extase, et si, d'aventure, quelque étranger sceptique sourit, des regards nullement bienveillants luisent à travers les trous des cagoules. Cette procession du Jeudi-Saint nous rappelle une extraordinaire mission qui ^fut préchée h Nice en 1716.
Quatre Jésuites, ayant pour chef le Père Cancellati, de la marche d'Ancônei vinrent à l'évèché de Nice. Ils furent reçus par le vicaire capitulaire, chanoine et curé de la cathédrale, dom Raiberti. Ils choisirent pour prêcher deux emplacements, l'un sur le cours actuel, l'autre, sur la place Saint- Dominique, désert appelé alors Parc aux oies. On dressa sur te cours une tente immense pour mettre à l'abri les hommes et les femmes. Une place fut réservée aux prêtres et aux religieux, près d'une chaire à prêcher. Deux échafauds furent élevés, un petit autel pour le Saint-Sacrement et un abri pour les choristes.
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Le 22 avril, à deuxhtures, le Père Cancellali ouvrît la missiOD. Une foule considérable vint, les pieds nus, hommes et femmes, celtes-ci, la tète voilée, surmontée d'une couronne d'épines.
Après les cérémonies et la bénédiction du Saiut-Sacremeot, le Père Cancellati fit une prédication, invitant à apporter les dés, les jeux de cartes, les livres même. Tout cela fut brûlé au pied de l'échafaud.
Le Père Cancellati prononça ensuite un discours sur la pénitence. A la fin de son sermon, il saisit une discipline, descend de sa chaire, se frappe et exhorte les assistants II l'imiter. La foule le suit, sanglotante, se flagellant, des femmes et des enfants sont renversés.
Aux exercices ordinaires des prédications, on ajouta la procession des nagellants. Les hommes de la marine, les gens du peuple, couronnés d'épines, marchaient devant, la corde au cou, le dos nu, se donnant la discipline. D'autres hommes suivaient, chargés de chaînes de fer et portant des croix pesantes. Ensuite les pénitents des confréries, pêle-mêle, l'un tenant une tète de mort, l'autre un crucifix. Leclergéséculier s'avançait, derrière, très nombreux, pieds nus, la tête couronnée d'épines et couverte de cendres, la corde au cou, se frappant avec la discipline. Puis venaient les femmes, femmes du peuple, grandes dames voilées de' blanc, couronnées d'épines, la corde au cou, se donnant aussi la discipline ; des enfants, tout jeunes, suivaient pieds nus, portant une tète de mort. Les deux proces-
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sioDS arrivaient sur iu Parc aur oies, où avait -lieu la prédicalioD ; il y avaitensuite nagellation générale du prédicateur, des péiiitents, du peuple €l du clergé qui circulait dans l'assemblée en «hantaotle Miserere.
Avant la fin delà mission eut lieu la béaédic- ■tion de l'eau.
Devant l'hûpital de Saint-Roch se dressait une petite estrade, au pied de laquelle se trouvaient rangées plusieurs cuves pleines d'eau de puits. Le Père fit cette bénédiction avec les reliques du voile de la sainte Vierge. Cette eau fut distribuée au peuple; elle était, paralt-il, d'une grande vertu "pour les fiévreux et pour les femmes en couches. El, le lendemain, après une communion générale à Sainte-Réparate, la dernière procession eut lieu avec pompe. Le prédicateur entama un Te 'Peum e(, pendant que l'assistance continuait le chant de glorification, il se découvrit les épaules el se flagella avec une discipline de fer.
Ainsi se termina celte mission qui dura quinze jours et excita un tel enthousiasme que, pendant ce lemps-là, les boutiques furent fermées, et que durantles nuits des groupes chantaient le Miserere et se llagellaient, pris de la folie de la croix.
Un miracle eut lieu dont on nous a conservé la relation.
Une pauvre fille alla un jour de fête couper des herbes dans les champs, et elle s'aperçutque de chaque brin coupé sortait une goutte de sang. 'Soudain dans l'herbe apparut un crucifix qui
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ET SES EKVIROBS 37
lui dit : * Oh ! ma fille, est-ce ainsi que tu sanctifies ma fête?»
Le peuple actuel est, certes, loÎD du fanatisme de ses ancêtres. Pour qu'il ferme ses magasins, il faut que Carnaval lui-même entre dans sa bonne ville, mais cependant il a des accès de dévotion.
Les enterrements sont célébrés avec solennité; on y voit défiler les petites flUes des sœurs, vêtues de bure, un cierge à la main. Et tes gens restenttrès superstitieux ; du sel renversé, un miroir cassé sont des signes de désastres.
Si les Niçois ne suivent pas régulièrement les offices, ce n'est point par incrédulité, mais par insouciance. On ne va pas ù la messe quand il pleut, et quelquefois aussi quand il » fait soleil », car H ce serait péché de ne pas profiter des beaux jours que Dieu donne. » Mais nul n'habiterait une maison qui n'aurait pas été bénie. Aussi voit-on souvent passer au milieu de la foule élégante un moine suivi d'un enfant de chœur portant le goupillon. Il s'agit de bénir une maison neuve qui sera peut-être une salle de danse ou un cabaret, mais qui doit d'abord être sanctifiée.
Les Niçois sont à la fois superstitieux et indifférents. Ils conçoivent un Dieu bon enfant, pas susceptible, comprenant qu'on le néglige au fort de la saison, et prêt, en cas de malheur, à donner un coup de main.
Par exemple, quand souffle le mistral, chose peu fréquente, toute la population persuadée
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que cela « porte malheur », va brûler un bout de cierge à Sainte Réparate. Autrefois on organisait des processions.
Les tempêtes sont assez rares à Nice pour que les générations se soient transmis l'histoire du désastre de 1847. La mer, après avoir entraîné et brisé nombre de barques, battit les murs de la viile. Et comme le veni sourflait toujours, on crut que « Dieu était en colère. » Aussi l'évèque et les chanoines s'en furent en grande pompe vers la plage. Le révérend évèque descendit jusqu'à la grève, aspergea d'eau bénite la mer et s'en retourna. Et, disent naïvement les vieilles, au bout de quatre ou cinq jours, le vent diminua et cessa, preuve certaine de l'inûuence divine.
Uneautre fois, les pécheurs, alarmés de voirleurs fdets détruits parles marsouins, ne doutèrent pas que Dieu, bon enfant, ne remédiât à ce désastre. Aussi l'évèque partit de Sainte Réparate accompagné du clergé, des consuls et d'une grande foule. 11 s'arrêta d'abord k l'église de Saint- Jacques où était le Saint-Sacrément, et il commença les litanies, puis il se rendit au bord de la mer et monta en barque avec trois chanoines.
Lorsqu'il fut en pleine mer, il conjura les marsouins de ne plus abîmer les filets « pour laisser les pauvresgagner leur vie. »
Un jour encore, on allait processiounellement et courtoisement, clergé en tête, prier les vers de ne plus ronger les oliviers.
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BT SES ENVIRONS
Coatames locales.
Le peuple a conservé quelques coutumes locales. Par exemple, il célèbre avec soleDoité la fête de Noël. Ce jour-là, tes familles, si sobres d'ordiaaire, font rôtir un quartier. d'agneau, des châtaignes. On ajoute au menu des figues sèches - et des oranges douces. Mais l'antique habitude de fêter la veille de Noël a disparu. Elle avait pourtant un charme familial et préparait aux grandes réjouissances de la Nativité.
A la tombée de la nuit, le 24 décembre, avait lieu le cachofué. C'est ainsi qu'on appelait la bûche de Noël allumée au feu nouveau.
On enlevait les tisons, les charbons ardents, toutes les cendres qui couvraieut le foyer de la grande cheminée à manteau, et, sur l'dtre bien balayé, on plaçait un monceau de sarments, de pommes de pin, enfm la bûche de Noël. On éteignait les lumières. Enfants et petit enfants se rangeaient, et l'aïeul, ou à son défaut, le père battait le briquet, allumait un cierge conservé depuis la Chandeleur, récitait VOraison dominicale, la Salutation angélique, le Credo, enfin, avec le cierge béai allumait le feu nouveau, puis les lampes. Alors toute la famille s'attablait devant un souper composé d'aliments maigres.
Une autre jolie coutume, tout à fait oubliée, était celle de tournerle Mai.
Aux portes des maisons, on suspendait une lan-
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terne parée de fleurs et de feuillage, et jeunes gens el jeunes BUes venaient danser des rondes en chantant.' Quelque musicien ambulant apportait sa harpe et accompagnait des chansons populaires d'une grâce naïve.
Maintenant, toutes ces fêtes familiales ne se célèbrent plus, et c'est grand dommage. Seules quelques coutumes locales n'ont pas encore disparu, comme par exemple la pêche au feu.
La pêche an feu.
Aux beaux jours d'été a lieu, dans la baie de Mce, cette pHlOTesque pêche au feu que madame Juliette Adam a évoquée avec tant de charme (l)ï
« Léonard se mit h ramer. Comme la barque » entrait dans un des courants du golfe, il efOeura B si légèrement la mer qu'on entendit à peine le » bruit de l'eau qui fuyait.
» Maurice accrocha tout à fait à l'avant du bail teau un crampon de fer long et recourbé. A » l'extrémité de ce crampon se trouve une grille » en forme de panier dans laquelle on place le » feu. Le jeune hommepritdubois résineux dans » la corbeille, en rapprocha deux morceaux qu'il » alluma ; puis les posant tout enflammés dans B la grille, ii échafituda d'autres bûches sur les premières.
» Un feu blanc, clair, jaillit, chassa l'ombre
(1) Récils du golfe Juan
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1 autour de la barque, mais pOur la rejeter plus ' épaisse dans les hauteurs du ciel.
» L'eau frissonne, dévore lalumiire,- s'en pé- ' nètre, l'absorbe, s'agite et la ooie. Maurice ré- ' pand quelques gouttes d'huile suc la liier qui se t calme, s'apaise, ne se permet plus ni une ride, » DÎun froncement, et devient polie, transpai renie comme une glace.
» Les algues, couvertes de dessins roses et lilas, (rainent leurs rubans soyeux dans le sens <) du courant de l'eau. Des mousses dorées, vio- « lettes, fleuries d'anémones de toutes couleurs, B enveloppent les vieux rochers d'un vêtement » toujours printanler. Les oursins ressemblent B à de grosses taches d'encre sur un tapis colorié. a Les longs tentacules blancs des poulpes a flottent, entrelacées aux algues vertes. Ré- ■1 veillés, les petits poissons de jour s'effarent, I) se cachent sous les plumets mobiles des » mousses. Les poissons de nuit ch.irmés parla » lumière, accompagnent le bateau.
" Ainsi les triions s' allroupaienl sur le passage •> d'Ampkih-ile, et grossissaient son cortège, dit ■) Léonard, toujoursprêt à recommencer son an- >i tienne grecque ou latine. Ainsvlezéphir jouait' a dans les cheveux flottants de la déesse, ainsi » fonde frémissait et s'illuminait »■
«Maurice avait endossé un costume d'épais »j molleton et il s'était collTé du bonnet fradi- » tiODnel,du bonnetphrygien. 11 pritle trident e'. » se tint assis sur ses pieds comme une idole, le B corps à moitié tourné vers un des cdtésde la
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s mer que fendait l'avant de la barque. Son » bftlon reposait dans toute sa longueur sur ses » deus mains ouvertes, et ses mains elles-mêmes >• s'appuyaient sur ses genoux. Le fer du trident » rasait l'eau.
» Le jeune homme passait dans tout le pays » pour le plus habile des pécheurs au feu. Nul » ne savait mieux que l'adorateur de Marthe lan- » cer le harpon, calculer l'infléchissement de la » lumière et frapper plus sArement le poisson X isolé ou choisi parmi la troupe des siens.
» Uarthe était quelque peu sensible à l'adresse > de Maurice sur son bateau. Attentif, il dé- » daigne une maigre chasse, et les petits poissons » nagent impunément à sa portée. Son bonnet » lui donne un air romanesque de Hasaoiello ; la » flamme anime son teint brûlé par le soleil. » Courbé sur son trident comme un guerrier B antique sur sa lance, il attend une victime » digne de ses coups. Le cliquetis des étincelles » du bois résineux fait songer au bruit lointain » des javelots frappant sur les boucliers.
» Tout à coup il se retourne vers Léonard, il x fait un geste que suit le rameur. BientAt la » barque s'incline vers un banc de loups aux dos B argentés, qui glissent au bord du sillon lu- » mineux, qui hésitent à s'ébattre dans l'eau » étincelante.
B Léonard vire de bord et le bateau tourne sur
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n lui-mënie comme ud pivot. Lalumière de la n grille eaflammée lombe d'aplomb au milieu de » la troupe de poissons.
» Maurice, les pieds fermes, lance avec énergie » et une désinvolture iocomparables son trident n sur le loup le plus gros de la bande, que Marthe » lui a désigné du doigt. L'eau se fend droite et » le poisson s'enfonce de toute la longueur du n b&ton et de sa corde {{ui, roulée eu bracelet » autour du poignet du pëcbeur doit se dérouler » quandle harpon est entraîné par les premières B résistances et par les dernières convulsions de » la victime- Au bout de quelques secondes, les » deux mains du pêcheur, par un mouvement » pressé de va-et-vient, retirent de la mer la » corde, le bâton, le trident et le poisson. Celuici est piqué à la tête ou au milieu du corps. » Le pêcheur le ricle au bord d'une planche ou » d'un banc, le détache et le jette au fond de la » barque où il meurt en perdant les belles cou- » leurs luisantes qu'il avait dans l'eau.
» Tout cela se fait si vivement que Maurice, » après avoir péché ud premier poisson, en H pèche un second, puis un troisième. Léonard u rame avec ardeur et poursuit la troupe des » loups qui s'affole. »
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ENVIRONS DE NICE
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ENVIRONS DE NICE
Cimiers. — La Mantega — Le studio IHossa. — Le mont Boron- — Le mont Alban. — Villefranche — Le cap Ferrai. — Sainl-Jean. — Saint-Hospice. — Beaulleu. — La culture des fleurs. — Paysage de neige.
On peut s'y rendre très simplement, par le tramwuy qui part de ta rue HôLel-des-Pojtes, mais ilesl iniÏDimenl plus pittoresque de suivre les petits sentiers inexplorés Pojr cela, oa prend le tramway de SainI Maurice qu'on quille à l'angle de l'avenue Mmplaisir, un chemin bordé du maisonnettes roses. On passe devant la villa Monge, haute et silencieuse, avec ses voleU clos, son Jardin où les longs iris blancs
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et mauvtis exhalent uq parfum de vanille- C'est ici que demeure M"" Laure de Manpas&ant, la mère de Guy de Haiipassant, qui, parmi la joie papillonnante de Nice, vit, solitaire et douloureuse, mère qui regrette et se souvient.
Voici l'avenue Saint-Lamber, où l'on remarque une cour ancienne, avec un puits à la margelle usée et des fenêtres ogivales. Enfin, i gauche, un sentier qui grimpe, tout étroit, bordé de Jardins où des bambous frêles se dressent près de figuiers robustes et de uyprès aux fmes tiges, surmontés de leurs panaches de deuil- Ce paysage est plus austère que celui du montBoron. Peu de fleurs, mais des arbres somptueux, grands oliviers au feuillage d'argeut, hauts palmiers qui s'ébouriffent, d'un vert frais, larges dattiers, cocotiers et eucalyptus géants.
Cimiers (Céménélum) n'était qu'une pauvre t^ourgade à moitié sauvage lorsqu'elle passa sous la dépenJance des Romains. Ceux-ci construisirent des amphithéâtres, des thermes, des aqueducs, des palais et des monuments. Les invasions successives desGoths, des Wisigoths et des Bourguignons dévastèrent la ville, puis, au sixième siècle, ce furent les Lombards ; enfin deux sié.cles plus tard, les Sarrasins achevèrent de détruire cette cité qui devint un faubourg de Nice.
Des fouilles ont permis de retrouver, dans presque toutes les propriétés, des pierres sépulcrales, des lampes d'argile, des urnes funéraires contenant des colliers, des boucles d'oreil-
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les et des bagues, des statuettes d'or, d'argent et de bronze, des monnaies.
En 1839. dans la propriété du comte de Garin (où sont les restes d'un nymphéum lié è. un ensemble de thermes), on a découvert une quantité de grains de blé noircis, et l'on a pu cod< dure, d'après ces indices et d'autres encore, que Cimiers avait été Jadis la proie des flammes
De tout ce passé glorieux, rien ne subsiste que les arènes, à demi détruites. Des tiuffes de thym, des herbes folles vêtent la pierre ancienne.
Si l'OD grimpe jusqu'aux derniers gradins, on a une vue resplendissante. La mer n'est qu'une ligne un peu plus sombre dans le bleu du ciel, et Nice apparaît, resserrée entre les collines du mont Gros et du mont Boron, dépassée par les collines couvertes de pins et d'oliviers. Les cyprès dressent leurs légers et sombres plumets, comme une note de deuil dans les verdures fraîches des dracœnas et des palmiers.
La nuit, au clair de lune, disent les bonnes gens, reviennent les âmes des jeunes chrétiennes suppliciées dans les temps anciens; ce sont leurs plaintes qu'on entend chanter parmi les cyprès, et si, au matin, les herbes sont ployées, ce n'est point, comme on pourrai! le croire, par le vent, Diais bien par les fantAmes.
Et revient aussi l'âme de l'apostale, la jeune chrétienne qui, condamnée à être livrée aux bétes féroces, descendit dans les arènes, mais qui
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lorsqu'elle entendit rire le tigre et gronder le lion, eut si peur, la pauvre, qu'elle renooça h Jésus el adora les faux dieux. Bientôt après, elle mourut, brisée par le remords.
Il est à remarquer que, dans ces légendes populaires, on parle toujours de gémissements et de plaintes, et la raison eu est certainement qu'ô Nice, le vent, soufflaDt dans les pins et les olivierà, prend d étranges sonorités.
Maintenant, sur ce sol jadis foulé par les barbares, on voit de grands hâlels modernes el somptueux et un jardin zoologique.
Cependant Cimiers conserve un aspect champêtre, beaucoup de sentes sont encore abruptes, les automobiles n'y fréquentent encore qu'avec discrétion .
Et c'est un des très jolis coins de Nice.
La Manteg^a.
Il y a quelques années, parmi les pentes boisées d'oliviers gris, de bouleaux et de platanes, qui à l'automne, semblent des arbres d'or, la propriété du marquis de Cesoles se dressait seule, d'uQ rose ambré, avec ces palmiers géants qui bordent sa terrasse el lui donnent 1 aspect d'une forteresse sarrasine.
Maintenant une roule trace sa ligne, blanche comme de la craie, autour de la colline, des villas se sont posées ici et là, on bàlit un hôtel, deux hôtels, et In Mantega devient un but d'excursion.
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GHATEAUNEUF, VILLAGE ABANDONNÉ.