‹ Nice et ses environsChapitre 6 sur 12 · BUIKES DU XV" SIÈCLE · texte numérisé non relu

BUIKES DU XV" SIÈCLE

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Son heure de beauté est le matin, au lever du soleil. Les pins et les cèdres du mont Alban, apparaissent daas le lointain, assouplis, veloutés d'ombres bleues. Sur leurs Unes liges les cyprès dressent leur toulTe sombre, comme des insectes géauts plaoaat sur les choses. Les toits de Nice semblent des vagues rougeâtres solidiHées, s'abaissant jusqu'à la mer, d'un bleu pdle, comme détrempé de rosée.

Et le ciel est d'un bleu fragile à peine traversé de nuages légers, tels de longs paons blancs, l'air a une pureté neuve, on savoure des minutes de joie.

Le studio Hossa.

C'est dans cette retraite que Marcellin Desboutin, le raaîlre graveur, vécut les dernières années de sa vie.

Le studio Mossa est situé très loin des grands hôtels banals, sur la roule de France bordée de platanes roingrelins.

Là se trouvent de petites cases entourées de jardins prétentieux, où le bassin et la tonnelle voisinent avec quelque hideuse boule de verre. On dirait une banlieue du Nord sous un ciel méridional.

L'euirée du studio Mossa disparaissait sous un massif de roses blancties, qui, fragiles, se pressaient au-dessus du porche, festonnaient la grille étroite, la voilaient joliment. Après avoir

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TraDcbi le seuil, on s'arrêtait, hé^ilaut. Ua gros aloës se hérissait, comme pour dérendre !a retraite laborieuse du maître. Puis c'était ud Qguier de Barbarie, et un haut mimosa couvert de fleurs, gouttes de soleil soIidiTiées qui, leutemeot, glissaient sur le sol, un palmier chevelu, un cerisier, et, parmi ces verdures, ia sarabande de- roses roses chifronnant leurs jupes comme de folles petites danseuses, de roses rouges au sourire parfumé, de mystiques roses blauclies.

On se frayait un pasf^age dans la verdure, on grimpait quelques marches. Oq pénétrait dans l'alelier du maître, uue vaste pièce en ddme, comme une chapelle, la chapelle de l'art.

Drapé dans une robe de chambre rouge pareille à une toge, Deshoutin agitait sa crinière grise de lion vieilli. Ses traits semblaient avoir été coulés dans un moule de lave jaillie d'un volcan. Le front était large, bosselé, avec des rides profondes, sillons de la pensée. Les arcades sourciliéres étaient proéminentes, cavernes où s'abritaient les yeux ; l'un, immobilisé par un accident qui n'atteignit pas la vue, l'autre, observateur et spirituel. La barbe tombait, embroussaillée, sur la poitrine.

Tout autour de la pièce, aux murs, sur les tables, sur les chaises, des portraits qui surprenaient par leur intensité d'expression. Le regard acéré du peintre pénétrait les visages et voyait les silhouettes des âmes. Et c'est pourquoi tous ces portraits se ressemblaient et tous différaient, car l'ÂDie n'est pas unité, mai:i fragments

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d'impressions successives, et ce sont les pensées agaces que Desboutin fixait d'un trait net et durable.

Une voix s'élevait. Involonlairement on interrogeait (lu regard les portraits qui vous entouraient. Lequel avait parlé ? Le maître s'avançait, dressant sa haute taille. D'un geste noble, il vous indiquait un siège, puis se rasseyait en face de son chevalet.

L'atelier n'était point modem-style. Pas de bibelots ni d'étofTes liberty; â. peine une table, deux ou troissièges; loute l'alteDlion se concentrait sur les toiles suspendues aux murs.

Cependant le maître rallumait sa pipe. Nimbé de fumée bleue comme d'encens, il travaillant à son portrait et, tout en causant, se regardait dans la glace, ajoutait une ombre, cherchait une lumière.

Desboutin, qui considérait l'art comme une religion, regrettait le temps où l'artiste vivait à part, dédaigneux du monde, le temps où les familles s'opposaient aux vocations. Alors, pour triompher des hostilités, il fallait une véritable passion artistique. En facilitant trop les débuis aux jeunes hommes, on crée des ratés. Tout en dessinant, le peintre développait telle pensée originale, telle déduction ingénieuse, et, de temps à autre, son bon rire éclatait.

Je me suis laissé dire qu'il existait un autre Mrrcellin Desboulin, celui que lui-même appelait « le vieux papa de mauvaise humeur n, et q u'il a montré, la bouche maussade, les sourcils

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froncés, le regard farouche. C'était le maître qu'importuDaienl les philistins. Ces jours-là, il ne causait pas. En face de son chevalet, il peignait, silencieux. La glace lui renvoyait son image, et il se h&tait de saisir l'eipression nouvelle, utilisant son ennui.

Et l'on songeait à la pittoresque exisleuce de Marcelliu Desboulin.

Fils de Barthélémy Desboutin, garde du corps de Louis WIU, et de la baronne Parges de Rochefort-Ciriey, il était né à Cérilly (Allier) en 18â3. Sa famille le destinait à mener l'iDSOUclante vie des jeunes gens riches. Ses études terminées, il commençait son droit. Mais il s'évadait de l'existence banale en faisant de la littérature, et débutait par des oeuvres dramatiques : M'^' Roland, le cardinal Duboii, enfin Maurice de Saxe qui fut joué en 1870 au Théâtre- Français.

En 1847, Desboutin était entré dans l'atelier de Couture, où il resta un an ; puis il travailla chez lui, visita la Belgique, la Hollande, l'Angleterre, étudia les maîtres, enTm s'arrêta en Italie, t Florence où il acheta la villa de l'Ombrellino. Pendant dix-sept années, ce fut une vie inimitable, dans le décor d'un somptueux palais, avec les fêtes les plus merveilleuses, l'hospitalité la plus rare. Puis, en 1870, la ruine soudaine. Elle gentilhomme fastueux est obsédé par le souci du pain à. gagner pour lui et sa famille.

A cinquante ans, il se mettait & étudier ta gravure, commençait la série de ses pointes-sèches pendait qu'il esquissait des tableaux pour les

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Champs-Elysées etleChamp-de-Hars. Son œuvre fut admirée paries artistes. La foule vint & lui, s'arrëla au Luxembourg devant ses œuvres.

Dans les musées étrangers, Desboutin eut sa place. 11 édifia cet effrayant labeur k Paris d'abord, puis il se retira à Nice, dans l'étroite maison où, éternel chercheur, il travaillait ardemment.

Depuis un an, Desboutin repose dans le petit cimetière de Caucade.

Sur une route peu fréquentée, c'est un large espace crayeux, tout enclos de verdures variées, rousses et or à l'automne, qui grimpent jusqu'aux montagnes sombres. Le soir, au coucher du soleil, le fond s'empourpre. On dirait qu'un immense incendie s'allume là-bas. Et dans ce paysage solitaire et violent, qui fait songer à quelque coin d'Afrique, s'épanouit toute une floraison admirable, plus admirable qu'en aucun jardin de Nice. Des buissons de roses qui semblent poussés spontanémentse pressent, toujours plus nombreux, ornant toujours davantage le cimetière, car ce jardin merveilleux est un cimetière, et sous chaque floraison nouvelle est un mort nouveau.

Dans les cimetières du Nord, une pierre scelle la tombe. Elle enclôt durement un mystère. C'est comme une énigme éternelle. Ici, le nom, la date, tout à disparu. Sur la mort a fleuri la vie joyeuse et débordante.

Et Desboulin qui toujours aima l'espace, la solitude, la libre vie au soleil, est bien dans ce

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cimetière sauvage et fleuri où it n'y a ni allées, ni monuments, ni tombes, rien que du soleil et des fleurs.

Le mont BoroD et le mont Alban.

Il faut y aller de bonne heure, par un clair et lumineux matin.

La route est bordée, à gauche, d'adorables jardins. Dans un désordre étrange et charmant^ les figuiers de Barbarie étendent leurs palettes, les bananiers déroulent, comme d'un étui, leurs longs rubans traversés d'une baguette rose, les dracœnas dressent tout en haut de leur tronc dénudé deux houppes voltigeantes, semblables à. des chevelures ébourifTées. El, par-dessus les murs, c'est une chevauchée colorée, des cornes du diable montent à l'escalade, des géraniums roses et rouges se bousculent, s'emmêlent dans une débandade folle, des roses passent leurs tètes curieuses au ras du mur, et des jasmins de Virginie offrent, comme des courtisanes, leur chevelure parfumée aux passants, tandis que des aloës allongent leurs ongles acérés pour repousser vers le jardin cette horde HeuHe.

Parfois, quelque fleuriste passe, portant sur la tête un couffin, large panier plat empli de fleurs. A droite, de distance en distance, apparaît la mer au bas d'une trouée de verdure.

A gauche se dressent des arcades gigantesques, comme les assises formidables d'un chftteau-forl.

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Nous prenons la route forestière, en face de l'oc- Iroi, et cherchons de l'œil ce ch&leau-fort. Hais la mnraille s'arrête au ras du sol. Parmi ses interstices, des herbes ont poussé, aloës -enfants, diminutifs de figuiers de Barbai-ie, touffes de genêts courtes et drues, une végétation tropicale en miniature. Les pierres ont un aspect de vétusté, comme le temple en ruiaesd'uae religion morte. C'est seulement une villa commencée pour Victoriea Sardou. Elle devait avoir des proportions gigantesques, une salle de théâtre, de magnifiques salons. Les fondations furent rasées, puis Sardou cliaugea ses projets, et les pierres restèrent là, en proie aux végétations folles qui y élurent domicile- La roule forestière contourne la colline à travers les pins qui tracent des dessins délicats sur le fond d'or que le soleil met dans l'allée- Au sommet du mont Boron se trouve la maison forestière, d'où l'on aperçoit la chaîne de l'Esterel, d'un bleu délicat taché de larges ombres violettes. Nice s'étend au fond de la vallée, multitude de maisons blanches uniformément coiffées de toits rouges, comme une quanlité de dominos s'ébattant un jour de carnaval.

On tourne à droite pour arriver au mont Alban surmonté d'un fort. Ici l'aspect est des plus arides- Point de fleurs, point de plantes, rien que des pins, et, çà et là, une herbe rase où croissent le thym et le serpolet. Au-dessous, la mer s'étend, immobile et soyeuse, d'une nuance

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Iileu verdàtre, etd«s myi-iades d'étincelles jaillisaeai, rallumées aussilùt qu'ëleintes. Oa aperçoit la baie de Vlllefranche d;ins laquelle se balancent d«s barques solidement amarrées. Plus loin, quelques navires à voiles Des rayons de soleil se concenlrent sur les mâts, qui scmbleotdes m&ts de lumière, soutenant les voiles blanches, gonflées comme de grandes ailes.

Là-bas, c'est la presqu'île de Saint-Jean, boisée d'oliviers et de pins, qui semble un gros lézard allongé dans l'eau bleue, lit tout au loin, les raontagne= vaporeuses, telles des nuées solidiliées dans lesquelles s'incrustent les blancheurs éclatantes d'Eze et de la Turbie,

Il faut retourner au mont Boron le soir, a» clair de lune, prendre une voilure qui roule sur cette route sombre où la llamme courte de rares becs de gaz souligne l'obscurité.

Les montagnes s'estompent en contours imprécis les villas, avec leurs clochetons et leurs tou relies de palais-joujoux, se profilent en ombres chinoises sur le crêpe gris du ciel, les arbres laissent pendre leur chevelure de ténèbres, les ombres odorantes des fleurs frissonnent sur leurs (iges. G est le charme délicieux d'un paysage qui flotte entre le rôve et la réalité. Au printemps, dans l'air alourdi de parfums, vibrent les voix des grenouilles qui habitent les réservoirs des jardins. Elles sont captives dans l'eau claire, et leur immense et rauqueclameur relectit sur le mont Itoron.

Au tournant de la route apparaît soudain une

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lueur tl'ua rouge viT, énorme lâche sanglanLo qui plane sur les ténèbres ambiantes, comme si lu blessure, faite Jt la montagne par les hommes pour coDStruire leurs maisons, se rouvrait dans le mystère de la nuit.

C'est simplement la vérandah d'un ht^tel tendue de soie rouge et très éclairée à l'intérieur, qui prend cet aspect Tantaslique.

Passons au bas de l'hôtel et arrêtons- nous devant la villa Brunel. Le spectacle est prodigieux. Voici la maison de Sardou. Sous la clarté lunaire se dessinent des lignes de pierres trds blanches entourant des trous d'ombre épaisse. On dirait d'énormes tombés béantes. Au-dessous, les lumières de Nice se déroulent en cordon lumineux le long de la- côle. D'autres scintillent à droite et à gauche, feux de joie disant la vie des *tres qui se hdteut vers le plaisir.

Et dans l'étroit jardin silencieux, les petites étoiles pâles des fleurs d'oranger embaumeni, mêlant leurs doux effluves aux fortes senteurs des grands eucalyptus.

Villefranchc.

Au lieu de tourner à gauche, en face de l'octroi de Mont-boron, il faut continuer à longer la met qu'on domine dune centaine de mètres-

Depuis 1900, an tramway électrique va de Nice â Villefranche et à Beaulieu, moyen de voyager prompt et commode, mais ennemi du pifto-

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resque. Enfermé dans cette cage de verre, on ne respire point le parrum des orangers et des mimosas. On voit le paysage, on ne le sent pas.

Autrefois uoe diligence allait de Nice à Ville^ franche et à Saint-Jean. C'était une vieille guimbarde peinte en rouge, attelée de trois chevaux qui semblaient des évadés de l'Apocalypse, et conduite par un cocher debout, tel Aulomédon dirigeant le char d'Achille, Sur l'impériale, des pommes luisantes, des chapelets d'oignons roses, des aubergines violettes, et, çà et là, une flamme d'orange, une verdure de salade, un entassement de fruits et de légumes aux couleurs vives qui transformaient ce toit vermoulu en un jardin ambulant.

Les banquettes étaient destinées à vingt personnes, on s'y entassaitàtrente, sans compter les enfants...el les paniers. C'étaient de grosses marchandes de poisson au teint bronzé, de maigres Anglaises à lunettes, des flUettes cAtinant de leurs yeux veloutés deux ou trois commis-voyageurs, quelque Parisien prétentieux regardant avec dégoût « ces petites gens « .

Hue ! dja! la diligence s'ébranlait avec uu crissement de roues mal graissées, suivait l'admi. rable route bordée A gauche par la montagne assombrie d'une forêt de pins, à droite par la mer bleue qui vient caresser la roche.

Les arrêts étaient fréquents. Le cocher remettait une lettre ici, prenait un paquet là, et, durant ces haltes, on avait le loisir de regarder des coins de paysages délicieux.

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Ce vestige des temps anciens n'existe plua. tl faut maintenaat prendre le tramway, ou mieux s'en aller à pied.

La route est à pic au dessus de la mer. On u mis un Tort grillage de fer, car elle offrait un réel danger.

A gauche se dresse la montagne aride. On longe une grosse roche d'un beau ton roux, on passe devant un grand terrain oii des chasseurs alpins, en culotte courte et en pitloresqiie béret, font l'exercice. Au bout de ce terrain se trouve une sorte de petit fort surmonté d'un maigre palmier qui se profile sur le ciel bleu.

L'aspect est tout Sx Tait arabe.

Nous voici à Villefranche, qui Tut construite de 1293 U 1303, sur l'emplacement du port de l'Olive, par Charles d'Anjou, roi de Sicile, et doit son nom aux privilèges dont elle Tul gratifiée lors de sa fondation, ce qui lui permit de développer son commerce d'oranges et ses pêcheries de thon.

C'est là que les chevaliers de Rhodes vinrent débarquer le prince Zizim. leur prisonnier.

L'infante Béatrice de Portugal, fiancée au duc Chartes de Savoie, aborda en 1521 à Villefranche.

Les llatiens eurent un bagne dans la petite ville qui, depuis l'annexion, est devenue une place de guerre importante.

Bien pittoresque, la cité étroite que domine l'église au cadran ensoleillé Elle groupe sur des rochers au-dessus de la mer ses maisons biscornues que le soleil, lentement, a colorées de nuances indélinissabtes, des gris, des jaunes, des

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orangés, des roses qui se mèleot saos se confondre et brillent, louches de lumière solidifiée dans la grande lumière fluide.

Ou prend un étroit cbemin caillouteux, entre deux murs, au-dessus desquels passent des têtes d'orangers et de paltnierd, puis on suit une rue eopeDie, raide, pavée de galets pointus avec, au tuilieu, comme un lapis de l)riques rouges. De chaque c6té, des boutiques basses, saas fenêtres, humides et noires. Sur quelques planches adaptées au mur sont entassées des étoffes, des boites de Ql, c'est une mercerie. Ou bien des paniers d'oranges et de citrons mettent une lumière à la porte.

Sur la place de l'Ëglise, toute la petite animation d'uD village. Un marchand de marrons ou de glaces, suivant la saison, groupe des femmes, des enfants qui jabotent en patois avec force gestes. Parfois un chasseur alpin ou un matelot anglais, russe ou français se joint à la société.

Aux fenêtres sèchent des loques de couleur ■vive, qui pavoisent Joliment les maisons. On continue k suivre la rue qui descend en pente encore plus raide jusqu'à ta mer.

Dominant le m61e, on aperçoit le fort de Villefranche, surmonté de son palmier mélancolique et poussiéreux, et, dans le fond, la montagne bleuissante qui, aux heures nocturnes, s'enveloppe d'ombres violettes.

Le port est petit, mais animé par le séjour annuel de l'escadre, et les cuirassés, monstres dormants et noirs, s'alloagent. dans l'eau bleue. Le

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aoir, ils révèlent uoe apparence Taolaslique avec leur œil de namme qui éclaire Villefranche, pré* cise les lignes charmanles des petites maisons, trempe de lumière les orangers et les citronniers, qui appar.iissent sans épaisseur, comme des ombres ahinoises. Pendant le séjour de l'escadre, un va-et-vient mondain anime ce village d'ordinaire si peu fréquenté par les étrangers.

De Nice, voire môme de Cannes, arrivent toutes lesjeunes filles qui rêvent d'épouser un officier de marine. Elles viennent en auto, en vélo, en voi'' ture, en chemin de fer Du matin au soir, les rames, mues en cadence comme des nageoires, laissent un long sillage dans les moirures de l'eau. On va luacher, danser, prier, surtout flirter & bord. Les Jeunes filles amorcent les marins célibataires, et les mères, anxieuses, se demandent si « fa mord. «

A ces bandes qui, tels des requins, suivent l'escadre, on jette parfois en pâture un enseigne ou un lieutenant que la plus roublarde des vierges attrape et épouse.

Puis les cuirassés s'éloignent, majestueux el noirs, et Villefranche reprend son aspect solitaire el charmant.

Le cap Ferrât.

Après Villefranche, la roule serpente à pic audessus de la mer, tout contre la montagne creusée

de distance en dislance de profondes excavations, torrents & sec envahis par -des oliviers et des orangers L'aspect est monotone, et aussi la-couleur, bleu de l'eau, gris de la roche, vert sombre des arbres.

Traversons le pont Saint-Jean, bAti non pas au dessus d'une rivière, mais au-dessus du chemin de fer qui glisse comme un gros serpent noir, avec un sifBement aigu. L'aspect change. Après la rude montagne, des terres cultivées, une petite maison rose piquet çà et là, avec un bout de jardin en terrasse. Des champs d'anémones qui semblent des papillons multicolores, et d'anthémis jaunes et blanches qui s'épanouissent en bouquets d'or et de neige.

A droite, des pins, incrustés dans la roche, penchent leur lëte comme pour se baigner dans l'eau.

Voici le petit port de Passage, où le roi des Belges s'est fait b&tir une villa. Puis la roule se divise en deux branches, dont l'une va vers le eap Ferrai, tandis que l'autre descend vers Saint- Jean, un petit village de pécheurs.

Autrefois le cap Ferrât était inexploré et charmant, avec ses massifs de pins, ses champs d'œillels, ses eucalyptus géants, ses aloës aux longs doigts verts et jaunes qui dressaient leurs candélabres roses.

On a maintenant tracé des allées régulières, arrangé les plantes libres en bordures symétriques, sablé le sol rocailleux, banalisé ce coin pittoresque. Il y a un lac, comme au Bois de Bou-

logoe, des bancs, un kiosque, un rocher artiHciel, une grotte. Partout des pancartes. Ce n'est pas beau. D'un côté du lac se dresse une gigantesque haie d'eucalyptus. A travers leur feuillage, on voit comme une nuée bleue qui est la montagne proche. Ces eucalyptus, ainsi placés en cet endroit, donnent une vision de pays lointain, et Font oublier les laides et ridicules petites allées aux noms pompeux que nous suivons pour arriver dans un bois de pins, sauvage et délicieux, qui dégringole Jusqu'à la mer.

En face, voici la baie de Villefranche, avec ses maisons étagées, taches multicolores, et plus loin, la montagne aride.

Nous contournons la presqu'île à l'extrémité de laquelle se trouve un phare, et nous apercevons, en sortant du bois, une grande maison rose formée d'un corps de logis long et bas, à l'italienne, surmonté en arrière de deux tourelles carrées, et par devant, orné d'une loggia à laquelle flottent des draperies rouges. C'est la villa PoUonnais, célèbre dans le pays.

La grille de la villa PoUonnais s'encastre entre deux hauts eucalyptus. Nous pénétrons dans un adorable jardin sans autre palissade qu'une haie d'atoës. Et là, ce sont des massifs de plantes enchevêtrées, des roses magnifiques quiforment des haies, grimpent autour des palmiers, envahissent tout, des mimosas, gouttes de soleil parfumées, des géraniums qui couvrent des pans de roche comme des tapis verts 6 fleurs de velours

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rose, une exubéraoce inouïe de végétation poussant en toute liberté.

Au fond du Jardia, des orangers, des citronniers et des oliviers s'espacent sur un lit de verdures désordonnées qui desceudenL jusqu'à la mer. Les allées sont odorantes et silencieuses- Les grands éventails des palmiers rafraichissent le visage, les figuiers de Barbarie et les cactus, ces plantes étranges mi-arbustes, mi-aaimaux semblent des gnAmes rangés, les fines branches des pins tissent leur dentelle verte sur un Irans parent d'or.

C'est là que passait jadis une silliouette de princesse indienne, velue d'élofTes aux tons chauds qui s'harmonisHient avec le décor. De lourds pendants de pierreries accentuaient l'ovale étroit du visage où brillaient de longs yeux d un brun ardent.

■C'était celle dont le nom est encore vénéré de tous les pêcheurs de Saint-Jean, celle sur la tombe de qui on aurait pu graver ces simples mots ; a Elle fut bonne. »

La villa fut fréquentée jadis par tous les artistes de passage à Nice.

Dans l'immense hall peint à la fresque, éclairé par trois grandes baies vitrées, s'organisaient des réceptions qui ne peuvent avoir lieu qu'en ce cadre et qu'en ce pays.

Là défilait tout Nice, Nice-province, Nicecosmopolite, Nice-artiste. On y vit des contrastes inouïs de race, d'éducation, d'idées, des gens infimes et de très hauts person-

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nages. On y vit même des tètes couronnées.

Les chapeaux les plus fleuris, les cheveux les plus oxygénés, les visages les plw> roses se pressaient autour des artistes connus. Car les plus illustres venaient, charmés par l'affabilité des hôtes et par le décor merveilleux. Et c'était pour les mondains une petite fierté d'avoir entrevu Hassenet ou Reyer. On donnait des concerts, on jouait la comédie, voire même la tragédie.

Plus tard le deuil entra dans la maison. Les mondains se hâtèrent de déserter, seuls quelques artistes amis continuèrent b. fréquenter. Peintres qui font revivre les paysages ensoleillés, poète Souple et désinvolte au regard d'un bleu bougeant, compositeur qui chante et enchante, romancier américain d'un talent robuste, et femmes d'artistes, gracieuses et compréhensives. Et l'on connut des heures inoubliables. On vit tel jour une jeune femme, longue et souple comme une grande fleur noire auréolée d'or, dire des vers de Jean Lorrain : L'âme antique.

a Aux appela langoureux des flûtes

« Ecartant mon léger linceul, • Je m'éveillei et mon cœur moins seul t< Palpite et bat sous les volutes " De mon voile, où s'effeuille une fleur de glaïeul.

« Dans le clair obscur et les moires « De l'Ërèbe, au pays d'Oubli,

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ce Veillé par des grenouillea noires

« Mon corps dormait enseveli, « Quand le pleclre d'écaillé et les flûtes d'ivoire « Ont soudain retenti.

« Et, telle une pâle fumée,

« De l'ombre infernale exhumée,

« Les doigls de fard encor rougis,

« )e monte et, calme, je surgls-

I' Mes pavots et mes violettes,

" Passés depuis quatre mille ans,

n Ont refleuri mes bandelettes;

« Et de mes mains aux gestes lents I' Je viens vous rallumer, d frêles cassolettes, « Souvenirs d'un Jadis embaumés et brûlants. »

Une musique en sourdine rythmait douloureusemeiil les paroles.

Il Du temps où j'ai vécu l'amère nostalgie

■ M'obsède, et tristement sous le ciel d'aujourd'hui

u Je pleure l'ère d'or, où mon œil ébloui

'< S'ouvrait au ciel profond et bleu de la Phrygie.

« Les bras ceints d'électrum, la prunelle élargie » Par l'image d'un dieu, j'imposais les doux oui M Aux lèvres des guerriers, spectres évanouis " Dont j'ai fait dans ces vers une molle élégie.

n Comme un rêve de marbre éclos dans le ciel pur,

« Le temple où je veillais, pieuse cânéphore,

<i Dominait et l'eau glauque et l'ambre des blés mûrs,

« La vallée et la mer que l'alcyon décore.

u Je portais le miroir, et la lampe et l'amphore,

CI Et le trépied sacré flambait haut dans l'azur. »

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Et c'était vraiment l'âme du paysage, l'âme de la Grèce sommeillant parmi les pins et les cyprès qui revivait, évoquée par le poète, chantée par le musicien.

Sansles grands vases, les roses laissaient glisser leurs pétales comme des larmes parfumées. Les larges baies, illuminées par le soleil couchant, s'embrumaient peu à peu des ombres violettes du crépuscule, et la voix passionnée se faisait plus sourde, et la musique Trissonnait, plus émue.

« Et j'ai senti les bandelettes « De mon corps Iroid depuis mille ans " Se dénouer; des violettes « Ont parfumé mes doigts tremblants, «-Et j'ai tendu vers vous mes bras à cassolettes, • Gtiers tombeausd'un passé merveilleux et troublant.

« Dans les chansons, dans les murmures, ■ Il Portant les uns des flguea mûres, c( Les autres des fleurs de crocus, «C'étaient tes chanteurs, ôBacchus!

il Et j'ai reconnu le corti^ge «Des nains et des mimes ventrus, « Et ceuï qu'un masque d'or protège , « Les boulTons des temps disparus.

« El l'Hoplile et l'Archonte et le lils du Stratège

" Sur leurs pas accourus.

« Et le crotale sonne et le masque ricane.

« Le fol " Au parasol '1 Braque sa sarbacane.

■ En robe diaphane « C'est Chrysis et, pieds i « Bacchis la courtisane <[ Aux gestes ingénus.

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<> Et dans la folle Attique « BéveiUée à leurs cris 'I La comédie antique « Danse, grimace et rit.

« Aux appels langoureux des flûtes » Ecartant mon léger linceul, " Je m'éveille, et mon cœur moins seul « A palpité sous les volutes >' De mon voile, où s'entr'ouvre une (leur de glaïeul. »

Dans la pièce envahie d'ombres, les choses et les êtres s'estompaient, imprécis, et dans l'air palpitait une angoisse, comme si l'âme antique, ressuscilée par un miracle d'art, mourait ube seconde fois.

Haiotenant les oliviers étendent leur feuillage grisâtre autour de la grande villa close comme pour en voiler la désolation, et parce qu'elle appartient désormais au passé, nous avons voulu en évoquer les heures morte^.

Saint- Jean. — Saint-Hospice.

Nous descendons à Saint-Jean par un chemin en pente raide bordé, de roses qui font une rampe parfumée. La petite baie s'arrondit, grise du gris de ses oliviers, limitée à droite par deux maisons blanches, si distinctement reflétées dans la mer qu'on voit jusqu'aux moindres détails des portes et des volets, tandis qu'à gauche les Alpes

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dressent leur chatae sombre sur un fonds formé de toutes les gradations du rose et de toutes les gradations de l'or.

Quelques villas, non plus des villas d'étrangers prétentieuses el voyantes, mais des maisons d'aspect sérieux, avec des jardins entourés de hauts murs. Une courte descente à pic, deux ou trois petites boutiques, puis un étroit chemin nous conduit dans le boU de Saint-Hoipice, un bois de pins qui va tremper dans la mer. Au milieu, sur une éminence, se dresse la tour de Saint-Hospice et, & câté, le cimetière. Point d'allées, aucune régularité ; on ne voit pas de tombes, mais de grosses touffes de géraniums,

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