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v.rs la reine toujours évanouie. Il souleva fes rideaux de la litière et considéra quelque temps Marie de Lorraine.
— Où est sa fille? demanda-t-il d'une voix, sourde et interrompant tout à coup celte contemplation ,
Personne ne répondit , et le chevalier aperçut au pied de la mourante un enfant revêtu de langes de velours. Il se pencha sur son cheval, saisit dans sa large main, armée d'un gantelet de fer, la frêle petite créature et la tint quelques instants suspendue^ comme prêt à la jeter et à la briser contre terre.
INicol, qui suivait des yeux tous les mouvements de cet homme, porta la main à son
poignar<l, résolu à frapper si le crime s'accomplissait. Mais le chevalier se contenta de rejeter rudement sur la litière le nouveau-né qui fit entendre un cri plaintif.
— George Griffihts, que l'on veille sur la mère et sur la fille, dit-il en se tournant vers un de ses compagnons. Vous me répondez d'elle sur votre tête. Si Marie de Lorraine peut supporter la route , ou bien si elle a rendu l'âme, dans deux heures, vous rega^ gnerez l'Angleterre avec elle soit morte soit vivante. Si le médecin déclare que le voyage n'est point possible, vous emmènerez l'enfant seul. Je vous laisse cent hommes d'armes pour exécuter ces ordres. Je vais prendre les mesures nécessaires pour que rien ne puisse troubler votre voyage.
Il se disposait à s'éloigner, quand il aperçut Nicol qui dansait et gambadait devant lui.
— Que veut ce bouffon ! Au diable ! tu prends bien ton temps pour te livrer à de pareilles facéties. Va-t-en, où je te brise d'un coup de lance.
— C'est le bouffon du roi Jacques, dit quelqu'un , c'est Nicol.
Je n'ai que faire de cette laide créature!... Si fait, dit-il, après un moment de|réflexion, elle peut m'être utile. Viens ici, et songe à dire la vérité. Qu'est devenu lord Maxwell?
Nicol, qui s'était arrêté un moment pour
écouter ce que le chevalier voulait lui dire, reprit aussitôt ses danses cl son chant.
— Si tu veux parler, je te donne cent pièces d'or, continua le chevalier en lui noontrant une bourse.
Nicol tendit ses mains vers l'or et commença de plus belle ses gambades. Le chevalier tira son épée et en asséna un grand coup sur la tête du pauvret, qui tomba lourdement à terre.
— Parleras -tu? cria-t-il. Qu'est devenu lord Maxwell? de quel côté a-t il pris la fuite? parle, où j'achève de te tuer.
Nicol se releva tout sanglait, et montra à
celui (]ni rintcrrogeaitla route opposée à celle qu'avait prise le lord.
— Là-bas ! là-bas ! dit-il, et il retomba au pied de la litière royale.
Le chevalier fit signe à ses soldats de le suivre, et se dirigea du côté que venait de lui montrer Nicol.
Celui-ci ne tarda point à reprendre connaissance. Le coup l'avait d'abord étourdi, mais la lame avait glissé sur la doublure d'acier de sa toque, et la blessure reçue à l'épaule n'oifrait rien de grave. Il se releva, il essuya le sang qui le couvrait, il lava sa blessure avec de l'eau fraîche et entra dans l'auberge où l'on venait de faire transporter la
veuve clu roi Jacques V. Un peu de repos cl les soins intelligents de ses femmes étaient parvenus à la rendre à la vie. Nicol se glissa doucement jusqu'à elle, trompant la vigilance des soldats par son air idiot; puis il se pencha vers l'oreille de la reine et lui murmura rapidement :
— Fiez-vous à qui dira cet air.
Et il se mit à chanter une ballade fort populaire alors, que chantent encore de nos jours les petits enfants de l'Ecosse et dont voici le refrain :
Sire Dugald no craiguez rien , No craignez rien tout ira bien.
Le chevalier noir, après une heure de re-
cherches laborieuses, rentra sans avoir pu rien découvrir des traces de lord Maxwell. Il descendit de cheval et tout aimé entra brusquement dans la chambre de la reine.
A sa vue, Marie de Lorraine se jeta sur l'enfant qui reposait près d'elle, la pressa frénétiquement contre sa poitrine , et s'écria, éperdue de terreur :
Il va nous tuer tous les deux!
Le chevalier leva la visière de son casque, et chacun reconnut les traits durs et pâles du loi d'Angleterre Henri VIIL
Il fit un signe, tout le monde s'éloigna, à
Texception <le Nicol, qui se glissa et se blottit dans un coin obscur de la chambre.
— Madame, dit Henri VIII, en attachant sur la malade son regard froid, que personne ne savait supporter, vous avez raison, votre vie et celle de cet enfant sont entre mes mains. D'un signe, je puis vous écarter à jamais toutes les deux du chemin qui me mènerait droit au trône de l'Ecosse. Pour que je ne fasse pas ce signe sanglant, il faut que vous vous montriez docile. Ecoutez: j'ai un fds; dès ce moment votre fdle devient la fiancée du prince de Galles. Dans huit jours nous célébrerons le mariage à Londres, où vous allez me suivre. Jurez-moi de faire ce que je vous demande; jurez-le moi, et signez cet écrit, dit-il froidement, ou c'en est fait de la mère et de l'en-
— 25G — i'ant, oomme vous le disiez tout -à-l' heure.
Marie de Lorraine se souleva sur son lit,
— Sire, dit-elle avec plus de force qu'on ne (levait l'attendre de son état d'abattement, sire, dans la famille des Guise, on sait préférer la mort au déshonneur. Tuez-moi donc! tuez mon enfant! Que l'Europe sache comment Henri YIlï protège une veuve et une orpheline.
— Si vous ne voulez pas que votre fille partage son trône avec mon fils, elle en descendra. Je prouverai qu'elle est mal conformée, qu'elle ne peut vivre, et que c'est folie de laisser sur le front d'un misérable avorton,
qui doit bientôt mourir, une couronne aussi lourde que la couronne d'Ecosse,
Marie de Guise, par un geste rapide , dépouilla complètement de tous les langes, l'enfant qu'elle tenait dans ses bras, et le montra nu à Henri VIII.
— Tenez, dit -elle, voyez si ma fille est un misérable avorton!
Henri VIII et la reine-mère reconnurent en même temps le sexe de la petite créature et jetèrent, l'un un cri de rage, l'autre un cri d'effroi.
— - Ma fdie, ma fille! gémit la reine. J^' i- il
— - Ce n'est point sa fille? mugit le nionar que anglais.
Alors le bouffon se mit à chanter r
Sire Dngald, ne craignez rien, Ne craignez rien, tout ira bien.
Puis il s'élança d'un bond sur l'enfant, le saisit, l'emporta vers la fenêtre, sau.ta dans le jardin avec une légèreté d'oiseau et disparut avant que le roi, remis de sa surprise, pût appeler et donner l'ordre de poursuivre Nicol. Ces poursuites, du reste, quelque activité qu'on mit à les faire, restèrent inutiles et le roi d'ailleurs ne pensa bientôt plus au fou , ne songeant qu'à tirer le meilleur parti possible de sa prisonnière.
 quelque distance de l'auberge, près d'un ;grand marais impraticable pour les chevaux et tout plein de fondrières qui en rendaient l'abord dangereux, même pour les piétons étrangers au pays, s'élevait une grande masse ^e rochers couronrKrs par d'épais buisso^^s. C'est là que Nicol, favorisé par la nuit et grâce à la connaissance qu'il avait de ces lieux, arrivaaprès quelques instants de course. Tant qu'il entendit les soldats errer dans la campagne, le poursuivre et tirer au hasard des arquebusades, il demeura immobile parmi les buissons, une main sur la bouche de son fds , pour étouffer ses vagissements et de l'autre cherchant à réprimer le souffle de sa propre ^respiration. Personne ne songea ou n'osa pénétrer dans le marais. Deux ou trois archers en firent l'essai et périrent engloutis dans la boue liquide, recouverte d'herbe qui remplis-
sail CCS lieux redoutabhîs, i\ roxceplioii de qii('i(|ucs soiUiers pierreux (|ue l'obscurité rendait inipossible de distinj^uer. Nicol, de sa lelraite, entendit leurs cris lamentables, puis pou à peu tout redevint silencieux,
r.es autres hommes d'armes se rallièrent aulour de l'auberge, et il fut facile à Nicol de voir tous leurs mouvements à la clarté puissante (les grands feux qu'ils avaient allumés, afin de rendre moins âpre 4e froid d'une nuit passée au bivouac. Alors, le nain respira à l'aise; alors de ses mains engourdies, de son haleine tremblante, il put réchauffer le petit visage de la frêle créature qu'il tenait entre ses bras. L'enfant resta quelques minutes sans donner aucuiî signe d'existence, et le malheureux crut un instant qu'il ne lui restait dans les bras que le cadavre de son fils.
Mais, grâce à des soins désespérés, il sentit peu à peu frémir sous ses lèvres les mains raidies de Tenfanl, et il frisonna de joie et de reconnaissance à une plainte faible qui murmura doucement à son oreille. Aussitôt^ il se dépouilla d'une partie de ses vêtements pour mieux envelopper la petite créature ^ l'attacha sur ses épaules à l'aide de sa ceinture, et sans s'apercevoir que la pluie tombait par torrents, sans s'arrêter aux périls d'une pareille entreprise, il descendit du rocher, se guida parmi les marais avec un instinct mer veilleux, et parvint à en sortir par Textrémité opposée à l'auberge. En ce moment, un bruit sourd et peu éloigné frappa son oreille. 11 s'aireta, il écouta, c'é-taient des pas de chevaux mêlés à un bruit d'armes et à des voix confuses. Tout à coup INicol plaça ses mains devant sa bouche pour jViieux grossir le sons (ju'elle
ailait proférer. Puis il cria d'une manière â être entendu de l'aulrc côté du chemin l
Dieu et la rciael